Parcours Sanglant (The Greenskeeper)

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Terreur sur le green avec Parcours Sanglant (The Greenskeeper en VO, 2002), Série B toute menue née sous le signe de slasher et qui aura demandé les efforts combinés de pas moins de trois réalisateurs : Kevin Greene, Adam Johnson et Tripp Norton. Beaucoup de monde pour un petit bidule globalement mal branlé, mais suffisamment conscient de ses propres défectuosités pour rire de son reflet dans le miroir.

 

 

Pour l’amateur de slasher, le vrai, celui prêt à sortir pelle et marteau-piqueur pour creuser toujours plus profond et ramener du minerai certes Z à mort mais permettant de prolonger cette interminable nuit des masques, celle où des majorettes n’en finissent plus d’avaler leur pompon dans des camps de vacances frappés par la malédiction, le début des années 2000 tenait pour ainsi dire de la traversée du désert. Pas tant quantitativement, le succès jamais démenti de la saga Scream relançant tous les deux ou trois ans le mouvement, permettant à de nouveaux massacres estudiantins de boutonner dans tous les bons rayons DVD. Qualitativement, le son de cloche était tout autre, et s’ils restaient consommables pour qui savait ne pas trop en attendre, ces Slash (2002), Lover’s Lane (1999) et autres The Pool (2000) ne risquaient pas non plus de vous poussez à vous brosser les dents en toute hâte pour en virer la triple couche de camembert mou qui s’y est fixée. Du neo-slasher comme on dit, généralement divertissant mais systématiquement incapable de retrouver la saveur de ces carnages euphoriques des 80’s, pas forcément mieux branlés sur le plan technique – au contraire si l’on commence à s’attarder sur des Offerings, Night Ripper ! et autres Blood Lake – mais qui avaient le mérite de ressembler à autre-chose qu’un chaste crossover entre Scooby Doo et un épisode de Dawson. Bonne nouvelle, plutôt que de mimer les trop décents coups de sang de Ghostface, The Greenskeeper louche des deux yeux sur les coups de taille-haie d’un certain Cropsy. Et en toute logique, le trio Greene/Norton/Johnson fait comme si Wes Craven ne s’était jamais associé à un certain Kevin Williamson, préférant reprendre des cours du soir avec les rois de la leçon en virulence Joseph Zito, Joe Giannone et George Mihalka.

 

 

La comparaison avec le Carnage – ou The Burning si vous préférez – de Tony Maylam n’est d’ailleurs pas innocente tant la vengeance du grand brûlé sévissant dans les joyeuses colonies de vacances semble servir de socle à The Greenskeeper. On vire le camp d’été et les marmots chantants pour mieux mettre en avant les zoulis trous ronds d’un club privé branché golf et les seins qui pointent de jolies blondes ; mais on garde la légende urbaine voulant que l’ancien jardinier des lieux, brûlé vif lors d’un accident aussi fumeux que fumant, rôderait toujours dans les parages et utiliserait sa cisaille pour décapiter les cons approchant sa cabane en tôle rouillée d’un peu trop près. Bien sûr, à l’heure où les rois de la fiesta décident d’emprunter les clés du club pour y mener une bringue nocturne et secrète, où les narines se rempliront de coke et les courbes des playmates conviées seront découvertes, une ombre menaçante sortira de son bosquet et entreprendra de calmer les esprits les plus chauffés. Cropsy mon ami ? Ben oui, mais avec un tout autre état d’esprit sous la croûte tout de même, Parcours Sanglant, contrairement à son illustre et très sérieux modèle, prenant le parti d’en rire plutôt que d’en faire frissonner. Avec seulement 80 000 dollars en poche, donc pas tout à fait le bout du monde ni le quart de la moitié du dixième du coffre-fort du vieux Trump, les jeunots derrière la caméra ne doutent probablement pas de la nécessité d’embrasser le côté cheap de leur entreprise, et donc de se faire aussi campy que possible en faisant virer au rouge les compteurs de l’humour et du gore. Comme extirpés d’un épisode de South Park, les protagonistes amenés à perdre des hectolitres de gros rouge se comportent donc comme de véritables caricatures, avec la blonde pimbêche persuadée qu’elle est sortie de la cuisse d’Aphrodite, le maître-nageur dragueur, le prof de tennis qui en profite pour palper des culs et la préférée de tout le monde, la miss aux gros lolos ravie de les montrer à la première occasion. La faune habituelle, mais dont la connerie est ici plus soulignée que d’ordinaire.

 

 

Petite entorse aux habitudes, point de final girl pour qui trembloter (encore que ! Une jolie hispanique galope d’un bout à l’autre du terrain et pourrait tenir ce rôle), mais un final boy geek et pas loin d’être bedonnant, scénariste incapable de vendre ses scripts et dont le père n’est autre que le cramé vengeur de la légende. En fin (façon de causer, rien n’est fin dans The Greenskeeper) analyste cinématographique, notre héros, en critiquant un B-Movie que reluque sa bande d’amis fumeurs de joints, en profite d’ailleurs pour définir le film qu’il occupe lui-même : « Ouais, c’est efficace car il y a des jolies filles qui se dénudent alors qu’un gars les course, mais c’est mal réalisé et mal joué. » Ouep, exactement comme Parcours Sanglant, dont on se demande encore s’il était bien nécessaire d’avoir trois metteurs en scène différents pour enchaîner autant de plans fixes sans imagination, et si le moindre comédien présent prit le plus petit cours d’acting avant de se pointer sur le set. Mais qu’est-ce qu’on s’en fout ? Les trois garnements à la tête du projet ont bien compris que c’est de meurtres originaux que découlera la réussite de leur affaire, et mettent donc au point toute une série de zigouillages en lien direct avec le sport des bourgeois. Tabassage au club de golf, étranglement au sifflet, couple en plein coït percés par la machine servant à faire les trous dans le green, clous balancés dans le lanceur de balles de tennis et finissant dans le front d’un gus, pâle d’une tondeuse s’envolant pour mieux décapiter un vieillard, cocotte écrasée par le caddy… Les deux meilleurs morts du lot? D’abord et sans contestation possible le sort peu enviable de ce costaud, dont les burnes sont placées sur un engin servant à laver les balles de golf et qui se retrouve castré encore et encore. Aie ! Ensuite la plantation de la tête d’un arroseur de jardin dans un torse, le corps du malheureux visé se vidant peu à peu de son sang, jaillissant dans toute la pièce… alors que les survivants tentent de se rouler le french kiss final ! South Park qu’on vous dit.

 

 

Seul léger problème, le fait que The Greenskeeper ne se mette à remuer que vingt minutes avant la fin, tous les meurtres ou presque se déroulant sur les dernières vingt glorieuses minutes. De quoi déséquilibrer un film auparavant penché sur les questionnements du héros sur la mort de son pauvre papa et les beuveries au soleil des jeunes richards, occupés à se dorer la pilule au bord de la piscine. Rien de très dérangeant, mais un spectateur un peu nerveux pourrait perdre patience entre deux flirts dans la pataugeoire, d’autant que ces trois-quarts d’heure passés à présenter les troupes semblent exagérément longs au vu de la caractérisation à la truelle des différents protagonistes, interchangeables au possible. Au point qu’avec cette réalisation statique et ces plans des persos souriants et faisant coucou à la caméra, Parcours Sanglant prend régulièrement des airs de sitcom, avec ses vas et viens à la cafét et son vieux black occupé jour et nuit à réparer une tondeuse à gazon récalcitrante. C’est un peu comme Les Filles d’à Côté et son Gérard qui plie des serviettes pour l’éternité, mais avec en bonus du gore franc du croc de boucher et un humour digne des Scary Movies : le flic, moins viril que celui des Village People, est trop pris à passer des soirées SM au poste de police pour aller sauver les victimes du jardinier dingo, et lorsque la dernière mamzelle à encore respirer appelle sa mère pour qu’elle lui vienne en aide, celle-ci est également occupée à jouer à dada de manière sexy avec son invité d’un soir. John Carpenter est loin, très loin, mais ce n’est sans doute pas un mal de goûter à autre-chose que son potage à la citrouille de temps à autres.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Kevin Greene, Tripp Norton, Adam Johnson
  • Scénario : Kevin Greene, Alex Weir
  • Production : Kevin Greene, Tripp Norton, Adam Johnson
  • Pays: USA
  • Acteurs: Allelon Ruggiero, Melissa Ponzio, Thomas Merdis, John Rocker
  • Année: 2002

2 comments to Parcours Sanglant (The Greenskeeper)

  • Adrien Vaillant Adrien Vaillant  says:

    Ah oui bonne idée tiens, personne n’en parle de celui-ci ! J’en attendais pas grand chose et finalement il s’était révélé bien plus fun que je n’aurais cru. Au moins c’est pas The Catcher quoi.

    De souvenir le twist final sur le père / identité du tueur était exactement le même que celui de Clown of Midnight, non ?

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