Le Vampire et le Sang des Vierges

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La caverne du bis, un lieu sacré et dangereux, où les navets et les nanars tentent ardemment d’empêcher les archéologues de l’horreur de découvrir les trésors cachés qui sommeillent dans ses profondeurs. Mais armé de son fouet et de sa torche, l’aventurier Rigs Mordo vient de remonter à la surface un petit diamant…

 

Inutile de se la jouer et de passer pour plus cultivé ou chanceux qu’on ne l’est, votre serviteur n’a pas découvert Le Vampire et le Sang des Vierges tout seul. Celui qui lui a glissé ce doux titre à l’oreille n’est autre que l’illustre Christophe Lemaire, qui en a fait la présentation pour l’émission Bistro de l’Horreur (visible sur Youtube, jetez-y un œil ça vaut le coup). Motivé, voire amoureux, le plus bis des journalistes belges a parfaitement vendu le truc, extraits à l’appui, forçant le vieux Mordo à tenter de chopper la bête en DVD. Vu le film, un éditeur comme Artus ou Bach Film doit bien avoir édité ça à un moment ou un autre… Que nenni ! Le Vampire et le Sang des Vierges est un inédit DVD (et ne parlons même pas en Blu-Ray), ce qui est assez surprenant vu l’assez belle quantité de films gothiques des années 60 qui sortent dans nos bacs. Pas le choix, il faudra se contenter d’une méthode illégale pour une fois puisque le vampire ne veut pas sortir de son caveau. Enfin, un vampire, faut le dire vite puisqu’il n’y en a pas dans Le Vampire et le Sang des Vierges, ce qui est ballot pour un film censé mettre en scène un gus aux dents crochues. Une méthode courante à l’époque, le vampire étant considéré comme plus vendeur que les autres monstres du bestiaire classique, ce qui explique que de la chauve-souris s’invitait dans la plupart des titres, comme L’Empreinte de Dracula avec Paul Naschy qui est un film de loup-garou… Et vu que Christopher Lee joue dans Le Vampire et le Sang des Vierges, le distributeur français a probablement pensé que les gens rattacheraient l’œuvre à la Hammer. Mais pas de suceurs de sang ici, le titre original Die Schlagengrube und das Pendel pouvant être traduit par « Le puit et le pendule ». Mais attendez un peu, ça me rappelle quelque-chose ça…

 

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Et oui, nous avons encore une fois affaire à une « adaptation » d’Edgar Allan Poe. Sortez les guillemets car, comme toujours quand il s’agit du plus macabre des romanciers, le film s’autorise énormément de libertés. Vu que Roger Corman et les films de la Universal (Le Chat Noir, Le Corbeau) en faisaient autant, pourquoi pas le réalisateur Harald Reinl ? Metteur en scène de plusieurs films mettant en avant la police de Scotland Yard (Scotland Yard contre le Masque, L’araignée Blanche contre Scotland Yard), l’allemand a dû penser que l’auteur de Double Assassinats dans la Rue Morgue était bien vendeur dans ces années 60 et qu’il arriverait bien à broder quelque-chose autour du pendule mortel… Il lui faudra tout de même un acteur connu, capable de rameuter les assoiffés de sang. Une valeur sûre, une personnalité appréciée et qui a déjà connu le succès. Christopher Lee, quoi ! L’anglais parlant de nombreuses langues, il sera parfait dans le rôle du méchant de service !  Le voilà donc embarqué dans une histoire qui a tendance à partir dans tous les sens, pour notre plus grand bonheur. Pourtant, nous avons de quoi nous inquiéter au début du film car il ne parait pas évident que nous pourrions profiter bien longtemps de Lee…

 

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Le film débute par la marche d’un juge et ses hommes, dont un bourreau. Traversant un couloir sombre, ils arrivent dans une cellule dans laquelle est enfermé le comte Regula, incarné par Christopher Lee, dont le personnage de Dracula colle décidément à la peau comme un chewing-gum infernal. Un comte Regula pas très gentil, par ailleurs, puisqu’il est le responsable de la mort d’une douzaine de jeunes filles, torturées et tuées dans son château d’Andomai. En guise de punition, le juge le force à porter un masque clouté (façon Le Masque du Démon de maître Bava), un bel ornement en or qui arbore un merveilleux sourire. Mais cela ne suffit pas à la justice, qui attache le sinistre comte à quatre chevaux qui, comme vous vous en doutez, vont partir dans quatre directions diffèrentes. Regula n’es plus en un seul morceau, décédé… Trente-cinq années passent et Roger, un avocat bellâtre (Lex Barker, qui a joué dans une flopée de Tarzan, dans le rôle titre) et Lilian, une baronne (Karin Dor, James Bond Girl dans On ne vit que deux fois) reçoivent tous deux une invitation à se rendre dans le château d’Andomai, sans qu’ils sachent pourquoi. Flanqué d’un cocher apeuré, d’un curé louche et d’une bonne, les deux inconnus décident de tirer toute cette histoire au clair et se rendent dans la demeure du défunt Regula…

 

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Ce qui marque d’emblée avec Le Vampire et le Sang des Vierges c’est sa réalisation. On ne va pas se mentir, on n’attend pas forcément grand-chose d’un film bis allemand quasiment inconnu, oublié de la plupart. On s’attend à du sous-Hammer, du sous-Roger Corman ou du sous-Bava. Et ces trois éléments sont bel et bien de la partie, mais certainement pas pour souffrir de la comparaison avec les originaux. Au contraire ! Reinl fait aussi bien que ses modèles, si ce n’est mieux ! Multipliant les plans (là où la Hammer et les films de Corman sont plus statiques), l’allemand sait choisir les angles qui font plaisir et met ses décors en valeur. Il suffit de voir le début du film, lorsque Roger se ballade dans la ville, pour s’en rendre compte, le metteur en scène nous montrant autant de rues et de bâtiments que possible. Il s’en donnera également à cœur joie lorsqu’il pourra faire flotter sa caméra dans le château maudit et passer entre les instruments de torture qui contiennent toujours leurs victimes. Le Vampire et le Sang des Vierges est un film étonnamment beau, un vrai plaisir visuel, renouvelé à chaque instant. Car c’est ici l’image qui prime, au diable le scénario ! Le script est juste bon à permettre à Reinl de fournir tous les clichés habituels du cinéma gothique et d’en coller plein la vue aux bisseux.

 

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Car des clichés, vous allez en croiser, et pas qu’un peu ! Vieux cimetière, auberge en ruine, couloirs caverneux, salle de torture qui fait aussi office de labo de chimie, paysans antipathiques, forêt hantée,… Tout y est, pour notre plus grand plaisir ! Voir Le Vampire et le Sang des Vierges c’est comme voir dix ans de cinéma fantastique compilé en 80 minutes, car l’entièreté des années 60 semble avoir été versée dans cette petite bande, ultra-respectueuse du genre. Un gros best-of qui fera plaisir aux amoureux des décors brumeux qui ne se soucieront guère d’une histoire prétexte. Le film de Reinl est un énorme trip, d’une gratuité totale, comme un ride en train fantôme, d’une générosité absolue. Il faut voir cette scène en forêt, dans laquelle le cocher remarque des membres arrachés dans les arbres avant de traverser une forêt de pendus ! Pour ne rien gâcher, les acteurs sont à leur place, que ce soit un Barker parfait en héros aristocratique ou une Karin Dor en apport féminin fort agréable. Et puis il y a bien entendu Christopher Lee, d’une rigidité exemplaire. Pas son rôle le plus marquant, d’autant qu’il apparaît finalement assez peu, mais il est bien dedans. On retiendra surtout le curé Anatole, personnage aussi drôle que suspect et qui n’hésite pas à en faire des tonnes et des tonnes.

 

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Avons-nous quelque-chose de mal à dire sur Le Vampire et le Sang des Vierges ? Pas vraiment, on pourra juste lui reprocher un acte final un peu longuet, le supplice du pendule prenant un peu trop de temps. Ce qui est habituel pour les films qui utilise cette torture, cela dit… Mais sinon, c’est le festival. Il faut voir le fameux château, habité par des vautours (une belle idée) et blindé de pièges. Gaz, trappes, murs blindés de pics, acide,… C’est bien simple, on ne fait pas trois pas sans mettre sa vie en danger. Le château d’Andomai n’est pas le genre d’endroit où l’on va aux toilettes l’esprit léger, qui sait si une lance ne sortirait pas de la cuvette au moment où l’on tire la chasse ? Vous l’aurez compris, nous sommes face à un grand petit film, un joyau perdu du bis qui mérite une réhabilitation de toute urgence. Et une sortie DVD, si possible. C’est également l’occasion de rendre hommage à Christophe Lemaire, sans qui beaucoup de films bis resteraient probablement oubliés de bon nombre d’entre nous… Merci monsieur Lemaire !

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Harald Reinl
  • Scénarisation: Manfred R. Köhler
  • Titre original: Die Schlangengrube und das Pendel
  • Pays: Allemagne
  • Acteurs: Christopher Lee, Lex Barker, Karin Dor, Carl Lange
  • Année: 1967

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