Gargoyle Girls

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Même AB Productions n’aurait jamais osé au pic de ses années les plus folles, celles voyant de soi-disant Musclés courir après la belle extra-terrestre Hilguegue, nous sortir un bidule ressemblant de près ou de loin à Gargoyle Girls (1998), shot-on-video sorti du caméscope du one timer Joe LaPenna. La comparaison est néanmoins méritée puisqu’il s’agit ici moins d’un DTV sauvage et porté sur le détartrage à la scie circulaire qu’une sitcom Z pleine de bruitages cartoonesques, contant les mésaventures d’un homme et des deux gargouilles sorties de son anneau magique. Ne manque que les rires enregistrés, mais sans doute pourrez-vous profiter de ceux de votre voisin de canapé…

 

 

Certaines introductions défient toute description, et celle de Gargoyle Girls en fait définitivement partie. Au-dessus d’arbres générés par ordinateur et qui auraient déjà semblé datés à la sortie du premier Crash Bandicoot, virevoltent un escadron de gargouilles (au début j’ai cru que c’était de simples hirondelles, mais non, c’est des gargouilles), tandis qu’un chevalier plus pixelisé qu’un vieux porno ukrainien hacké sur une Gameboy Color donne des coups de glaive dans le vide. Dans une forêt figée et piquée à une banque d’images, un filet fluorescent flotte pour ensuite capturer deux silhouettes, trop occupées à ne rien foutre pour se débattre. Générique. Gargoyle Girls n’est commencé que depuis vingt secondes que nous sommes déjà complètement paumés. La suite clarifie heureusement la situation en collant aux basques de Stanley, sosie de Kirk Hammett de Metallica si celui-ci avait passé la semaine dans une carton humide à se ronger les ongles des pieds. Stanley, c’est le loser dans toute sa splendeur, le magicien raté dont Las Vegas ne veut et ne voudra jamais sur les scènes de ses casinos et dès lors forcé de se produire lors des fêtes d’anniversaire pour y récolter quelques maigres billets qui lui permettront de noyer son chagrin au bar à strip local. Le lendemain, la tête encore au fin fond de son verre de whisky de la veille, Stanley découvre qu’il vient d’hériter de quelques babioles de ses ancêtres, dont une boîte en bois avec des inscriptions vaguement occultes et une bague qu’il décide d’enfiler. Magique la bagouze, celle-ci faisant le ménage dans son taudis (pratique) ou l’aidant lors d’un match de basket en téléportant son cul jusqu’au panier. Aussi , et sans trop que l’on sache pourquoi, elle lui enfonce dans le crâne la vision dérangeante de sa petite copine en train de se faire lécher les seins par un livreur de poulet grillé. Enfin si, on sait pourquoi : pour balancer du plan nichon ni vu ni connu, pardi ! Après quarante grosses minutes à ce rythme, Stanley se retrouve coincé dans un film muet et en noir et blanc (ou plutôt en noir et jaune pisse), où il assiste à la mort d’un chien (le sien lorsqu’il était petit?), ce qui a pour effet de le faire pleurer. C’est là qu’apparaissent les fameuses gargouilles sexy.

 

 

 

Soit Lois et Diana, ailes déployées, oreilles de Mickey et cornes sur le front, jadis enfermées dans le bijou médiéval par les ancêtres de Stanley, pour leur part de véritables magiciens capables de vous sortir autre-chose qu’un lapin du chapeau. Si Lois est plutôt chill et s’éprend même de ce grand benêt de Stanley, Diana se montre nettement plus revancharde, estimant que le descendant de ses ennemis doit payer pour ce qu’ils lui ont fait. On peut comprendre sa mauvaise humeur, puisqu’elle et sa sœur furent à l’époque pourchassées pour un crime qu’elles n’avaient pas commis. Stanley n’y pouvant rien, et Lois se mettant du côté de ce dernier, les violences domestiques éclatent fatalement, symbolisées par des échanges de boules d’énergie à la Dragon Ball Z, une lutte aérienne, une course-poursuite entre une Diana supersonique et la bagnole de Stanley et, enfin, la partie de cache-cache entre la démone et sa proie, qui apprit à maîtriser son anneau et peut désormais se téléporter où bon lui semble. On peut reprocher un paquet de trucs à Joe LaPenna, mais faut reconnaître son courage de se lancer dans une conclusion voulue épique et gavée d’effets spéciaux alors qu’il a en poche l’équivalent du budget tartines (au pain) d’un court-métrage gabonais. On sent d’ailleurs que les SFX sont faits maison et sur la bécane de la famille, avec des explosions au format PNG et des batailles de gargouilles dignes d’un vieux GIF. Gargoyle Girls tend la massue pour se faire ratatiner la tronche avec, c’est indéniable. Mais en même temps, LaPenna ne prend jamais son entreprise au sérieux, tournant un cartoon live (niveau bruitage, c’est Sam Le Pirate qui se coince le doigt dans la porte) plutôt qu’un vrai film d’horreur, le seul instant sensiblement « méchant » étant le bref carnage que s’offre Diana en liquidant deux loubards.

 

 

Disons-le sans détour, Gargoyle Girls est mauvais et pas à moitié. Mais soyons également honnêtes : si elle sortait de nos jours, cette bizarrerie au coeur gros comme ça (le final remettant les compteurs à zéro pour permettre à Stanley et Lois de vivre une love story, c’est mignon comme une vidéo de chaton qui se lèche le foufouillon) se trouverait probablement une petite audience de mangeurs de tofu à Sundance, celle-ci y voyant le top du cinéma punk et indépendant. Mais déboulé en 1998 et ignoré de tous, l’unique film de LaPenna (dommage en un sens, j’étais curieux de voir ce que le mecton avait encore en réserve) n’intéressera que les trois ou quatre trentenaires nourris aux spareribs miel et moutarde qui ne jurent que par l’oeuvre des frères Polonia et Tim Ritter. Ceux-là auront au moins un SOV plus ambitieux et loufoque que la moyenne à encastrer dans leur magnétoscope.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Joe LaPenna
  • Scénario : Joe LaPenna
  • Production : Joe LaPenna, John Fabry
  • Pays: USA
  • Acteurs: Michael D’Asaro, Sasha Graham, Sonja Ray, John Maggio
  • Année: 1998
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4 comments to Gargoyle Girls

  • Adrien Vaillant Adrien Vaillant  says:

    Ah Gargoyle Girls. Maintes fois essayé, jamais vu jusqu’au bout, mais bordel faudra bien que j’y arrive un jour ou l’autre. Comme ça on pourra bouffer du miel moutarde ensemble.

    PS. J’ai ri comme un con avec ta blague sur Kirk Hammett 😀

  • Roggy  says:

    C’est vrai que ça a l’air mauvais, mais ta superbe chro vend du rêve. Ca me rappelle la « folie » Birdemic et ses oiseaux du même tonneau visiblement que les gargouilles du film :).

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