Girls Gone Dead

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On le sait, le slasher est par définition un genre goûtant assez peu à la théorie de l’évolution, et un bref coup de pupille sur le C.V. de Michael Hoffman Jr., co-réalisateur avec le moins expérimenté Aaron T. Wells du Girls Gone Dead (2012) de ce week-end, laisse supposer que le gaillard n’a pas l’intention de trop s’écarter des saintes écritures taillées dans les chairs adolescentes par Saint Voorhees. Après des Sigma Die ! (2007) et Spring Break Massacre (2008) faisant office de brouillons mais tétant déjà aux mamelles des Slumber Party Massacre, Hoffman Jr. surenchérit donc dans la Série B cheesy et met au propre son petit psychokiller movie satyrique.

 

 

Si Halloween est le film dans lequel Jamie Lee Curtis galope d’une maison à l’autre en enjambant des citrouilles, que Carnage est celui du massacre du radeau où virevoltent les jeunes phalanges et que Massacre au Camp d’été restera à tout jamais la saucisse party la plus perturbante du septième art, alors Girls Gone Dead sera commémoré comme étant le slasher dans lequel le coupable finit brûlé vif à deux reprises et surtout la nuque brisée par une prise de catch, offerte par un gros shériff (Al Sapienza, second rôle vu un peu partout, du Godzilla ricain de 2014 à la série Les Sopranos) qui débarque sans crier gare en collant un coup de pied dans l’entre-jambe du maniaque du soir. Oui oui, ça spoile un peu, je sais, je sais, mais si vous vous intéressiez à Girls Gone Dead en espérant y trouver du mystère mystérieux comme dans L.A. Confidential et Angel Heart, c’est votre manque de jugement qu’il faut traîner devant Madame la Juge. C’est qu’avec un poster mettant en avant des intervenants du show pour ados en manque de choc facile d’Howard Stern, des mignonnes tombant le haut, une hallebarde à laquelle est accrochée un soutien-gorge et ce slogan parodiant celui des Dents de la Mer 2 – « Just when you thought it was safe to go topless » – notre petit B-Movie jamais sorti (et qui ne sortira jamais, soyons clairs) dans nos vertes contrées souligne au Stabilo rouge et gras qu’il est inutile d’en attendre plus que l’accompagnement décérébré de vos soirées Doritos. Et si un casting devait définir une production, celui rassemblé par la paire Hoffman Jr. et Wells finirait de donner le ton. Hétérogène au possible, il réunit pêle-mêle la reine du cri Linnea Quigley, le batteur d’Iron Maiden Nicko McBrain, la machine à enculades changée en sosie de Mr. Patate Ron Jeremy, le nain difforme et peu futé Beetlejuice, son collègue du Howard Stern Show Sal Governale, le vétéran du shot-on-video Joel D. Wynkoop (les Twisted Illusions, Killing Spree) et, last but not least, le youtubeur jadis obèse (il l’est encore ici) Shawn C. Phillips (Coolduder sur le net) présent dans neuf zéderies sur dix. Rajoutez quelques jolis minois que l’on ne reverra jamais ailleurs, une ou deux mamzelles vouées à avoir une petite carrière dans le commerce de la sodomie à sec et donc peu timides lorsqu’il s’agit de déballer du mamelon, balancez un dingo un peu trop pieux déguisé en angelot à capuche et se baladant avec une hallebarde dans la danse, touillez la popote pendant dix minutes, et vous obtenez votre slasher flick bêta et fier de l’être !

 

 

Ne vous fiez donc pas à l’introduction presque sérieuse (j’insiste sur le « presque ») du film, en fait le cauchemar de l’obligatoire final girl, tellement bassinée par le Nouveau Testament et toutes ces conneries par sa vieille bigote de mère qu’elle en rêve qu’un curé éventre une impie sur son autel ; le propos des deux mectons à la réa’ n’est certainement pas de pointer du doigt la folie de dévots s’étant donné comme divine mission d’empêcher les teenagers de s’éclater au clair de lune. Certes, on sent bien que Hoffman Jr. et Wells n’ont pas leurs chaises réservées à la messe du dimanche puisqu’il n’ont de cesse de faire passer les croyants comme des idiots du village plus ou moins dangereux. Par ici des évangélistes excités envahissant les écrans pour mettre en garde les parents contre les tentations attendant leur descendance, par là des fils à papa persuadés que le Petit Jésus à bel et bien marché sur l’eau et sortant la hache médiévale pour raccourcir du teufeur. N’empêche que l’on a connu de plus vicieuses charges anticléricales. Nan, la raison d’être de Girls Gone Dead n’est pas de vous pousser à déchirer les saintes écritures ou de poser un cake au marron dans la sacristie, mais bien de vous permettre de vous rincer l’oeil à moindre prix en envoyant des biquettes barboter à moitié nues dans le jacuzzi, entre deux vannes grasses et coup de hache salissants. En somme, on fait tout autant face à un film d’horreur (même si les meurtres sont répétitifs au possible, cela entaille et déchiquette de manière satisfaisante) qu’à une comédie sexy dans laquelle Ron Jeremy trimballe paresseusement son gros bidon – mais pas son gros kiki, désolé mesdames – entre des boobs généralement plats définis comme « des seins de petits garçons » (une sorte de running gag dans le film, ce qui vous situe le niveau général). Comme dans un cartoon, cela joue donc fort mal en partant constamment dans l’outrance, en témoignera la scène offrant à Linnea Quigley le rôle d’une tenancière d’un bar miteux. Notre amie blonde n’a probablement jamais été aussi mauvaise qu’ici… mais cela faisait sans doute bien longtemps qu’elle n’avait plus trimballé ses boucles d’or dans une séquence aussi cool : alors qu’un vieux moustachu danse et chante, un type déguisé en singe se trémousse plus ou moins en rythme, alors que Shawn C. Phillips, quasiment lancé dans une auto-parodie, se fait tailler une pipe par une demoiselle trop avinée dont le crâne sera fendu d’un coup de hache. Délirant, pour le moins.

 

 

Mieux vaut donc porter haut dans son petit coeur les DTV American Pie, ceux encore plus crétins et dévergondés que les plus « légitimes » premiers opus sortis au ciné, pour se blottir dans les bras encore huileux car badigeonnés de crème solaire de Girls Gone Dead. Et savoir ne pas en attendre une nouvelle Nuit des Masques, qui ne risque pas de tomber dans ce temple de la débauche douce (il y a du tits et du ass dans tous les coins, mais ça ne va jamais plus loin que ça non plus), basique et bas de plafond juste ce qu’il faut pour séduire le slasherophile obsédé par ces soirées entre amies en tenue d’Eve gâchées par un branque costumé. Ceux-là se diront que Girls Gone Dead est étonnamment bon et jamais pénible à suivre (zéro temps mort sur lequel rouspéter), tandis que les autres passeront leur chemin. Comme d’hab’.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Michael Hoffman Jr., Aaron T. Wells
  • Scénario : Meghan Jones
  • Production : Ryan Dee, Michael Hoffman Jr.
  • Pays: USA
  • Acteurs: Katie Peterson, Shea Stewart, Ryan Keely, Brandy Whitford
  • Année: 2012

2 comments to Girls Gone Dead

  • Adrien Vaillant Adrien Vaillant  says:

    Vendu. Surtout pour le délire du casting en fait car je visualise déjà parfaitement le machin (et après y en a encore pour cracher sur la Troma, misère). Mais comme tu dis, ça sortira jamais chez nous et beaucoup préfèreront attendre Halloween Kills, du coup c’est bien de lui donner un peu d’exposition. Puis bon Beeltejuice quoi.

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