The House on Skull Mountain

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Selon le proverbe créole « Le prêtre vaudou te donne un pouvoir mais il ne te dit pas de monter dans le cocotier avec des souliers dans les pieds. » On vous laissera méditer là-dessus lors de la vision de The House on Skull Mountain (1974), petite bande d’épouvante branchée blaxploit’ qui nous laisse tout le temps du monde de songer à tout autre-chose que ce qu’il se passe à l’écran. Soit pas grand-chose.

 

 

Les plus belles affiches entraînent bien souvent les plus rudes déceptions, et à la seule vue du magnifique poster peint pour The House on Skull Mountain, vous imaginez bien que dure sera la chute. Si l’on aperçoit effectivement dans le film cette montagne en forme de crâne au sommet de laquelle trône un vieux manoir, aucune demoiselle afro ne tombera dans le vide en passant devant la tête de mort ricanante et aux orbites enflammés. Non pas que l’on aurait pensé un seul instant qu’une pelloche d’exploitation toute menue et faisant office de seule ligne au C.V. de son géniteur dans la catégorie réalisation allait soudainement nous dérouler une imagerie épique et coûteuse. On connaît trop l’univers désargenté de la Série B pour savoir que si un poster vous vend du crabe gargantuesque ravageant Los Angeles, la pelloche en elle-même enverra trois morceaux de surimi à moitié mâchés se rouler sur une maquette en cure-dents de Rixensart. Mais encore trop naïfs, nous espérions que le metteur en scène Ron Honthaner allait tirer quelque-chose de cette histoire de course à l’héritage, une sorte de vieille reine du vaudou, descendante d’un prince haïtien, conviant peu avant sa mort quatre de ses descendants qui ignoraient jusqu’à sa seule existence auparavant. Par l’odeur de l’argent alléchés, certains avanceront un peu trop vite dans la bicoque et se heurteront au majordome de la maison, descendant d’un clan vaudou rival de celui de la défunte et voyant là l’occasion de reprendre le pouvoir sur les lieux. Sur le papier, cela semble promettre de l’acupuncture sur poupée de paille qui se traduira par de gros problèmes de peau pour la personne visée, et des corps qui s’enflamment tout seul et chient des plumes de poulet par sacs entiers. Manque de pot, Honthaner n’a pas les moyens pour tout ça, du coup on se retrouve avec un kéké qui tombe dans une cage d’ascenseur, une morsure de serpent et quelques apparitions de squelettes menaçants. Autant dire que cela fait peu.

 

 

Et l’aspect Blaxploitation, dans tout ça ? Il paraît fort taiseux à dire vrai, car si la large majorité du casting se trouve afro-américaine, on ne peut pas dire que l’accent soit réellement mis sur un aspect groovy ou particulièrement moderne comme le fit, par exemple, Blacula. Si ce n’est le personnage d’un tombeur du dimanche, incarné par un Mike Evans qui gagnera ensuite sa croûte dans la petite lucarne, ici très occupé à pincer des petits culs et se prendre pour un mac de Harlem, on a l’impression que les protagonistes auraient pu être des vieux joueurs de banjo made in Texas que cela n’aurait que peu modifié la trame principale. Au moins, les stéréotypes sont esquivés. Idée néanmoins intéressante, le fait que l’un des descendants de la grand-mère soit un white boy moustachu alors que les trois autres sont de couleur, jetant le trouble dans son esprit d’enfant adopté (« Je ne sais pas qui sont mes parents, qui je suis ! Je ne sais même pas quelle est ma véritable couleur ! ») et permettant une réflexion sur la non-importance du coloris de l’épiderme de tout ce beau monde (sa cousine, black pour sa part et nouvellement rencontrée lui répond « Est-ce que cela a tant d’importance ? »). Mais on tombe là encore dans la pensée furtive plutôt que dans le pensum assumé, et un public espérant un Get Out de quarante ans d’âge risque fort de tiquer devant ce qui n’est, en vérité, qu’une molle tentative de rallier la terreur dispensée par la Hammer et la Amicus. Vieille bicoque, tombes enfumées, sorties nocturnes, rencontres non-désirées dans les couloirs mal éclairés, cavernes secrètes sous la bâtisse, culte caché entre les roches… Toute la troupe de The House on Skull Mountain se demande si leur arbre généalogique trouve ses racines à Haïti ; le film, lui, doit avoir quelques parents anglais.

 

 

Le résultat n’est néanmoins jamais antipathique, et il faut reconnaître à Honthaner une certaine maîtrise pour quelqu’un qui en était à son premier – et finalement seul – essai. Mais tout cela est trop rigide (les comédiens ne sont pas mauvais, mais ils sonnent comme trop robotiques et semblent avoir avalé un balai qui a du mal à ressortir) et s’éternise là où il ne faut pas. On perd ainsi quelques minutes sur une balade à Atlanta, et le triple sur un interminable rituel vaudou, où les femmes dansent et gémissent en chœurs alors que les mâles s’apprêtent à poignarder une sacrifiable. Par contre, lorsqu’il s’agit de réveiller un zombie, ce que l’on attend et espère depuis le départ, c’est pour expédier la scène en trois minutes, et ce juste avant que le générique de fin ne se mette à dérouler… Un peu tard, et peu tout court, The House on Skull Mountain manquant de spectacle et de feu pour recevoir plus qu’un respect poli. Un film qui rend mieux sur les murs que sur les écrans.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Ron Honthaner
  • Scénario : Mildrer Pares
  • Production : Ray Storey
  • Pays: USA
  • Acteurs: Janee Michelle, Victor French, Jean Durand, Mike Evans
  • Année: 1974

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