Ouija (Witchboard)

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Un esprit malsain dans un corps aux beaux seins, voilà grosso-modo ce que nous vend Ouija (Witchboard en VO, 1986), à son époque honoré d’une sélection officielle à Avoriaz et dont le concept de la planche servant de haut-parleur aux défunts fut bien évidemment reprit par le malmené par la critique et les fans Ouija de 2014. On ne saurait d’ailleurs les confondre, celui qui nous branche aujourd’hui étant réalisé par Kevin Tenney (Demon House avec Linnea Quigley en 88) et fleurant donc bon les eighties.

 

 

Si le temps me pressait et qu’il me fallait définir le présent Witchboard à une jeune audience et en quelques mots seulement, je dirais que l’on tient là un best-of qui s’ignore de tout ce que les ghost stories des années 2000 et 2010 allaient imposer. C’est qu’il y a du Insidious, du The Conjuring et, comme de juste, du Ouija là-dedans, James Wan et ses camarades qui font leur beurre sur le dos des spectres irascibles piochant allégrement dans le bon petit B de Tenney. Différents stades d’influence du bad spirit sur les vivants, twist final nous révélant que le Mal n’est pas forcément celui que l’on croit, medium rigolote et décalée, détour par le cimetière pour en apprendre plus sur le décédé diabolique, réponses aux questions dans de vieilles coupures de presse, découverte que la maison habitée par les héros appartenait jadis à quelqu’un de peu fréquentable, jeune demoiselle progressivement sous l’emprise de l’ombre qui hante ses cauchemars… Soit le gros de la production fantomatique moderne encastrée dans une VHS datée 86, et donc sans ces familles trop aimantes dirigées par Patrick Wilson mais avec de jeunes filles coiffées comme des lionnes organisant des soirées BCBG, alors que du hard rock bien de la période perce les enceintes. Le bon vieux temps en somme, celui où des petits prétentieux en costard débarquaient aux festivités avec leur planche ouija et leur jargon de ghostbuster pour que se dressent les crinières so 80’s des nénettes dans la place. Ce mec se nomme Brandon (Stephen Nichols), invité par son ex-girlfirend Linda (Tawny Kitaen) à venir zouker et déballer ses histoires de revenants sous le regard navré et moqueur de Jim (Todd Allen), actuel amant de la Linda. Pour impressionner la galerie, Brandon leur propose de réveiller David, gamin de dix piges mort une décennie plus tôt avec lequel il tape la causette de temps en temps à l’aide de son bout de carton magique. Et le marmot invisible de se fâcher suite aux moqueries d’un Jim peu convaincu, crevant les pneus neufs du pauvre Brandon, à son tour mécontent. Partant sans se retourner, il en oublie la planche chez Linda, qui commence à discuter seule à seule avec David, bien décidé à s’immiscer dans sa vie privée. Voire à se servir de la demoiselle comme d’une porte pour rejoindre le monde des vivants ?

 

 

En bonne pelloche des années 80 qui s’amuse à sortir la boîte à outils pour jouer au petit bricoleur avec les morceaux de foie du voisin, Witchboard prend le parti d’épicer sa sauce de quelques pincées sanglantes. Coup de hache dans le front, empalement sur une pointe de fer, torse écrasé par une lourde planche de construction ; sans aller jusqu’aux extrêmes, l’ensemble corse le principe du film hanté, d’ordinaire autrement plus sage et s’en tenant aux portes grinçantes et aux éviers qui coulent tout seuls. Bienvenu, même si le meilleur de Ouija tient plus à ses séquences creepy (le rêve de Linda, décapitée dans son songe par un vieux barbu) et à son suspense qu’à ses pointes gore. Et surtout à ses personnages et la manière dont ils interagissent les uns avec les autres, la relation Jim/Brandon étant de loin ce que Tenney peint de plus intéressant. Anciens meilleurs amis, pour ne pas dire frères puisque Jim, issu d’une famille d’alcooliques, passa toute son enfance dans la famille de Brandon, les jeunots furent séparés par une Linda pour laquelle ils pincèrent tous les deux. En profonde détestation réciproque, ils ne s’adressent désormais la parole que pour se lancer remarques méchantes et vannes acides, les évènements paranormaux entourant Linda les poussant à une coopération dont les deux partis se passeraient bien. Quasiment un principe de buddy movie, peut-être pas aussi poussé qu’il devrait l’être, mais idéal pour donner un peu de corps et de background à des protagonistes qui auraient sans cela pu devenir les habituels Monsieur et Madame sans problèmes que l’on ne croise que trop souvent dans le genre.

 

 

Très correct à tous les niveaux (réalisation, script, acteurs et bande-son font le taf en chœur), Witchboard a tout du bon petit divertissement sans prétention et bien de son époque. Loin de bouleverser le genre ou de prétendre à la plus infime innovation, il prend la forme d’un cocon douillet et protecteur dans lequel il est bon de se lover. Pas étonnant que Tenney se vit offrir une carrière sympatoche après cela – bien que limitée à la zone B-Movie, mais ça nous va – ni qu’il décida de réveiller à nouveau les morts via un Witchboard 2 qui hurla dans les magnétos en 1993. De nouveaux débats nécro en prévision pour nous, et on ne s’en plaint pas.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Kevin Tenney
  • Scénario : Kevin Tenney
  • Production : Gerald Geoffray
  • Pays: USA
  • Acteurs: Todd Allen, Tawny Kitaen, Stephen Nichols, Kathleen Wilhoite
  • Année: 1986

2 comments to Ouija (Witchboard)

  • Adrien Vaillant Adrien Vaillant  says:

    Vrai, c’est plus que correct et très en avance sur son temps. J’avais particulièrement aimé, et comble du bonheur Tenney faisait du Marvel avant l’heure puisque le film se déroule dans le même univers que celui des Night of the Demons: on retrouve le flic qui aide les héros dans Night 3 alors qu’il se retrouve à la retraite. Plutôt cool.

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