Aquaslash

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Canicule oblige, le bon peuple ne demande plus qu’une chose : que ça mouille, que ça gicle, que ça flotte. Renaud Gauthier, réalisateur basé à Montréal et déjà porteur du slasher Discopathe en 2013, a entendu les revendications de son public et lui offre donc très précisément ce qu’il a demandé au détour d’Aquaslash (2019). Oui ça mouille : les filles s’y glissant volontiers sous la douche avec ces Messieurs pour des massages très intimes. Re-oui ça gicle : lorsque les teens au calbut en surchauffe s’élancent dans le toboggan aquatique, c’est pour qu’en ressorte des torrents de vieux rouge. Et re-re-oui ça flotte, puisque les restes de bidoche de la jeunesse en fête viendront enjoliver les pataugeoires. De quoi rafraîchir quelques nuques, pour sûr.

 

 

Drôle de film, en vérité, que cet Aquaslash, attendu comme le messie sur son ânon par tous les déçus de Ryan Nicholson, défunt pourvoyeur de slasher extrêmes qui avait un temps annoncé que son Gutterballs 2 se déroulerait dans un parc aquatique. Une idée abandonnée en cours de route puisque la suite (non-finalisée à ce jour) du réjouissant carnage sur la piste de bowling décida d’en rester à son jeu de quilles, laissant orphelins tous les petits baigneurs excités à l’idée de voir le tueur à tête de sac se frayer un chemin à la machette entre les bouées. Aquaslash tombe donc bien, très bien, mais risque aussi de faire tiquer le slasherophile de base, possiblement peu préparé à la drôle de recette échafaudée par Renaud Gauthier. Dans sa louche, le furieux de La Belle Province garde précieusement la sauce qui accompagne le genre depuis le début des années 80, avec sa cohorte d’adolescents obsédés sexuels, son décor unique jadis entaché par un sombre accident ou un meurtre (le script joue volontairement le vague), son assassin inconnu (whodunit style) psychologiquement instable depuis un drame de l’enfance et même son vieux fou à la Crazy Ralph, que personne n’écoute alors qu’il passe tout le film à mettre le peuple en garde contre un avenir assombri. Mais dans sa casserole, Gauthier laisse mijoter des éléments, si pas totalement nouveaux, au moins rarement goûtés dans le genre. Alors qu’il aurait facilement pu adopter la tactique du bélier et foncer dans le tas les cornes en avant, envoyant son surineur dans les piscines pour qu’il y enfonce des pastilles de chlore dans les gosiers des buveurs de bière, le réalisateur opte pour la patience du sniper, confortablement embusqué et prêt à attendre des heures pour placer une balle, et une seule, entre deux yeux.

 

 

Aquaslash peut donc bien débuter par un double meurtre, un couple occupé à se reproduire à la mode doggystyle se trouvant coupé dans son élan, Madame finissant démembrée et Monsieur chutant d’un peu trop haut – une intro dans le plus pur style psychokiller puisque réunissant en trente seconde à peine les deux mamelles du genre, soit la tendre fesse et la tranchante fessée – il ne se passera plus grand-chose de vilain durant près d’une heure. Ainsi, sur les 70 courtes minutes que dure le plongeon, seules dix seront véritablement dédiées au massacre, dès lors tardif. Faut dire que Gauthier a de l’idée : sans doute inspiré de la légende urbaine voulant qu’un psychopathe en Speedo jette des lames de rasoir dans les toboggans aquatiques, il imagine que son dingo plante deux énormes lames dans le tube, leur donnant la forme d’un X qui tranchera toute personne engouffré dans la glissière. Contrairement à des Jason ou Michael arpentant camps d’été et champs de citrouilles des heures durant pour atteindre leur quota de quinze cadavres à la journée, le détraqué de la saison chaude préfère faire d’une pierre neuf coups, une dizaine d’inconscients se retrouvant labouré par son piège joyeusement machiavélique, au point de faire virer l’ensemble à la bande catastrophe. On ne voit pas ça tous les jours au rayon outillage, reconnaissons-le. Et on ne voit pas tous les jours ce que Gauthier en fait non plus : alors qu’il aurait pu, encore une fois, facilement virer au fun and fears à la Destination Finale (saga à laquelle Aquaslash fut rapproché pour sa sortie en Russie, retitrage à l’appui : Final Destination : Waterpark. Z’ont honte de rien chez Poutine), le Québecois opte pour un humour décalé et amer.

 

 

On ne rit que fort peu dans la première partie du film, gigantesque débauche – des lycéens fraîchement diplômés viennent fêter la fin de l’année scolaire – à l’atmosphère pesante. Plutôt qu’une photographie solaire, la journée trempette préfère une atmosphère de coucher de soleil, presque chagrinée et ne rendant jamais festives les prises de stupéfiants et les parties de jambes en l’air, systématiquement infidèles. Gauthier ne plante pas son objectif devant un American Pie de plus, il scrute (joliment en passant, Aquaslash étant loin, si loin, des Séries B visuellement paresseuses que le genre nous crache à la gueule depuis des années) la fin d’une civilisation secouée par des drames (la « final girl » n’est certainement pas une bonne soeur à la Jamie Lee Curtis, puisqu’elle trompe son boyfriend avec un rockeur du dimanche), d’incessantes bastons (les jocks font passer un sale week-end aux mélomanes) et une avidité de tous les instants, une sous-intrigue se penchant sur le rachat probable du parc par un richard aux mauvaises manières. Pas très drôle, tout ça, et c’est logique : la blague arrive après, lorsque le maniaque a posé son piège et que le spectateur sait donc dans quelle gueule d’acier les protagonistes, toujours cons comme des pieds de tabouret, vont se jeter d’eux-même. Et lorsque le pire arrive, et de la manière la plus graphique qui soit (super effets gore à l’ancienne, avec des cuisses et morceaux de torses entiers qui ruissellent jusqu’au bassin), personne n’y croit, les affolés du bas hurlant aux excités du haut de ne surtout pas se lancer dans la glisse à leur tour. Peine perdue puisque, trop plein d’eux-mêmes et dans une querelle constante les uns envers les autres, les jeunots ne sauraient se faire confiance, voyant leurs voisins comme de semi-imbéciles… qu’ils jettent dans le tube mortel avant de s’y engager eux-mêmes, ignorant qu’ils vont peu à peu se faire hacher dans une répugnante queue-leu leu. Si Gauthier ne balance jamais une bande-son ricanante ou des bruitages à la Tex Avery pour appuyer son propos, optant là encore pour des sonorités oppressantes, le résultat est le même : on sourit en coin du sort de ces personnages tous profondément détestables (il n’y en a pas un pour rattraper les autres), tués par leur propre bêtise et une attraction changée en meat grinding machine. Très dans l’air du temps, au fond.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Renaud Gauthier
  • Scénario : Renaud Gauthier
  • Production : Philip Kalin-Hajdu, Pierre-Alexandre Bouchard, Mathias Bernard
  • Pays: Canada
  • Acteurs: Nicolas Fontaine, Brittany Drisdelle, Lanisa Dawn, Paul Zinno
  • Année: 2019

2 comments to Aquaslash

  • Adrien Vaillant Adrien Vaillant  says:

    Mais cette affiche japonaise, putain ! 😀

    Bon tu me rassures quand même sur le film, que mon simulateur d’amis Red Letter Media avait pas mal plombé du coup (vu leurs goûts de merde en série B j’étais pas étonné). Le côté sombre du projet me paraissait intéressant et contrairement à d’autres je suis à fond sur le concept de l’unique piège pour tuer tout le monde. Bref, plutôt content que ça soit pas un Girls Gone Dead de plus du coup !

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