Nightmare Beach

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Humaine réaction que celle d’Umberto Lenzi au terminus des années 80, le père éternel du cannibal flick (m’en voulez pas mais j’ai toujours été Team Lenzi plutôt que Team Deodato) troquant ses affamés de carbonnades d’explorateur pour les petits seins rebondis des lapines du Spring Break. C’en est fini des pluies de sang, on se mouille désormais lors des concours de t-shirt mouillés au long de Nightmare Beach (1989), slasher durant lequel Lenzi n’efface pas totalement son passé de faiseur de gialli.

 

 

Si un jour vos petits-enfants sautent sur vos vieux genoux en vous sommant de leur conter les eighties, la seule vision de Nightmare Beach, ou Welcome to Spring Break pour sa sortie ricaine, devrait suffire à leur donner une idée de ce qu’il en était lors de la meilleure décennie ever (si si!). Plage ensoleillée, grosses choucroutes dorées sur le crâne, shorts minuscules et trop serrés sur les culs, hard rock chantant la débauche et pop music ringarde dans les enceintes, entretiens buccaux entre jeunes amants sur les pavés chauds, folles nuitées dans les chambres d’hôtels, ballades en décapotables sous les palmiers, beuveries interminables dans les bars où ça remue du fessier… La fiesta 80’s en plein, et un défilé de carte postales sentant bon l’été que pourraient coller sur leurs vidéos tous ces groupes de synthpop apparus ces dernières années, toujours prompts à aller piocher dans la Série B de trente ans d’âge pour y piocher visuels et coloris tapants. De quoi changer le père Lenzi de ses buffets anthropophages dans l’enfer vert et de ses gris gialli des années 70 : plus que le choc d’un zgeg coupé à la machette et des coups de crocs des tribus forestières, ou le mystère mystérieux à s’en arracher la moumoute des meurtriers gantés d’antan, son petit slasher sans prétention mise avant toute chose sur sa belle humeur solaire. Après, Umberto reste Lenzi, et donc un bisseux rital pur jus, incapable de livrer une bête copie carbone des chastes Vendredi 13, sa virée dans les parties de beer pong s’accompagnant de quelques touches morbides et de suffisamment de sous-intrigues pour occuper une saison entière des Vacances de l’Amour.

 

 

Contrairement aux aventures d’Hélène Rolles et compagnie, ici on ne pourchasse certes pas le trafiquant de schnouf sur des chaloupes de luxe, mais un joueur de football américain raté et une barmaid dont la sœur a été assassinée mènent néanmoins l’enquête dans une Floride ne manquant pas de salopiauds. C’est là la règle du whodunit, réminiscence des efforts jaunis d’un Lenzi, on le rappelle, aussi connu pour Eyeball et Le Tueur à l’Orchidée : il faut du mec louche par pack de six, et du suspect comme s’il en ruisselait sur les seins naturels de ces fêtardes se versant des cruches entières sur le chemisier. Les braves jeunots, véritables Scooby-Doo de la saison chaude, devront donc savoir qui du commissaire qui se masturbe sur des photos de morte, du curé trop accroché à ses sermons, du maire ripoux comme pas deux, du médecin pas net ou du gang de brutes local (les Demons, probablement des fans de la pelloche de Lamberto Bava puisque leur logo évoque celui du film) tue le temps en électrocutant du festoyeur sur sa moto tunée. Car oui, le zigouilleur du week-end est un motard et décida de trafiquer sa mob’ en y ajoutant un siège électrique à l’arrière, bien utile pour donner le coup de jus mortel aux auto-stoppeuses écervelées. Si tu trouves plus cheesy que sa bécane ornée d’un trident, et constamment accompagnée d’une ritournelle vaguement heavy rock, tu peux m’appeler Entremont. Et si t’as du mal à découvrir l’identité du coupable, c’est que t’es bon pour faire la circulation, car le vilain se trouve comme de par hasard toujours sur les lieux du crime ! Lenzi brode paresseusement une histoire de chef des punks nommé Diablo, grillé sur la chaise électrique et possiblement revenu d’entre les morts pour se payer une vengeance survoltée, mais personne n’est dupe plus d’une nanoseconde sur le fait que le criminel est tout autre. M’enfin, on ne se lance pas dans Nightmare Beach dans l’espoir d’y faire le plein de neurones. Au contraire : on espère en perdre quelques uns entre deux dérapages de notre assassin, tellement con qu’il se tue en se mangeant un pneu de tracteur que même mon grand-père, miro au dernier degré et mort depuis dix ans, voit de sa tombe.

 

 

Con comme un boulon et inefficace comme le téléfilm policier allemand de l’aprem, Welcome to Spring Break l’est plutôt deux fois qu’une. N’empêche que Lenzi recharge les batteries et semble s’amuser avec son killer on the loose branché câbles électriques, bonne occasion de sortir un temps des ordinaires coup de couteau à pain dans les cervicales. Vous aimez les feux d’artifices du 14 juillet ? Bonne nouvelle, ils viennent d’arriver et sortent de la bouche des victimes, qui crachent des étincelles (parfois dessinées à même la pellicule, oui c’est roots) à chaque fois qu’on les branche sur le courant. L’occasion pour le papa de L’Avion de l’Apocalypse de nous glisser sous la narine des gros plans de têtes en plastique vomissant des braises, de faire sortir un œil de sa cavité et d’extraire du four des flammes parties ruiner le teint naturel d’une petite mignonne. Pas la peine de le préciser, elle l’est un peu moins après sa séance de bronzette extrême. Le traqueur de gore aura donc sa valise bien pleine, même si Nightmare Beach ne saurait évidemment concourir dans la même catégorie qu’un Cannibal Ferox. Ici, tout le monde garde son service trois pièce et les seins, étonnamment rares alors que le climat se prêtait pourtant à une bourrasque de tétons, ne sont jamais percés au crochet rouillé. On perçoit d’ailleurs que l’attention de Lenzi était plus portée sur la crédibilité de sa gigantesque bringue que sur ses effets sanglants, cheapos au possible. A ce niveau c’est réussi, au point que l’on se demande par instants s’il ne s’est tout simplement pas incrusté dans un véritable Spring Break pour y filmer malgré elle une jeunesse avinée, le nombre de figurants étant impressionnant pour du bis. On peut néanmoins supposer que le budget était relativement confortable puisque quelques noms qui font bien sur une affiche font acte de présence. Comme Fred Buch, pas un étranger du rayon B puisqu’il fut de l’aventure Le Commando des Morts-Vivants, mais aussi une tronche récurrente de productions « classiques » comme le culte Caddyshack, la suite de Cocoon et la comédie Spring Break. Il connaît donc son sujet. On reconnaîtra également un Michael Parks alors encore loin de transformer Justin Long en un morse graisseux, ainsi que Lance Legault, visage impossible à louper pour qui a un jour visionné ne serait-ce que trois ou quatre séries des seventies. Il fut par exemple souvent réquisitionné pour les adaptations de comics, trimballant ses cheveux blancs dans Wonder Woman, Hulk et le téléfilm Captain America.

 

 

Enfin, et cette chronique tombe bien, il y a John Saxon, décédé le 25 juillet de cette année, ici dans la peau d’un flic borderline. Comme toujours lorsqu’il tape dans l’épouvante, vous me direz. Et vous n’aurez pas tort. Il ne se foule d’ailleurs pas des masses dans Nightmare Beach, chiquant son chewing-gum d’un bout à l’autre de la pelloche sans lever un cil. Le bonhomme n’en a rien à foutre et passe juste récupérer son chèque, sans plus. N’empêche que même avec l’autopilote enclenché, Saxon et son regard d’aigle à moitié endormi répand plus de charisme à lui seul que tous les teenagers réunis sur ces rivages. Le spectateur anti-slasher reproche souvent au genre que les ados sont à peine dessinés et caricaturaux, simple bétail voué à passé à l’abattoir et se prendre un coup de hachoir derrière le crâne. Lenzi va plus loin : les siens ne sont même pas nommés, s’en tenant pour le gros des troupes à des silhouettes attrapées par le conducteur fou et liquidées sur le champ. Ils ne sont donc que le blagueur sans nom ou la baiseuse sans personnalité, tel des cailloux balayés d’un revers du pied parce qu’ils gisaient sur le mauvais sentier. Plutôt que les victimes, de toute façon inintéressantes, on s’attarde donc sur les possibles bourreaux, et Lenzi congédie l’introspection pour faire plus de place au rythme et la bonne humeur, le second degré étant prégnant dans Welcome to Spring Break. A réserver aux slasherophiles plutôt qu’à tous les autres donc, mais les concernés auront déjà chopé le Blu-Ray sorti chez les éventreurs anglais de 88 Films. Comme c’est du british, c’est du zone 2, et en bonus on a droit à une interview de Claudio Simonetti, en charge de la bande-son. On se demande d’ailleurs s’il a vraiment sorti son synthétiseur du placard puisque 99 % de la BO est constituée de wanna be Cyndi Lauper et de sous-Twisted Sister.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Umberto Lenzi
  • Scénario : Umberto Lenzi
  • Production : Josi W. Konski, William J. Immerman
  • Pays: Italie
  • Acteurs: John Saxon, Nicolas De Toth, Sarah Buxton, Michael Parks
  • Année: 1989

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