Satanic Panic

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Hail Satan ! Planquez hosties, missels, fioles d’eau bénite et CD de Francis Cabrel, aujourd’hui sera la journée du pentagramme tracé dans le sang, des cornes brûlantes, des vierges offertes au bouquetin des enfers et des plus grands hits de Deicide, Impaled Nazarene et Incantation. En route pour Satanic Panic (2019), bonne Série B qui vous donnera envie de faire une ristourne au poto Lucifer lorsqu’il viendra vous acheter votre âme à vil prix.

 

 

Si Chelsea Stardust incarne quelque-chose, c’est bien cette idée qu’il faut parfois commencer tout en bas de l’échelle pour un jour rayonner à son sommet. Ainsi, avant de fricoter avec une bourgeoisie occupée à organiser de sombres sabbats, la Miss passa une bonne dizaine d’années à jouer les assistantes pour un certain Jason Blum, producteur ayant pignon sur rue (surtout dans la Rue Morgue, vu que le nabab produit en majorité de l’horror movie grand public) que nous remercions tous pour Sinister et Lords of Salem mais que nous maudissons pour les Paranormal Activity. On ne doute donc pas qu’à ses côtés Madame Poudre d’Etoile en profita pour apprendre les arcanes de la production d’un petit film d’épouvante pas trop coûteux, des leçons qu’elle mettait déjà en pratique au détour de courts-métrages causant de soirées d’Halloween finissant mal et de baignades de minuit qui laissent des traces. Reste que ce n’est pas près du Blum qu’elle et son scénariste Grady Hendrix iront pitcher leur Satanic Panic, préférant s’en remettre à Fangoria, magazine culte s’il en est lorsqu’il est question de poulpes tombés de Vénus ou de grands brûlés s’arrachant les croûtes au-dessus de demoiselles aux mini-shorts bien repassés. Un choix judicieux tant la boîte prouve depuis une paire d’années sa valeur, remettant en selle de vieux briscards du cinoche franc de la serpette via le très bon VFW (2019) et offrant avec Puppet Master : The Littlest Reich (2018) leur meilleure aventure aux poupées de Toulon. Des films par ailleurs assez proches l’un de l’autre dans leur volonté de faire pisser les jugulaires et revenir à des divertissements simples, efficaces et dénués de toute prétention. Un credo auquel Satanic Panic souscrit pleinement.

 

 

Chanteuse naïve ne rêvant que de l’Australie et mettant en mélodie des histoires basées sur l’amitié entre les kangourous et les koalas, Sam (Hayley Griffith) ne peut malheureusement vivre des quelques pièces que lui jettent gracieusement les passants lorsqu’elle égaie les trottoirs de ses gazouillis. Pour joindre les deux bouts, elle accepte le tuyau d’un vague ami surtout pressé de la tamponner dans sa garçonnière, qui lui permet de trouver un boulot de livreuse de pizzas. Une première journée se déroulant plutôt mal, cette ballade d’un bout à l’autre de la ville à transbahuter des Margherita ne lui ramenant aucun pourboire, indispensables à sa survie. Espérant alourdir ses poches d’un peu de fonte, elle accepte de livrer une commande passée dans les quartiers huppés, commande que ses collègues refusent d’honorer sous prétexte que le coin n’est composé de rapiats. Persuadée que sa bonne humeur et un beau sourire suffira à réchauffer les coeurs, Sam agrippe sa mobylette et s’y présente les pizzas sous le bras. Sans succès, l’impassible nanti qui lui fait face se retire sans lui laisser le moindre cent. Ayant besoin d’essence pour faire le plein et revenir jusqu’au restaurant de son patron pas sympa, la jeunette décide de rentrer dans le superbe manoir qui lui fait face pour réclamer son dû. Ce qui risque de lui coûter plus cher que de lui rapporter, vu qu’elle se retrouve invitée malgré elle à une messe noire, les gens de la haute ayant pour occupation du soir le sacrifice d’une vierge à Baphomet pour que celui-ci continue de leur apporter richesses et pouvoirs. Je vous le donne en mille, Sam n’a pas encore eu l’occasion d’émouvoir le moindre cyclope en écartant ses jolies gambettes et devient donc la candidate parfaite pour accueillir la semence du démon… La fuite s’impose, à l’aide de Judi (Ruby Modine, vue dans les deux slasher temporels Happy Birthdead), fille de la cheftaine des satanistes Danica Ross (Rebecca Romijn, le Mystique bleutée des premiers X-Men) et adolescente répudiée pour avoir perdu sa virginité (pas folle la guêpe, elle savait ce qui l’attendait si elle ne s’acoquinait pas avec le premier venu).

 

 

Satanic Panic découle de l’esprit de trentenaires et cela se sent, tant ce survival endiablé semble être le produit d’une ingurgitation massive de pelloches estampillées 80’s. On pense bien sûr à Society dans cette vision sans pitié d’un club BCBG parfaitement coiffé et tiré à quatre épingles, smile Colgate plaqué sur la face, mais se lançant dans de bouillantes orgies la nuit venue alors que hurlent de détresse de pauvres filles (pauvres dans tous les sens du terme) attachées à une stèle et bientôt accordées aux démons. Et on ne manquera pas de songer à Evil Dead et ses séquelles, Sam étant tour à tour étranglée par un drap de lit maléficié et agrippée par les branchages d’un démon sorti d’un arbre, délires que Sam Raimi imagina ou aurait pu coucher sur pellicule. Enfin, avec ses références à Mad Max ou à H.R. Giger et avec cette bande-son s’autorisant quelques notes à la Carpenter, Stardust persiste et signe : son premier film longue durée s’adresse à un public nourri à un grain plus ancien que celui des Conjuring et Insidious. D’ailleurs, toujours dans une volonté de s’en référer aux saintes années quatre-vingt, Satanic Panic s’articule autour du principe du buddy movie, Sam l’ingénue incapable de s’énerver ou prononcer ne serait-ce qu’une injure devant faire équipe avec une Judi ordurière, prétentieuse et prise dans un perpétuel agacement, capable de vous réciter en une minute un flot d’insanités pandémoniaques qui demanderait une discographie complète à Vital Remains pour être rattrapé. C’est d’ailleurs là la meilleure décision du script, cette alliance contre-nature, si elle n’a rien de neuf, permettant au récit d’avancer à un rythme satisfaisant (impossible de s’emmerder une demi-seconde ici) et toujours fluide. Consciente que les brouilles et engueulades permettent à l’ensemble d’avancer à pas chassés, Stardust pourrit également les relations entre la gourou Danica et ses viles brebis, peu à peu lassées de la voir jouer au patron de leurs hécatombes au service de Satan.

 

 

Au registre des maigres défaut, on notera ce final osé et cruel puisqu’il ne fait aucun cadeau, mais que l’on imaginait plus démonstratif, le feu d’artifice final tant espéré n’ayant jamais lieu, Stardust, que ce soit pour des raisons budgétaires ou pour dévier des attentes de son audience optant pour une lutte dialoguée plutôt que physique. Pas bien grave tant elle fit preuve de générosité avant cela, proposant son lot de plans gorasses et d’idées bien branques, avec à la clé un mec qui crache ses propres entrailles dans lesquelles Danica compte lire l’avenir, l’extirpation d’un coeur à main nue en passant par la nuque, l’utilisation d’un gode-ceinture sans zob en plastoc mais avec une foreuse géante (!), la noyade intérieure d’une richarde (passage qui fait mal s’il en est) ainsi que les ordinaires mais toujours bien accueillies décapitations et gorges entrouvertes. La meilleure séquence ? Certainement celle où les sorcières à talons haut font pousser des épines sur l’épiderme d’une Judi en pleurs, tandis que Sam dessine sur son corps pour rompre le mauvais sort en lui racontant sa première histoire d’amour… passée à l’hôpital, lorsqu’elle avait le cancer et que son petit-ami, atteint de la même maladie et décédé quelques temps plus tard, ne put lui faire l’amour puisque que trop affaibli. Doublement douloureux…

 

 

Satanic Panic, s’il se présente comme une comédie horrifique que l’on pourrait classer non loin des très chouettes The Babysitter et Better Watch Out – et le second degré a effectivement droit de cité – ne se dépare jamais de sa noirceur profonde, tel un Les Sorcières d’Eastwick trash (déjà que le film de Miller et son vomi de noyau de cerises…) et porté sur le splatter. Bien interprétée (les habitués du rayon horreur reconnaîtront AJ You’r Next Bowen, Jordan Hostel II Ladd, Jeff Daniels Lords of Salem Phillips et bien sûr Jerry O’Connell de Scream 2 dans un rôle de guignol en slibard), parfaitement réalisée et éclairée, cette Série B de luxe remporte avant tout l’adhésion de par ses personnages, véritablement sympathiques (si vous souhaitez du mal à Sam en cours de route, vous êtes vraiment de très mauvaises personnes et finirez en enfer forcés à écouter du Zaz pour l’éternité, qui vous semblera alors encore plus longue) et sa structure impeccable et confortable. Une très belle surprise.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Chelsea Stardust
  • Scénario : Grady Hendrix
  • Production : Dallas Sonnier, Amanda Presmyk, Adam Goldworm
  • Pays: USA
  • Acteurs: Hayley Griffith, Ruby Modine, Rebecca Romijn, Arden Myrin
  • Année: 2019

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