Creature from Black Lake (Le Monstre du Lac Noir)

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La traque au sasquatch. Quasiment un sport national aux States et ce depuis la conquête de l’Ouest, rednecks et férus de légendes urbaines pénétrant les sylves les moins accueillantes dans l’espoir d’y avoir une entrevue avec le poilu aux gros orteils. C’est bien évidemment le sujet du Monstre du Lac Noir (ou Creature from Black Lake, 1976), deux étudiants y partant en Louisiane pour taper la causette avec Bigfoot. C’est pas pour vous spoiler, mais c’est lui qui finira par les trouver.

 

 

On parle souvent des médecins de père en fils et des fermiers de grands-parents en petits-enfants, mais on a tôt fait d’occulter la passation de pouvoir entre papa faiseur de frousses et fiston attaché aux vieux frissons. Elle existe pourtant (un exemple ? Chris Olen Ray, qui imite l’usine à Séries B incarnée par son vieux pôpa Fred) et ne date pas d’hier. Voir le cas Joy Newton Houck Jr., rejeton du proprio d’une chaîne de cinéma plantés dans le sud des USA et lancée dans les années 50, Howco International, dont l’habitude était de produire ses propres low budget pour ensuite les passer sur les écrans familiaux. C’est le cas par exemple de The Brain from Planet Arous, petit classique des fifties dans lequel un énorme cervelet flottant venait mettre le zouk dans d’arides contrées. Et les Houck de se trouver bien émus face au succès surprise de The Legend of Boggy Creek (1972), sasquatch movie récoltant dans les 20 millions de dollars pour une mise nettement moindre puisque l’on parle là d’un tout petit cheapie. Emus au point de tourner quatre ans plus tard leur propre version du mythe du primate baladeur et seulement aperçu par quelques chasseurs de canetons, plus ou moins avinés et donc plutôt moins crédibles que plus. Creature from Black Lake tourna donc dans quelques salles assombries, sans forcément lancer plus en avant la carrière de Houck Jr… Ni celle du scénariste et producteur Jim McCullough Jr., que l’on retrouvera certes à la tête d’une poignée de petites choses (Mountaintop Motel Massacre, The Aurora Encounter, Teen Vamp) mais certainement pas aux manettes d’un véritable classique, même oublié.

 

 

Du surplace dont on comprend la raison à la vision de Creature from Black Lake, tout sauf désagréable mais dont la pondération et le refus de faire valdinguer les caboches arrachées à mains nues ne sont pas tout à fait alignés sur les désirs d’une audience en réclamant toujours plus. Aucun excès à débusquer ici, aucune goutte de sang à éponger et encore moins de boyaux piétinés à balayer, Houck Jr. ne montrant même pas, ou si peu, sa bestiole, dont le costume semble correctement cousu mais qui s’en tiendra néanmoins à des plans brefs et plongés dans la pénombre. On y voit moins dans Creature from Black Lake que dans le fin fond du fion d’une chauve-souris lors d’une nuit sans lune, mais c’est voulu de la part du réalisateur, attaché à une tradition orale de l’épouvante. Bigfoot dans Le Monstre du Lac Noir c’est comme en vrai, on en parle plus qu’on ne le voit, et le gros de l’enquête des deux jeunots partis à ses trousses se résume à tendre l’oreille auprès des sudistes, occupés à conter leurs rencontres avec ce chaînon manquant entre le gorille et nos petites personnes. Ca semble chiant comme un aprem au musée du boulon carré, mais cette retenue finit par payer lorsque le monstre « apparaît » (façon de parler, donc) finalement. Sans créer la frousse du siècle, sa présence, accompagnée de cris inhumains et particulièrement stressants, fait monter la tension joliment. S’il n’est ptet pas l’as du filmage – la bande ayant été recadrée pour la petite lucarne et la sortie VHS, on ne peut donc trop rien dire – Houck Jr. sait en tout cas gérer son suspense. Y compris lors de l’acte final, attendue course-poursuite dans la pénombre entre le gueulard velu et les yankees, classique dans la forme et le fond mais néanmoins infaillible.

 

 

Autre point semblant tenir à coeur au réalisateur : cette nécessité de ne pas présenter les sudistes comme de vils bouseux. Ils le disent d’ailleurs eux-mêmes, « pas question de passer pour des rednecks dans votre étude. » Bon, ils sortent l’harmonica juste après et vous serre la pince avec les mimines pleines de cambouis quand même, et on ne manque pas de vous montrer l’original du coin terré au fond de sa cabane dans les bois et avec trois grammes dans le sang, mais au moins sont-ils sympathiques, avenants et sonnent juste. En comparaison de l’image de vieux fous irascibles crachant de noirs mollards sur les nordistes que la Série B se plaît généralement à colporter, il y a un indéniable mieux. Bel esprit donc que celui de Creature from Black Lake, sans doute trop attaché à son âme de petit film d’horreur pour toute la famille pour satisfaire le bissophile moyen, celui soucieux de se salir le tablier et de se rincer l’oeil (pas de bol, lorsque les héros ramènent deux jolies gonzesses sous leur tente, le cri du sasquatch raisonne pour les empêcher de déboutonner les chemisiers). Mais un spectateur capable de se satisfaire d’une bonne ambiance, de personnages plutôt sympathiques et de quelques sursauts devrait y trouver son maigre compte.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Joy N. Houck Jr.
  • Scénario : Jim McCullough Jr.
  • Production : Jim McCullough Jr., Jim McCullough Sr.
  • Pays: USA
  • Acteurs: Jack Elam, Dennis Fimple, John David Carson, Dub Taylor
  • Année: 1976

2 comments to Creature from Black Lake (Le Monstre du Lac Noir)

  • Adrien Vaillant Adrien Vaillant  says:

    Je me suis toujours dis que toutes les (pseudo) suites à Boggy Creek ne retrouvaient pas l’atmosphère particulière de l’original. Visiblement celui-ci a l’air de s’en rapprocher donc faudrait que je tente. Ils sont rares ceux qui traitent du Bigfoot sous fond d’ambiance plutôt que de costumes nazes, mais j’aime bien voir l’aspect « cryptozoologie » mystérieux être mis en avant.

    Sinon mec, tu devrais checker en comics le Bigfoot pondu par Rob Zombie et le créateur de 30 Jours de Nuit: tout l’opposé de ce que tu nous décrit ! 😀

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