Carnosaur 3 : Primal Species

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Et de trois pour Carnosaur, franchise lancée à la hâte par le nabab du B qui gicle Roger Corman pour dépasser un certain Jurassic Park sur sa gauche. Sans les mêmes résultats que le défilé de sauriens de Steven Spielberg évidemment, les Carnosaur étant comme on l’imagine relégués à la location ou, dans de meilleurs mais rares cas, à des sorties techniques dans de modestes cinés. Sans surprise, le Primal Species (1996) du jour ne vient pas secouer le bocal de la saga et se garde bien de toute expérimentation filmique. Par contre, elle confirme les velléités guerrières de cette trilogie (à laquelle il convient d’ajouter le Raptor (2002) de Jim Wynorski, rapiécé à partir d’extraits des trois autres volets) portée sur les dinos en caoutchouc mou.

 

 

Véritable dépoussiérage du fantastique à la mode préhistorique, Jurassic Park (1993) changea à sa manière et à grand renfort de reptiles plus vrais que nature le paysage cinématographique, remettant au goût du jour des dinosaures avant cela plus ou moins considérés comme des divertissements d’un autre temps. Demandez donc à tous ces désormais trentenaires capables de vous réciter l’intégrale de John Hammond, sans copions et en rotant, si le film de Spielberg n’a pas eu un impact sur leurs petites vies. Un impact, la bagarre entre Sam Neill et un T-Rex affamé en eut aussi sur Roger Corman, qui profita de l’ouverture du parc jurassique pour lancer Carnosaur, succès tel sur le marché de la vidéo que Tonton Roro ne quitta plus jamais vraiment les sentiers écaillés. Dinoshark, Dinocroc, Supergator, Dinocroc vs Supergator (il aurait été dommage que ceux-là ne se fassent pas une date), plus tous ces films de requins modifiés que l’on peut apparenter à de vagues cousins aquatiques des croqueurs de l’ancien temps : cela en fait du lézard au kilo. N’oublions pas les Carnosaur 2 et 3, version musclées et fusils chargés du mythe dinosaurien, car revu à la mode Aliens, encore et toujours le mètre étalon lorsqu’il s’agit de mixer horreur et action. Pas la peine de s’en offusquer : si quelqu’un à bien le droit de surfer sur la vague initiée par Spielberg en relisant les notes prises par Cameron, c’est bien Corman puisque les deux réalisateurs précités ont pour ainsi dire repris sa propre formule. Améliorée, plus friquée et confiée à des artisans plus chevronnés que ceux que Roger pouvait s’offrir, mais la même formule tout de même.

 

 

Pas la peine de vous résumer l’intrigue de Carnosaur 3, vous ne la connaissez que trop bien puisqu’elle est toujours la même : un laboratoire paume les dinos mutants sur lesquels il bossait, piqués par des criminels qui pensaient s’emparer d’un peu d’uranium, et l’on demande à un commando d’élite d’aller faire le ménage et écraser de la salamandre affamée. Beaucoup se feront bouffer, la scientifique de service (la jolie blonde Janet Gunn, vue dans Le Grand Tournoi de et avec Jean-Claude Van Damme) râle à l’idée que l’on puisse enfoncer un bazooka dans le rectum de ses inventions pour en faire de la sauce de crapaud, puis se ravise en voyant le danger que les vélociraptors ou le tyrannosaure représentent et aide finalement les bidasses à finir le ménage. Rideau ! Rien de plus et rien de moins que du mitraillage dans tous les sens, entre les containers d’un port ou dans un labyrinthe de cartons vides, Oppa Corman style ! Pour orchestrer cette symphonie – qui pique sans honte certaines de ses mélodies à l’OST de Predator – le réalisateur de Black Scorpion et sa suite Jonathan Winfrey fait de son mieux sans compter ses douilles, donnant du rythme à un Primal Species jamais à l’arrêt et dispensaire de quelques séquences sympathiques. Comme celle de la capture des raptors dans un filet, qui se conclut comme de juste par une mauvaise surprise pour le commando de héros. Et puis, à l’image du volet précédent, Winfrey n’a pas peur de verser dans le gore, les mâchoires acérées arrachant bras et têtes tandis que le coulis de cerise s’écrase sur les murs. Pas de quoi courir aux waters pour s’y vider l’estomac, mais cette hausse de la virulence ne saurait faire de mal à une Série B du reste très (trop, oui) classique.

 

 

La bonne idée, c’est celle de réengager dans un nouveau rôle ce Rick Dean déjà présent dans le deuxième film. Jadis un mercenaire aux cheveux longs fan de Venom (le groupe de heavy metal hein, pas la flaque de goudron de Marvel), il est cette fois un militaire manquant de sérieux, hilare du début à la fin et apportant, c’est mathématique, une bonne humeur certaine à l’ensemble. Pour sûr, on n’y reviendra sans doute jamais après la vision, les Carnosaur n’étant jamais que des coups d’un soir, mais avouons que la trilogie se tient au final plutôt bien dans l’ensemble. Et que ces dinosaures en plastoc, qui ont l’air moins solides que la gamme de jouets Jurassic Park des nineties, ont plus de charmes que leurs cousins numériques à venir. John Carl Buechler est de toute façon dans la place, gage d’un côté rustique attendrissant. Conscient des attentes de son public de fêlés, Winfrey les montre nettement plus que dans les chapitres précédents, preuve que si Carnosaur 3 est aussi fauché que ses grands frères (mais ça se voit un peu moins, je trouve), il n’en a pas moins sa générosité pour lui.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Jonathan Winfrey
  • Scénario : Scott Sandine
  • Production : Roger Corman
  • Pays: USA
  • Acteurs: Rick Dean, Scott Valentine, Janet Gunn, Anthony Peck
  • Année: 1996

3 comments to Carnosaur 3 : Primal Species

  • Adrien Vaillant Adrien Vaillant  says:

    Du même tonneau que le second volet effectivement, et le côté « open world » de la première partie lui permet d’éviter le défaut des décors cheap de Carnosaur 2 je pense. De souvenir le film était a priori fun avec les héros commando en mode blagueur, mais avec un virage ultra dark dans le bateau lorsque l’on découvre ce que peuvent faire les Raptors morts et le massacre des sidekicks qui s’ensuit.

  • Adrien Vaillant Adrien Vaillant  says:

    Mon préféré aussi sur les deux films, oui 😀

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