Blood Mania

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Une fois n’est pas coutume, nous n’allons pas parler d’un film d’horreur, ni d’un bon film tout court, mais de Blood Mania (1970), crime drama vaguement psychédélique que les affiches (une meuf à oilpé tenant un squelette alors que des mains dessinent le titre dans le sang) et taglines (« Terror that rips the screams right out of your throat ») tentent de nous vendre comme de l’insoutenable épouvante. Pourquoi on en cause ? Pour que vous ne tombiez pas dans le panneau, pardi !

 

Attention, ça va spoiler.

 

 

Le globule rouge, ça fait vendre. Pourquoi, sinon, s’évertuer à travestir en Blood Mania une Série B méritant plutôt les blases de Sex Mania, Coup de Pute Mania ou encore Ouch, on se fait quand même un peu chier Mania ? Amis aux ventres à bière, aux barbes mal rasées et au T-shirt Maniac rongé par les mites, vous pouvez abandonner derrière vous tout espoir de vous retrouver avec un véritable horror movie dans les pattes, le réalisateur Robert O’Neil étant à l’époque plus occupé à faire du sous-Columbo (et sans la plus grande qualité de la série : Columbo lui-même) que de scalper de la mignonne au couteau de chasse. La preuve avec son autre The Psycho Lover posé lui aussi sur la ligne de départ des seventies, et mettant en scène un psychiatre désireux de se débarrasser de son épouse et lavant le cerveau de l’un de ses patients pour qu’il la chourine à sa place. Une veine criminelle dans laquelle s’inscrit donc Blood Mania, récit de la vie agitée de Victoria (Maria De Aragon, The Cremators), nymphomane vivant dans la somptueuse villa de son père, vieillard à la tête d’une clinique mais cloué au lit par un coeur défaillant. Parmi les hommes qu’elle aimerait tirer jusqu’à sa couchette pour les léchouiller de partout, le docteur (et employé) de son père, le beau brun Craig Cooper (Peter Carpenter, également à la base de l’histoire de Blood Mania). Déjà marié, celui-ci se refuse évidemment à elle. Il a d’ailleurs autre-chose à penser que de s’occuper des zones érogènes de sa clientèle : jadis faiseur d’anges pour gagner sa croûte, le médecin voit son passé le rattraper lorsqu’un maître chanteur très au fait de ses activités lui rend visite et lui demande 50 000 dollars. Sans quoi des photos le montrant en train de pratiquer plusieurs avortements pourraient bien refaire surface… De quoi réduire en miettes une carrière prometteuse et ruiner une réputation toute entière.

 

 

En apprenant cela, Victoria voit bien évidemment l’occasion rêvée de mettre le grappin sur son beau médecin. Pas contraire à sniffer un peu de poudreuse, elle refile de la coke à son pauvre pôpa, qui claque sous le choc. Dans la combine, et espérant que Vicky la chaudasse lui prête 50 000 balles une fois l’héritage récupéré, Cooper maquille le meurtre en simple crise cardiaque. Tout roule, alors ? Bien sûr que non, le notaire apprenant à tout ce beau monde que Victoria est déshéritée au profit de sa sœur Gail, belle blonde un peu naïve pour qui Cooper semble craquer. C’en est trop pour Victoria, abandonnée de tous et qui s’empare d’un chandelier et fracasse le crâne de sa frangine dans un excès de folie, tandis que Cooper et le maître chanteur apparaissent le sourire aux lèvres, les deux hommes ayant tout manigancé et sachant très bien où cette course à l’héritage allait les mener. Dans le genre twist con comme un boulon, on ne faisait pas mieux à l’époque. Et question pelloche livide dans laquelle il ne se passe pour ainsi dire rien, on ne faisait pas pire non plus. Blood Mania, c’est la somnolence incarnée, un refus net à toute idée de vivacité et le thriller psychologique dans tout ce qu’il a de morne et désincarné. Oui, ça nique un peu, surtout parce que Peter Carpenter est au crayon et ne manque bien sûr pas de se réserver des scènes qui lui permettront de palper de la cuisse chaude. Et oui, il y a ça et là quelques plans aventureux, principalement lors du meurtre de Gail, montré sous des angles étranges dans une volonté de souligner l’état mental de Victoria. O’Neil essaie même de chausser les pantoufles de Mario Bava en bariolant sa séquence d’intro de bleu pétant, de rouge chatoyant et de vert brumeux. M’enfin, si vous avez envie de vous taper du Bava tendance chronique meurtrière, Une Hache pour la Lune de Miel existe toujours et vaut mieux que ce navet si peu sanglant que TF1 pourrait le programmer pour égayer le mercredi de votre vieille tante.

 

 

Pour ne rien arranger et planter un dernier clou dans le cercueil de cette décidément bien triste bande, la bande-son voulue funky et psychédélique ne vaut absolument rien et ressemble plus volontiers à de la musique d’ascenseur qu’à du free jazz flamboyant. Restera éventuellement la psyché de Victoria et Gail, la première étant jalouse de la seconde, plus aimée par à peu près tout le monde, mais pour sa part pas plus heureuse puisqu’elle fut violée par son père dans sa jeunesse. On commence à comprendre pourquoi il lui a légué toute sa fortune, le vieux saligaud… N’allez cependant pas croire que Blood Mania tire quelque-chose de ce drame familial, molle excuse pour dénuder ses actrices sous la douche, dans la piscine, sur le canapé ou dans la paille. Ces demoiselles ont beau être charmantes, leurs efforts restent largement insuffisant pour sauver une entreprise impossible à redresser…

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Robert O’Neil
  • Scénario : Peter Carpenter, Toby Sacher, Tony Crechales
  • Production : Chris Marconi, Peter Carpenter
  • Pays: USA
  • Acteurs: Peter Carpenter, Maria De Aragon, Vicki Peters, Reagan Wilson
  • Année: 1970
Tags:  , ,

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