Le Château des Passions Sanglantes

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S’il y a débat quant au niveau d’implication du réalisateur/acteur Adrian Hoven dans le classique du film d’inquisition La Marque du Diable (1970, Michael Armstrong), aucun doute pour l’allemand Le Château des Passions Sanglantes (1968) qu’il aura bel et bien construit dalle par dalle et en usant sa propre spatule à ciment. Il n’y a cela dit pas particulièrement de quoi s’en vanter.

 

Attention, spoilers inside.

 

 

Si le gothique des sixties fronçait toujours les sourcils dans la Perfide Albion et au nouveau monde, les Peter Cushing, Christopher Lee et Vincent Price ne goûtant alors que peu à l’autodérision et aux joies du twist 70’s, le Vieux Continent prenait pour sa part de l’avance et insufflait, déjà, un souffle moderne à une épouvante du reste vétuste. Le Château des Passions Sanglantes débute donc quelque-part entre les Hully Gully et les Madison d’une petite fête organisée par le Baron Brack (le Français Michel Lemoine, connu pour avoir réalisé du classé X et la bisserie Les Week-ends Maléfiques du Comte Zaroff). Un mec bizarre le notable, fiancé à la blonde Marion (Claudia Butenuth, présente dans le giallo Mais… Qu’avez-vous fait à Solange ? et décédée en 2016) mais profitant de la cohue de sa petite sauterie pour se rapprocher de la belle Elena Lagrange (Elvira Berndorff, dont on tiendrait ici l’unique long-métrage, morte elle aussi il y a peu, en 2018), pour sa part déjà promise au brun Roger (Pier A. Caminnecci, Les Yeux Verts du Diable). Profitant de leur isolement, Brack fond sur Elena et la viole, juste avant que Roger et deux de leurs amis, la chaude Vera (Janine Reynaud, La Queue du Scorpion de Martino) et le très carré George (Jan Hendricks, La Porte aux Sept Serrures), n’arrivent pour un week-end champêtre. Alors que Vera, sœur aînée d’une Elena rendue mutique par l’agression du vil Baron, prouve sa maîtrise des danses cosaques, la victime attrape un cheval et décide de fuir dans la froideur de la nuit. Quelle mauvaise idée ! Traînerait effectivement dans les parages un ours mal léché, mais on trouve aussi dans ces tristes bosquets le château – probablement aux passions sanglantes – du Comte Saxon (to the poweeeer and the gloryyyyy… les fans de heavy metal comprendront), être à la réputation sulfureuse s’il en est. La faute aux légendes familiales, son ancêtre étant connu pour avoir décapité des mercenaires et sa propre femme, tous coupables d’avoir participé au viol de sa pauvre fille. Comme la vie n’est qu’un éternel recommencement et que l’actuel Saxon a un pied dans la boucle, sa propre gamine, Katharina, vient justement d’être retrouvée morte des suites d’une agression forestière, lors de laquelle elle aurait été, elle aussi, violée. Décidément, il n’est pas bon de sortir sans sa ceinture de chasteté… Savant fou à ses heures, et aidé d’un médecin au teint pâle, Saxon a récupéré le corps de Katharina et compte trouver chez d’autres jeunes gens les organes nécessaires à une résurrection en bonne et due forme. Pas la peine de le dire, mais dans sa course Elena atterrit en ces lieux vidés de toute gaieté, bientôt rejointe par tous ses proches partis à sa recherche. Ce qui tombe bien pour Saxon, vous l’aurez deviné incarné par le seul et l’unique Howard Vernon.

 

 

 

Egal à lui-même notre célèbre Docteur Orloff, droit comme un pieu de fer dans le cadre de Hoven, fixant d’indicibles ténèbres au loin et déclamant de sa voix morne de maussades strophes. Vernon n’a jamais été le plus grand comédien entré dans le mausolée du bis, et il acquit respect et sympathie à force d’omniprésence plutôt que pour son jeu monotone ; mais force est de reconnaître que sa seule présence dans une scène fait grimper tous les compteurs du sinistre dans le rouge. Party Crasher par excellence, la « star » du Lac des Morts-Vivants fait tomber les sourires et pourfend tout optimisme à chaque apparition alors qu’il ne fait, comme d’habitude, pas grand-chose. Pas la peine puisque Lemoine vient le seconder lorsqu’il s’agit de poser un climat déplaisant, le Michel et son strabisme d’un autre monde créant un Baron Brack encore plus inquiétant que Saxon. Belle idée de Hoven – aussi scénariste de notre affaire, peut-être avec l’aide de Jess Franco – que de ne pas laisser à Vernon le seul rôle de la menace, Lemoine portant les frusques d’un prédateur sexuel, bien sûr coupable de la mort de Katharina, et dès lors voué à affronter un Saxon peu dupe du caractère sombre de son invité d’un soir. Que de tragédies vécues à travers des flashbacks, dont Hoven ne fait pourtant pas grand-chose. Dire qu’il ne passe rien (si ce n’est du tamponnage de fessier, le tout se drapant de l’érotisme habituel de la Série B européenne) dans Le Château des Passions Sanglantes tient de l’euphémisme, les uns et les autres passant de leurs chambres aux couloirs tandis que Saxon et son chirurgien privé plongent leurs mains gantées dans la viande rougeaude de la jeune fille qu’ils opèrent, gros plans gore (et répétitifs) inclus. Dans les dernières secondes, alors que la Katharina réveillée reconnaît en Brack son amant diabolique, qu’elle semble néanmoins admirer, Saxon tente de poignarder son fourbe convive, se manque et plante sa propre fille (ça valait bien la peine de perdre une demi-heure de film à lui triturer les entrailles pour un résultat pareil, tiens), avant de retenter et de toucher cette fois un Brack ne cherchant même pas l’esquive alors qu’il sait très bien que la froide morsure de l’opinel l’attend. Saxon part se jeter dans le vide avec le corps livide de sa rejetonne tandis que le chirurgie s’échappe à cheval, grimé comme La Mort. Rideau.

 

 

 

Au final, le problème de ce Château des Passions Sanglantes ne serait-il pas qu’après avoir réuni tous les éléments indispensables au bon petit gothique made in Europa, il décida de se reposer sur ses acquis ? Hoven compile effectivement tout ce que l’on est en droit d’attendre de pareille production, réunissant suffisamment de vieilles pierres pour faire bander l’amoureux des roches, un petit musée de cire recréant le viol de l’ancêtre de Saxon, des statuettes religieuses placées autour du lit de la plus chaude des conviées, de la poitrine naturelle comme s’il en pleuvait, les coups de scalpel d’un mad scientist dans la chair gelée, l’attaque (hilarante) d’un ours (un type en costume évidemment), le servant louche (Vladimir Medar, Le Vampire et le Sang des Vierges), l’héritage lourd à porter d’une famille à problèmes que l’on se remémore devant les peintures ancestrales, et bien sûr la ressemblance inouïe entre les aïeuls et les petites jeunettes. Tous les ingrédients sont de la partie. Dommage que Hoven omet de les cuisiner. Et qu’il oublie que la somnolence est contagieuse : à trop le voir bailler, cela finit par nous prendre aussi…

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Adrian Hoven
  • Scénario : Eric Martin Schnitzler, Adrian Hoven, Jess Franco (?)
  • Production : Pier A. Caminnecci, Adrian Hoven
  • Pays: Allemagne
  • Titre Original : Im Schloß der blutigen Begierde
  • Acteurs: Howard Vernon, Janine Reynaud, Michel Lemoine, Elvira Berndorff
  • Année: 1968

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