Satanic Attraction

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Film plutôt rare et pas près de passer par la case UHD 4K, le brésilien Satanic Attraction (1989) rappelle que l’Amérique du Sud, « where life is cheap » comme dirait Snuff, reste un vivier à bisseries aux menus safranés. Dans la popote du jour : un beau soleil tout rond et des bikinis oui, mais aussi du massacre sacrificiel, des rituels sataniques et de l’étreinte incestueuse par pack de six-six-six !

 

 

En matière d’arts underground, le Brésil, semble avoir toujours eu à coeur de repousser les limites de l’extrême. Ce que le metalhead de base ne sait que trop bien, cet éternel pays d’avenir comme le veut la périphrase ayant donné un bon coup de pied au cul d’un thrash metal dès lors invité à entrer dans l’ère du death metal, à grand renfort de Sarcófago et Vulcano. Un goût pour l’intense que l’on retrouve dans leur production horrifique, bien sûr incarnée par le célèbre Coffin Joe, boogeyman local mais pas tout à fait le roi de la manucure. Qui connaît comprendra. Venu du porno glauque – genre Women in Prison avec scènes hardcore ou récits de soeurettes naufragées sur une île où elles finiront violées – le multi-tâche Fauzi Mansur (il réalise, monte, produit, écrit, décore, joue parfois et vous offre le cocktail si vous êtes polis) décide à la fin des années 80 de laisser ses traces de dents dans l’épouvante avec deux B-Movies qui parviendront à quitter le territoire et bénéficieront d’une sortie VHS aux Etats-Unis. Soit le Satanic Attraction du jour et Ritual of Death (1990), dont les titres quasiment jumelés laissent imaginer le double-programme à venir. Satanic Attraction ne cache d’ailleurs pas son statut de poil à gratter du direct-to-video : dans un pays aussi catholique que le Brésil, cela demande des boules d’acier de débouler sur les étals avec des jaquettes montrant clairement un pentagramme au milieu duquel trône le sombre bouc ou le visage de la Bête dont la langue pendante semble enlacer squelettes et demoiselles hurlantes. Pas sûr que l’on tienne là le film de chevet de Bolsonaro…

 

 

Si Mansur devait avoir une référence et une seule sur son Atração Satânica, c’était sans l’ombre d’un doute le dieu italien du globe oculaire malmené Lucio Fulci. Certes, le budget riquiqui, les contours solaires et des effets gore assez rudimentaires peuvent évoquer le Joe D’Amato de Porno Holocaust et Anthropophagous, mais ces quelques tentatives de verser dans la pestilence poétique ne trompent pas : Fauzi à Fulci dans la peau. Au point que du Lucio il reprend également son plus gros défaut, à savoir ses récits brouillons et où les plot holes poussent comme la girolle sous le bouleau. Dire que la confusion règne sur Satanic Attraction serait encore en-dessous de la vérité tant on y navigue dans la purée de pois. Celle que Mansur déploie lors de ses séquences les plus oniriques, clins d’oeil évident à certain Italien déjà nommé plus haut, mais aussi celle d’un script mal formé et parcouru par des protagonistes moins développés que ceux d’une pub pour du gel douche Adidas. Pour ne rien arranger, plusieurs personnages se ressemblent un peu, certaines demoiselles arborant des coiffures si similaires que l’on ne sait plus trop qui se trouve à l’écran, et qui couche avec qui. Car Mansur ne lâche évidemment pas ses habitudes prises lors de sa période classée X et emballe quelques coïts, tout de même plus chastes que ceux auxquels il était jusque-là habitué. Tentons tout de même de résumer ce joyeux bordel orchestré par Satan himself, ou tout du moins ses adorateurs, à l’oeuvre lors de la séquence d’introduction. Inquiets à l’idée de perdre tout leur argent, une riche famille décide de pactiser avec le Démon, lors d’un rituel visant à lacérer les poignets de leurs deux enfants. Un homme portant une énorme tête de bouc égratigne donc les mimines du garçonnet et de la fillette, avant de leur offrir une amulette luciférienne, le genre que l’on ne peut acheter qu’à un concert d’Impaled Nazarene. Quatorze années passent et Fernanda, qui n’a à priori absolument rien à voir avec ces messes noires, anime une émission de radio lors de laquelle elle improvise des contes horrifiques. Mais par on ne sait trop quel maléfice (et on ne le saura jamais) et sans le savoir, elle narre en vérité des meurtres ayant réellement lieu au même instant.

 

 

Une plagiste se prend deux dagues entre les omoplates, une cocotte se ramasse un hachoir sur le front et, à la mode La Baie Sanglante, deux baiseurs sont empalés par un harpon dans leur bateau. C’est là l’oeuvre de Christian, gamin du début occupé à récupérer le sang de ses victimes, à jeter leurs restes à son lion (toujours avoir un lion sous la main pour faire disparaître des preuves humaines) et à verser la sève écarlate sur la tombe de sa sœur Sara, morte on ne sait pas trop comment, en vue de la ramener à la vie. Et ça fonctionne  : plus celle-ci reçoit du coulis de vacanciers, plus elle se réanime. De jolies scènes par ailleurs, très Fulciennes là encore, lorsque le jus vital coule dans la bouche putréfiée d’une Sara se remettant à respirer dans son cercueil enfoui sous le sable. On est plus proche du Fulci médiocre d’Aenigma que des grandes heures façon L’Au-Delà ou La Maison près du Cimetière, mais la tentative est honorable. De meurtres en meurtres, et alors que les flics commencent à suspecter une Fernanda rendue suspecte par sa description très complète des sévices commis, Christian parvient à ramener à la vie sa sœur. Pour pouvoir la tringler, semble-t-il. Et à peine celle-ci est-elle de retour parmi les vivants qu’elle finit étranglée par Rafael, collègue de Fernanda que l’on a vu deux fois auparavant, au fin fond d’un plan et à moitié dans la pénombre. Autant dire que lorsqu’il est révélé grand manitou du satanisme local, l’effet tombe à l’eau puisqu’il nous faut quelques minutes pour nous rendre compte que l’on a déjà croisé ce con-là auparavant. Pourquoi il tue Sara ? On ne sait pas trop, à priori parce qu’elle n’a pas trop envie de passer un après-midi jacuzzi en enfer et ne porte pas de t-shirt Mercyful Fate de la tournée Melissa. On l’a dit, Satanic Attraction a de grosses lacunes en matière d’écriture. Inutile dès lors d’espérer comprendre – et ne parlons pas d’apprécier – des personnages parfois plus pris par leurs problèmes de coeur, à peine dignes de Plus Belle la Vie (Fernanda trompe son désagréable époux avec une sorte de flic des mers qui a le charisme d’une crevette grise) que par le fait qu’un dingue sillonne le littoral le sabre à la main pour y décapiter du glandu.

 

 

A se demander d’ailleurs pourquoi Mansur essaie de justifier quoique ce soit, tant il se perd dans ces bavardages sans intérêt (dans la grande tradition du low budget, les flics parlent beaucoup mais ne servent à rien) qu’il filme platement et ne se réveille réellement que lorsque ça éventre du bronzeur. Voire la meilleure scène du film, mettant en avant un Christian chamboulé par la mort de Sara (la deuxième, après l’étranglement) et partant liquider du touriste dans un hôtel. Ca décapite, ça plante de la lance dans des nuques et, sommet du bon goût, ça éviscère une nana couchée dans un hamac, son appareil digestif tout entier tombant au sol tandis que le maniaque joue de sa lame dans les viscères tombantes. Rien que pour ce moment, Satanic Attraction méritait bien de naître. On n’oubliera pas non plus cette scène particulièrement stupide, lors de laquelle une idiote se lave avec un savon dans lequel sont plantées des lames de rasoir. Ce qui a pour effet immédiat de la lacérer… sans qu’elle s’en rende compte ! Et ça dure et dure, jusqu’à ce qu’elle découvre l’horreur et que Christian, les mains gantées façon giallo (quand je vous disais que ça mate du rital au Brésil), vienne lui fendre le crâne en deux, la cervelle jaillissant du coup de hachoir à viande. Ca ne fait donc pas semblant au fil de ce simili slasher ravi de foutre les mains dans les entrailles. Il vous faudra néanmoins vous armer de patience, car avec 100 minutes au compteur (et donc au moins vingt de trop), Atração Satânica prend son temps pour servir ses pires délits, espacés par prêt de vingt minutes à chaque fois. Rajoutez une fin particulièrement navrante et anti-climatique au possible (Spoiler : un policier, alors que son supérieur lui ordonne pourtant de ne pas tirer, appuie tout de même sur la gâchette et abat Christian le plus simplement du monde. Le mort s’effondre sur la tombe de sa sœur et y disparaît. Fin du Spoil) et vous obtenez un splatter flick attirant de par sa nationalité et son mélange entre gore et onirisme vaporeux, mais qui demande une sacrée dose de patience et un goût pour le cheesy (qu’est-ce que ça joue mal!) pour être savouré.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Fauzi Mansur
  • Scénario : Fauzi Mansur, Felipe Grecco
  • Production : J. Davila
  • Pays: Brésil
  • Titre Original : Atração Satânica
  • Acteurs: Gabriela Toscano, André Loureiro, Emilia Mazer, Olair Colan
  • Année: 1989

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