Blood Red Planet

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L’an 2000 n’avait qu’un mot à la bouche : Mars, planète rouge alors plus peuplée par le gratin hollywoodien que Sunset Boulevard lui-même. On se souvient évidemment de Mission to Mars avec Gary Sinise et Connie Nielsen, du Planète Rouge avec un Val Kilmer encore svelte, et surtout du plus prestigieux du lot, le Blood Red Planet co-réalisé par les frères Polonia (Splatter Farm, Lethal Nightmare) et Jon McBride (Cannibal Campout, Woodchipper Massacre), union sacrée déjà à la base du culte Feeders quatre ans plus tôt. On rigole bien sûr, tant cette énième virée dans l’espace le plus fauché ressemble bel et bien à ce que l’on pouvait attendre des Polonia Brothers : un cosmos sans le sou fabriqué à base de barquettes d’oeufs et de cannettes de Fanta vides.

 

 

La sortie de Sharkenstein (2016) dans nos contrées au détour du livre Bad Requins fut de ces bonnes surprises au tranchant double. Certes, les cinéphiles habitués à flotter dans la dimension Z et à patauger dans les lagunes du Do It Yourself purent enfin ajouter un DVD étiqueté « Polonia Brothers » à leur collec. Mais le revers de la médaille ne se fit pas attendre : plus largement distribués dans nos terres qu’à l’accoutumée – ce qui n’était pas une tâche ardue vu que 99,9 % de leur travail était, est et restera probablement inédit chez nous – les frangins Mark et John, ou tout du moins celui toujours en vie (John étant malheureusement décédé en 2008), virent les regards français se retourner sur eux et les moqueries arriver en files. Au point que l’on eut pendant quelques semaines l’impression que Mark Polonia devint le nouveau mètre-étalon de la nullité rigolote, de la Série B miséreuse et de ces hommes que l’on n’invite que pour un dîner de cons, en effaçant un peu vite l’état d’esprit, la volonté, l’amour sincère porté au genre et la ténacité d’une fratrie qui, dans un monde parfait, récolterait plus d’applaudissements et d’œillades attendries que les gausseries et risées. Mais nous ne vivons pas dans un monde parfait, et les Polonia et leur ami Jon McBride subiront donc la punition du goudron et des plumes. C’est triste mais c’est ainsi. Bon, faut dire que leur Blood Red Planet est un peu poupou sur les bords, et que même un fervent défenseur du septième art le plus traîne-misère – définition quasi-parfaite du cinoche de nos auteurs du jour, qui ne sont jamais parvenus à se hisser à des budgets décents – ne saurait soutenir bien longtemps tant on s’y emmerde.

 

 

Dans un futur que l’on n’espère pas trop proche, mais qui semble déjà si loin derrière nous puisque tous les effets spéciaux semblent dater de l’époque Sega Saturn, la Terre se trouve menacée par une étrange planète avançant peu à peu vers notre bille bleutée. Et depuis c’est la cata, séismes, tornades et éruptions volcaniques mettant en péril une espèce humaine qui se demande si ces cataclysmes ne seraient pas liés à l’approche du globe hostile. Pour en avoir le coeur net, une petite équipe composée de losers (le capitaine qui en a gros sur la patate suite à un précédent naufrage, le technicien alcoolo, le doc’ timbré, le pilote froussard et une blonde dont je ne me souviens pas du problème, désolé) monte dans un vaisseau spatial et s’envole voir ce qu’il se passe sur place. Soit pas grand-chose. Blood Red Planet fait en effet partie de ces films de science-fiction persuadés qu’il suffit de coller un jargon insensé dans la bouche de quelques cosmonautes et trois OVNI qui se tirent dessus pour passionner les foules. Cela fonctionne peut-être à la sortie d’une convention Star Trek ou lors de la pause café avec un geek déguisé en Han Solo, mais cette planète rouge sang s’adresse moins aux apprentis navigateurs de l’Enterprise qu’au collectionneur de VHS aux jaquettes ridicules (en la matière, celle de Blood Red Planet tient de la belle pièce). Et ce gars-là se fout du pourquoi du comment de la férocité d’un astéroïde géant contrôlé par une espèce de boulette de viande cyclopéenne, désireuse d’éradiquer l’humanité juste parce qu’elle en a envie. Ca valait bien la peine de nous alourdir de théories pleine de grands mots pour finir sur le caprice d’une Knacki Ball colérique… Notez que celle-ci est à peu près le seul moment de gloire de notre Z du jour puisqu’elle fut créée par Brett Piper, réalisateur de vrais bons B-Movies comme Shock-O-Rama ou They Bite !, et mecton capable de vous fournir une gloumoute à peu près valable avec deux morceaux de plasticine et deux patates mal pelées. L’alien en chef, cause de tous les maux du monde, n’échappe certes jamais à son statut de chaussette parlante (et avec une voix si désabusée qu’elle en devient hilarante) mais au moins un effort a-t-il été consenti lors de sa fabrication.

 

 

Dommage qu’il arrive si tardivement, tout comme cet astronaute zombie venu attaquer l’équipage, à chaque fois dans le dos lors de séquences même pas gore. Pour un truc qui a le mot blood dans son titre, Blood Red Planet n’en fait pas couler des masses… Mais hé, au moins avons-nous désormais un zomblard dans un scaphandre, et on n’en croise pas suffisamment sur nos écrans plats pour se plaindre. Sauf que les Polonia et McBride ne lui offrent que quelques maigres instants de présence, préférant enfouir leur film sous quarante-cinq minutes (et le reste!) de bavardages pénibles, shootés en plans serrés pour que l’on ne se rende pas compte que le tout à été filmé dans les chiottes de Grandma Polonia et que les murs sont faits de barquettes d’oeufs peintes en bleue. Les combinaisons de nos space fighters ? Deux quilles collées dans le dos pour faire des bonbonnes d’oxygène, des lunettes de protection d’ouvriers dans le bâtiment ou de laborantin, un masque de chirurgien sur le bec (le même que porte votre bouchère lorsqu’elle vous apporte votre kilo de merguez en pleine crise du Covid) et roulez jeunesse, nous voilà bons pour le space opera du siècle ! A croire que les Polonia cherchaient parfois à devenir sujet de plaisanteries… De notre côté on s’en retournera à Splatter Beach (2007), invasion de limandes mutantes autrement plus bandante que ce triste mockbuster dont on ne tirera définitivement rien.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Mark Polonia, John Polonia, Jon McBride
  • Scénario : John Polonia
  • Production : Mark Polonia, John Polonia, Jon McBride
  • Pays: USA
  • Acteurs: Jon McBride, John Polonia, Joette Krisiewicz, Robert Thomas
  • Année: 2000

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