I Was a Teenage Frankenstein

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Connue pour avoir inondé le marché des années 50 de Séries B fauchées de chez fauchées, la maison des goules miséreuses AIP l’était aussi pour avoir tenté un rajeunissement des troupes monstrueuses via I Was a Teenage Werewolf (1957). Avec succès, ce Teen Wolf avant l’heure récoltant suffisamment de biftons pour que certains gérants de salles ou de drive-in, surtout ceux situés au Texas, quémandent une pelloche du même tonneau à projeter dans les plus brefs délais. Paf, cinq mois plus tard sort un I Was a Teenage Frankenstein (1957) toujours en manque d’argent de poche mais se glissant néanmoins parmi les plus agréables tentatives de secouer le cadavre de Mary Shelley.

 

 

AIP, comme tout bonne maison de production branchée B, n’est pas tout à fait le temple du renouvellement et de l’expérimentation gratuite. Dès lors, lorsque leur est commandé un monster movie moulé à la mode I Was a Teenage Werewolf, ils se gardent bien de goûter au remaniement des troupes. Whit Bissel (La Machine à Explorer le Temps, L’Etrange Créature du Lac Noir) créa le jeune loulou quelques mois plus tôt ? Eh bien il ressortira la blouse blanche et les bistouris de leur étui pour I Was a Teenage Frankenstein, dans lequel il arpente un laboratoire secret où s’affolent les loupiotes, sous le nom de… Frankenstein. On ne l’avait pas vue venir, celle-là. Aidé du spécialiste en rayons X Dr. Karlton (Robert Burton, The Slime People) et de sa future épouse Margaret (Phyllis Coates, la Lois Lane des années 50), aide nécessaire pour repousser les gêneurs pendant que Monsieur s’enferme dans le confort de sa morgue en noir et blanc, Frankenstein s’essouffle à faire honneur à son illustre ancêtre en créant un être vivant de A à Z. Mais contrairement à son ancêtre le baron, Frankie Jr. ne compte pas rapiécer de la viande morte et impropre à la consommation, et compte privilégier la matière jeune, assurant à Karlton que la réussite de leurs opérations dépendra de leur capacité à trouver un adolescent fraîchement décédé. Comme les scénariste Herman Cohen (aussi producteur, Konga, How to Make a Monster) et Aben Kandal (le Blood of Dracula collé en double-programme à la bande qui nous occupe ici) ne sont pas très fins et tiennent vraiment à aider le professeur, celui-ci n’a pas le temps de finir sa phrase que résonne le son d’un cruel accident de voiture, drame ayant eu lieu à peine dix mètres plus loin. Le coup de bol du siècle, et l’occasion donnée de récupérer le jeune chauffard revenu d’une fête sans doute trop arrosée. Ou ce qu’il en reste, l’un des bras, l’une des jambes et le visage du jouvenceau étant dans un état pitoyable. Qu’à cela ne tienne : Frankenstein découpe la couenne inutile, appuie sur un bouton posé au mur qui ouvre une trappe cachée et jette les membres trop sévèrement brûlés au crocodile (dont on dit qu’il appartenait au serial killer Joe Ball, mouais…) barbotant dans une mare souterraine. A croire que c’est Fu Manchu qui loue.

 

 

Trois coups de scalpel et d’électrodes plus tard, le monstre est prêt et parfaitement réussi. Bon, il est borgne, a la gueule en biais et ressemble à de la purée de chou vert, mais au moins sait-il parler. Et se lamenter sur son triste sort : tout cadavre ambulant soit-il, il reste au fond de son petit coeur un adolescent pressé d’aller retrouver les siens et peut-être enflammer le dance-floor. Et c’est contre les recommandations de son maître et père qu’il s’aventure au dehors, soufflant un vent de panique sur le bon peuple après qu’il ait étranglé une demoiselle effrayée par son look de zombie bodybuildé. S’il semble avoir appris la leçon et accepte de s’en tenir à son sous-sol, ne créant pas de nouveaux problèmes à un Frankenstein de plus en plus inhumain, il n’en sera pas de même concernant Margaret, qui commence à se poser des questions et se lasse des absences répétées de son fiancé. Une curiosité que son promis compte punir à sa manière… Si I Was a Teenage Frankenstein n’apporte pas grand-chose au mythe Frankensteinien – le fait que la créature soit un éphèbe ne modifie que très légèrement la trame par rapport à celles des autres films piquant à Shelley son principe – notre petit B-Movie emballé par Herbert L. Strock (Gog, The Crawling Hand) trouve son identité dans une virulence rarement croisée dans le genre à cette époque. Lorsque Frankenstein allège son teenager de ses membres pourris, on voit ceux-ci passer devant l’écran. Le faciès du monstre répand une impression de putréfaction et de pestilence à laquelle ne pouvaient pas non plus prétendre les classiques de la Universal. Et plus globalement, la cruauté dont fait preuve le docteur fait passer le film de Strock comme plus extrême que le film de James Whale et ses suites. Voir le sort réservé à la pauvre Margaret, ou le fait que Frankenstein propose une virée nocturne à sa création, pour qu’elle se choisisse un nouveau visage. Inutile de dire que le malheureux sélectionné perdra sa tête dans le processus…

 

 

Soucieux d’en donner pour son argent à une audience traquant le choc facile, Strock s’autorise même un final en couleurs, comme pour en rajouter une couche lors de la bagarre finale, qui voit le monstre, désormais gâté par un nouveau minois, se faire électrocuter. On ne compte pas ses efforts en somme, ce qui était suffisamment rare en ces fifties très verbeuses et ne dévoilant leurs menaces crochues que cinq minutes avant la fin pour être apprécié. Attention, cela bavarde à l’heure du thé et en se penchant sur les points de suture de la gueule d’amour à l’oeil globuleux, mais que serait un Frankenstein flick sans quelques débats médico-dégueulasses où cela se questionne sur la manière de trouver un scrotum tout neuf ? D’ailleurs I Was a Teenage Frankenstein ne cause jamais pour ne rien dire et se fend d’un rythme satisfaisant, assuré par un script classique mais sachant éviter le surplace. C’est déjà plus que ce que l’on est généralement en droit d’attendre des sorties AIP de la période.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Herbetr L. Strock
  • Scénario : Aben Kandel, Herman Cohen
  • Production : Herman Cohen
  • Pays: USA
  • Acteurs: Whit Bissell, Phyllis Coates, Robert Burton, Gary Conway
  • Année: 1957

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