No Escape

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Spécialiste du found footage (le remake de Rec qu’est Quarantine, Catacombes, The Poughkeepsie Tapes) et du film d’ascenseur (Devil), John Erick Dowdle ne fait pas franchement partie de nos petits papiers. Et n’attira pas notre confiance lorsqu’en 2015 il mit sur le marché du cinoche tendu une Série B mi-action mi-flippante située en Asie et avec en lead Owen Wilson, que l’on apprécie beaucoup dans la crypte mais que l’on peinait à imaginer ailleurs que dans des comédies romantiques et doucement amères. La surprise n’en fut que plus grande, No Escape étant le survival urbain et nerveux que l’on espérait depuis… pfiou ! La Nuit du Jugement (1993) ?

 

 

Plus coûteux que son pendant des bois, pour sa part bien garni (remember ces années 2000 bourrées de Eden Lake, Hunted, Manhunt et autres The Backwoods), le survival des villes ne semble malheureusement réservé qu’aux studios nantis et aux producteurs expérimentés. Cela se comprend, le hide and seek citadin demandant des moyens et une organisation ciselée : fermeture de rues entières, obtention de permis de tourner, gestion des inévitables riverains et une gênante populace accrochée à sa fenêtre pour profiter du tournage se déroulant quelques mètres sous eux. Des inconvénients que les parties de cache-cache forestières ne sauraient connaître, leur calme et l’absence de regards indiscrets accueillant dès lors les producteurs indépendants, toujours les premiers à verser dans le genre. Les amateurs de courses-poursuite dans une jungle de béton en sont donc bien souvent pour leurs frais, forcés de s’en retourner à La Nuit du Jugement (pas un problème par ici, puisque je considère la traque menée par Stephen Hopkins comme le haut du panier du style) ou d’aller voir ce qu’il se passe au rayon action, des fois que Van Damme se retrouverait coursés par des mercenaires nourris à la vodka dans les ruelles glauques de Moscou. L’alternative, c’est donc à Dowdle de la proposer en 2015 via ce No Escape avec le raffiné et lunaire nez cassé d’Hollywood, le sympathique Owen Wilson. Pas tout à fait l’union rêvée pour une soirée écorchée, l’un s’étant fait connaître via des found footage alors dans le vent (tout est dit, déjà) alors que l’autre reste plus connu pour ses aimables plaisanteries et quelques comédies dramatiques chez Wes Anderson. On ne voit donc pas le premier nous proposer une mornifle digne de ce nom, et le second tenir sur ses épaules un thriller agressif. Comme on avait tort ! Ingénieur américain fraîchement expatrié en Asie du sud-est soi-disant pour aider les locaux à obtenir une eau plus pure, Jack (Wilson donc) découvre quelques heures après son arrivée que lui et sa petite famille arrivent en plein coup d’état, des rebelles décimant la population. Leur but ? Eliminer les yankees venus leur voler leur entreprises pour mieux s’emparer de leur pays. Autant dire que Jack et les siens forment une cible parfaite…

 

 

Un rapide jet de globe oculaire au palmarès de Bold Films, société derrière No Escape, permet de se rassurer quant aux chances, faibles, de se retrouver face à un produit aseptisé, ces gars-là ayant tout de même sorti Drive, Night Call, Whiplash et Lost River. Pas tout à fait les blockbusters typiques, et des propositions souvent noires et sans concessions, que l’on cause des coups de marteaux dans la tronche sponsorisés par un Ryan Gosling pas bavard ou les virées nocturnes de ce délicieux creep de Jake Gyllenhaal. Une lignée dans laquelle s’inscrit Dowdle, son seul abandon à des velléités plus populaires, présentes pour ne pas effrayer définitivement la ménagère, se trouvant dans ces lourdes et pénibles séquences pleines de coeur, où Owen Wilson et Madame (Lake Bell) réitèrent leurs vœux dans le sang et la boue, alors que des dizaines et des dizaines de coupe-jarret sillonnent le secteur pour leur planter une machette dans la glotte. Votre instant sentimental obligatoire et sponsorisé par Kleenex, toujours présent pour vous rappeler que les protagonistes sont des gens bien et de véritables Monsieur-tout-le-monde. Contre-productif tant cela les ramène alors à leur condition de chevaliers blancs des écrans, et une volonté bien inutile de souligner que le pauvre Owen Wilson n’a rien d’un Vin Diesel paré à arracher de la mâchoire à la petite cuiller : ça se voit tout de suite, et c’est bien pour cela que notre boucle d’or préférée fut choisie en premier lieu. Pas la peine d’en rajouter dès lors… Des réserves heureusement balayées par la virulence du spectacle et le refus de Dowdle d’alléger son émeute, faite d’exécutions sommaires, de tentatives de viol, des hurlements de femmes alors qu’elles sont tabassées à la lame rouillées et de jeep fonçant sur des captifs agenouillés en rang d’oignons. Comme repoussoir à touristes, on ne saurait faire plus méchant que No Escape.

 

 

Le passé de Dowdle dans le found footage joue d’ailleurs clairement à son avantage, tant sa caméra, quasiment vissée au dos de Wilson, nous permet de le suivre dans la moindre ruelle, dans le moindre couloir où sévissent les sanguinaires, proposant une immersion totale. On s’y croit pour le dire autrement, et on craint au moindre pas, à la première porte ouverte, la vague de bourreaux avançant telle une force inarrêtable et terriblement réaliste. Oui, c’est parfois un peu too much, surtout lorsque Wilson balance ses filles d’un toit à l’autre en slow-motion, money shot probablement pensé pour égayer le trailer. Et l’on pourra éventuellement considérer que le baroudeur Pierce Brosnan (qui décidément gagne des points de charisme à chaque nouvelle ride) venu sauver la petite tribu en toute décontraction semble de trop pour la plausibilité de l’ensemble, qui succombe à un « tout est lié » un peu factice (les Asiatiques violents cherchent Wilson car il est l’employé modèle de la société qu’ils visent, société qui put s’implanter chez eux grâce aux magouilles de Brosnan). Mais ces menues carences ne font jamais oublier la belle nervosité ressentie à chaque étape d’un No Escape cruel (le mitraillage de l’hélicoptère, les bandits forçant la gosse à tuer son propre père, entre deux rires gras) et sentant bon les dessous de bras trempés. Prenez un ticket, ça vaut le coup.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : John Erick Dowdle
  • Scénario : Drew Dowdle, John Erick Dowdle
  • Production : Steve Alexander, Drew Dowdle, David Lancaster, Michel Litvak
  • Pays: USA, Thaïlande
  • Acteurs: Owen Wilson, Lake Bell, Pierce Brosnan, Sterling Jerins
  • Année: 2015

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