Scared Stiff (Abraxas)

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Malgré une belle carrière et une filmographie dépassant la trentaine de films, Richard Friedman reste à ce jour l’un des grands oubliés du fantastique, et s’il se trouve cité, c’est plus volontiers pour sa participation aux séries Vendredi 13 et Tales from the Darkside que pour ses longs-métrages. Parmi lesquels Scared Stiff (1987), ou Abraxas lors de sa sortie en VHS dans nos landes, mélange mi-figue mi-raisin entre le film de maison hantée psychologique et les ensorcellements hauts en couleurs.

 

 

Fin des années 1800. Le salopard notoire George Masterson (David Ramsey, The Killing Hour), « marchand de nègres » et esclavagiste accompli, investit les places et tente de vendre ses cargaisons humaines aux plus offrants, ignorant que dans l’ombre gronde la révolte. Fomentée par des sorciers Africains et la propre épouse de Masterson, celle-ci vise à le maudire. Pas du goût de l’intéressé, qui vide un chargeur sur ses ennemis et enferme sa femme et son fils dans une manne leur servant également de cercueil… Cent années passent. La starlette de la pop Kate Christopher (Mary Page Keller, spécialiste du soap opera) s’apprête à reprendre son chemin vers la gloire après une période sombre, passée dans un institut psychiatrique où elle rencontra son nouvel amant, le Dr. des méninges David Young (Andrew Stevens, Day of the Animals). Pour solidifier leur union, ils achètent, on vous le donne en mille, le manoir Masterson, dans lequel le petit Jason, fils de Kate, se sent particulièrement mal à l’aise. Il y a d’ailleurs de quoi tant les évènements étranges s’enchaînent sur les lieux : invasion de pigeons, cauchemars presque trop réels, visions d’un triste passé, découverte des cadavres laissés dans leur coffre par le négrier, petites voitures roulant toutes seules dans le bac à sable… Plus inquiétant encore, le comportement de David se fait de plus en plus violent, comme si l’esprit de George Masterson s’emparait de lui. Un comble pour un psychiatre censé nettoyer le cervelet des autres de leurs délires.

 

 

Une pincée d’Amityville, quelques délires visuels que l’on aurait pu croiser dans les suites les plus folles des Griffes de la Nuit, la petite touche psycho qui va bien et l’objectif cadré sur « l’implosion de la cellule familiale » comme se sentent toujours obligés de le dire les chroniqueurs lorsqu’ils se penchent sur une bande dans laquelle une tribu se fissure peu à peu : Abraxas est bien des années 80. On le sent d’ailleurs dans cette hésitation quant au ton à adopter, tantôt sérieux et voué à développer un climat pesant et la méfiance à l’égard d’un David de plus en plus douteux. Et tantôt bien de son époque puisque tout disposé à laisser son équipe des effets spéciaux dérouler tous les délires visuels possibles et imaginables, comme un dingue avec une tirette sur le front dévoilant sa matière grise, une tête d’indien gigantesque sprintant dans un couloir, un grand brûlé rigolard et diverses créatures, dont un David/Masterson transformé en un monstre dont le look rappelle les totem africains. Ca y va question latex, et dans le chouette documentaire de 33 minutes trouvable sur le Blu-Ray édité par les Anglais d’Arrow Video, le réalisateur Richard Friedman avoue que lui et son producteur Daniel Bacaner ne firent aucun tri dans leurs idées : s’ils en avaient une, elle se retrouvait dans le script. Purement et simplement. Et y compris les plus connes comme ce tiki de pixels sorti d’un PC… Compréhensible, cette volonté de se distinguer de la masse – bien vaine, Bacaner avouant dans le même docu que la compétition était alors si rude (Hellraiser sortit dans les mêmes eaux) que personne ne fit attention à leur Scared Stiff – mais force est de constater qu’elle déséquilibre le produit fini, bancal et ne sachant à quel démon se vouer. La première moitié fait ainsi de son mieux pour avoisiner une certaine bicoque aux fenêtres menaçantes du 112 Ocean Avenue, préférant un sérieux papal au fun et le climat aux sursauts, tandis que la seconde vire sans se retenir au carnaval de Rio le plus coloré, dont bondissent un nombre impressionnant de revenants et bestioles aux dents cariées. C’est tout ou rien dans Abraxas, même si le plus frustrant se trouve ailleurs.

 

 

Dans ce scénario mal fini, coupable de traiter par-dessus la jambe le background de ses personnages. Pourquoi Kate et Jason semblent-ils si malheureux, et qu’est-il arrivé à leur père ? On ne le saura jamais, et ces traumatismes passés ne semblent présents que pour permettre à Scared Stiff d’avoir une héroïne fragile. Quel était le but premier des sorciers en maudissant Masterson, certes changé en une repoussante bébête, mais pas forcément privé de ses mauvaises actions ? Pire, il semble désormais plus létal que jamais et on peut se demander si l’immortalité de son mauvais esprit ne vient pas de leur soi-disant sanction. Et plus globalement, la bonne idée d’utiliser l’esclavagisme comme socle pour un film d’horreur tient, une fois encore, de la bête excuse, et on peinera à extirper le moindre propos de l’affaire. Non pas que l’on tenait férocement à se taper un exposé sur le sujet, mais un peu de viande autour de l’os n’aurait sans doute pas fait de mal à Abraxas, sympathique et joliment vif sur la fin, mais incapable d’être plus que 80 agréables minutes.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Richard Friedman
  • Scénario : Mark Frost, Daniel F. Bacaner, Richard Friedman
  • Production : Daniel F. Bacaner, Charles S. Carroll
  • Pays: USA
  • Acteurs: Andrew Stevens, Mary Page Keller, David Ramsey, Josh Segal
  • Année: 1987

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