Asylum of Satan (L’Antre de l’horreur)

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Blouses blanches pour sabbats noirs dans l’asile de Satan, pas tout à fait la maison de repos idéale pour recoller les morceaux d’un esprit affaibli, mais parfaite pour faire pousser des cornes aux patients jusque-là trop sages. Le spectateur, lui, tourne en rond en salle d’attente, présumant qu’il va bien finir par se passer quelque-chose dans Asylum of Satan (L’Antre de l’Horreur en France, 1971).

 

 

Courte mais déjà dense carrière pour William Girdler, décédé en 78 au trop jeune âge de 30 ans lors d’un accident d’hélicoptère, alors qu’il faisait des repérages pour une production tournée aux Philippines. Entre son décès et ses débuts en 71, signés via cet Asylum of Satan, pas moins de neuf films dont certains, sans jamais avoir tutoyé les sommets et être devenus d’intemporels indispensables, tintent toujours aux orillons de la clientèle de l’exploitation 70’s. Grizzly, The Manitou, Day of the Animals, Three on a Meathook… Rien de particulièrement exceptionnel, mais quelques noms dont on se souvient, même vaguement, et la preuve de la ténacité d’un auteur fermement accroché à son art. Lorsque l’on voit la taille des rangs des réalisateurs en herbe apparus dans les années 70 et disparus durant la même décennie après un ou deux films, des rangs que Girdler aurait facilement pu grossir, on a tendance à estimer le William, ne serait-ce que poliment. De là à soudainement prétendre que le présent Asylum of Satan crache des étincelles… Petit budget avoisinant les 50 000 dollars, L’Antre de l’Horreur – plus générique, on ne trouvera pas cette semaine – envoie Lucina Martin (Carla Borelli, beauté du petit écran), pianiste de renom épuisée par son travail et le stress, dans la clinique privée du Dr. Specter (Charles Kissinger, à partir de là un régulier du cinéma de Girdler). En français le Docteur Spectre. A ce stade, autant s’appeler Professeur Méchant ou Dr. Pourri, ça sera encore plus clair. Clinique privée disais-je, pour un savant aux méthodes très particulières puisqu’il balance une paraplégique dans une nuée d’insectes, et profite de la baignade d’une aveugle dans une piscine pour lui jeter dessus des serpents de mer. Un homme muet ? On le crame à la torche. Autant dire que Specter n’est pas le praticien qui vous aidera à retrouver des couleurs.

 

 

Il n’en donne pas beaucoup au film non plus, malgré l’originalité de ses soins. Ne vous fiez donc pas à ces quelques lignes laissant sous-entendre que les vieilles femmes vont bouffer du hanneton pendant que les papys flambent sans avoir le loisir de hurler à la mort, et donc que notre Asylum of Satan serait un condensé de pure méchanceté, qui ne restera que théorique. Réalisateur encore débutant et pas tout à fait l’homme de la situation pour apporter la juste dose de nervosité à sa Série B satanico-médicale, Girdler a toutes les peines du monde à imprimer les rétines avec des tueries trop plates pour être commémorées et à apporter la chape de plomb nécessaire à un récit qui se prêtait pourtant à l’oppressant. On devrait craindre pour la pauvre Lucina, parfaite de corps et d’esprit mais enfermée dans sa chambre et privée de visites, soi-disant à la demande de son paternel pourtant décédé depuis quelques années. Et on devrait sursauter lorsqu’elle est attaquée par un être difforme, mixture entre le loup-garou et Quasimodo, et que l’étau luciférien se resserre autour d’elle, Asylum of Satan se terminant comme de juste par une cérémonie noirâtre, où des êtres mystérieux et aux mains brûlées, bien sûr encapuchonnés, se tiennent autour de la victime alors que Specter se livre aux habituelles cantates ténébreuses. Un speech en partie imaginé par l’un des sbires du leader de l’Église de Satan, Anton LaVey, qui apporta quelques bibelots de leur paroisse démoniaque avec lui, donnant probablement au film une petite véracité. Mais voilà, l’ensemble ne décolle jamais, on ne parvient à aucun moment à s’en faire pour cette affaire de captivité non désirée, par cet emprisonnement forcé par des personnes promettant que c’est pour le bien de leur invité. Dans un registre à peu près similaire, la comparaison avec Flagellations (1974) de Pete Walker est aussi saisissante que meurtrière pour Girdler.

 

 

Selon l’un des membres de l’équipe, le film fut en partie tourné dans la luxueuse bicoque d’une vieille excentrique, qui laissait ses chiens pondre des brownies au caramel un peu partout dans son manoir, forçant la team à bosser dans un odeur pestilentielle. On aurait aimé que le long-métrage tout entier en profite et sente un peu plus la crasse, mais aussi le danger. Dans la grande foire de l’exploitation et du grindhouse antique, Asylum of Satan ne peut jamais prétendre au statut du grand huit espéré. Il est la petite ballade sur les trains qui font tchou-tchou pour les enfants, qui ne parviendraient pas à se faire écraser même en piquant un somme sur les rails. Même Satan, notre Maître à tous évidemment, ne sauve pas l’affaire, sortant d’un fumigène en levant deux ou trois fois la lèvre charnue de sa face de cochon pustuleux, punissant sévèrement un Specter qui, après tant de dur labeur et s’être même déguisé en infirmière (il est d’ailleurs plus inquiétant dans les frusques de la nurse que dans son rôle de saltimbanque luciférien), n’est pas parvenu à le satisfaire. Tout ça pour ça…

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : William Girdler
  • Scénario : William Girdler, Patrick J. Kelly
  • Production : Jeffrey C. Hogue, Patrick J. Kelly
  • Pays: USA
  • Acteurs: Charles Kissinger, Carla Borelli, Nick Jolley, Louis Brandy
  • Année: 1971

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