Puppet Master : The Littlest Reich

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Comme pour faire mentir les millions de memes soulignant le dégoût profond éprouvé par l’horror fan pour les remakes de ses classiques préférés, effectivement malmenés plus qu’à leur tour depuis les années 2000, la machine rebooteuse de franchises semble s’être imposé un petit recalibrage et a enfin compris qu’il n’était guère judicieux de viser la copie conforme. Hasard de la vie et des calendriers, les deux plus beaux efforts en matière de relecture des effrois passés survenus ces dernières années sortent de la boîte à jouet. A savoir le Child’s Play version 2019 et donc ce Puppet Master : The Littlest Reich (2018), réforme bienvenue pour une saga à l’agonie.

 

 

Avant même d’avoir appuyé sur la touche « play » de ma télécommande, The Littlest Reich avait toute ma sympathie, ne serait-ce que pour avoir soulevé une micro vague d’indignation suite à son obtention du Grand Prix à l’enneigé festival du film fantastique de Gerardmer. Un gros splatter des familles sentant le popcorn au beurre et le Pringles Doner Kebab, dans lequel une femme enceinte voit une marionnette s’infiltrer dans son as de carreau et en ressortir par le bide en étranglant son pauvre fœtus, tandis que plus loin un gros barbu urine sur sa propre tête fraîchement décapitée et tombée dans les WC, repartant avec tous les lauriers (ce Puppet Master new look obtint également le prix du public) ? Alors que les années précédentes célébraient la psychologie et le goût de thé au jasmin de productions on ne peut plus respectables comme Grave ou Ghostland ? Vous n’y pensez pas ! Quelle régression ! Quelle tristesse ! Quelle hérésie ! Ne serait-ce que pour avoir un peu desserré l’anus de ce lieu de réunion de cinéphiles branchés fantastoche, et avoir rappelé les bonheurs d’une simple Série B reprenant à son compte les arcanes du fun and fears et dont le but premier est d’en revenir aux antiques soirées canapé des 80’s, merci aux duo de réalisateurs Sonny Laguna et Tommy Wiklund (Madness, We Are Monsters). Non pas que leur reprise de la saga qui plaça jadis le label Full Moon sur la carte du frisson bon marché avait besoin de ce petit coup de pied donné au cul de Gerardmer pour briller, le film se suffisant à lui-même. Ce dont on n’aurait pas juré à la seule vue de Madness, pelloche de rednecks dégueulasses, violeurs de beaux gosses (ça y montre de la sodomie masculine dans une cave cradingue) et traqueurs de cheerleaders, B-Movie regardable en provenance de la froide Suède mais pas tout-à-fait joyau du genre. The Littlest Reich n’est pas non plus destiné à entrer au panthéon, mais au moins a-t-il le bon goût d’embrasser son sujet sans retenue et de livrer aux accrocs de la saga l’épisode dont ils avaient toujours rêvé.

 

 

Tout juste divorcé et forcé de retourner vivre chez papa et maman à plus de quarante ans, Edgar (Thomas Lennon) a de bonnes raisons de piquer une déprime carabinée. Dessinateur de comics trop peu prolifique pour faire carrière, et dès lors coincé à la caisse de la boutique de son meilleur ami – le geek agaçant, fainéant et fan de grindcore Markowitz (Nelson Franklin) – Edgar broie d’autant plus du noir qu’il se retrouve logé dans la chambre de son frère, mort mystérieusement. Et dans laquelle il retrouve une étrange poupée, munie d’une lame à la main droite et d’un crochet à la gauche. Les connaisseur auront reconnu Blade, évidemment. Le destin finit tout de même par sourire à notre héros, d’abord par la grâce de sa voisine Ashley (Jenny Pellicer), petite sœur de l’un des amis d’enfance du Edgar, avec laquelle il finit par sortir. Ensuite parce que s’organise une convention où les possesseurs de poupées créées par André Toulon (Udo Kier), mystérieux concepteur sujet de bien des légendes, pourront mettre en vente leurs biens à des prix que l’on devine élevé. L’occasion de palper du billet vert sans trop se fouler… Bien sûr présents sur place, Edgar, Ashley et Markowitz déchantent vite lorsqu’ils se rendent compte que les action figures sont vivantes et ont pour mission de tremper l’hôtel dans le sang et la tripe chaude. Un script on ne peut plus simple – mais efficace, c’est entendu – finalement guère surprenant de la part de S. Craig Zahler, scénariste pour l’occasion et l’un des cinéastes les plus prometteurs de sa génération (Bone Tomahawk, Brawl in Cell Block 99, Dragged Across Concrete ; que du très bon garanti dix ans). On connaît en effet l’habitude du bonhomme, pourvoyeur d’idées à mille lieues de tout compliqué mais systématiquement développées avec intelligence, respect et compréhension des genres abordés. Le genre, toujours la star chez Zahler, qui réussit depuis ses premiers tours de manivelle là où Tarantino et Refn ont échoué. A savoir s’approprier un si chéri cinéma d’exploitation sans jamais s’imposer, à se trouver une identité nette et clairement établie sans qu’elle ne vienne noyer un monde vivant par lui-même (c’est bien écrit, mais ce n’est jamais TROP écrit), dont les poussées bis ne sont jamais des pièces rapportées qui finissent par jurer ou donner l’impression de n’être là que pour la pose. Un difficile rôle d’équilibriste, que l’on retrouve en moindre mesure dans The Littlest Reich (logique, cette fois Zahler ne réalise pas) mais aide forcément à élever le retour des murder dolls.

 

 

A se demander cependant si Wiklund et Laguna n’ont pas révisé l’art de leur scénariste, leur mise en scène, travaillée sans jamais verser dans le tape-à-l’œil, favorisant les idées visuelles sans se départir d’une certaine spontanéité. Spontanéité ; le maître-mot de The Littlest Reich est lâché, tant il semble évident que l’équipe abandonna toute retenue pour retrouver une énergie presque adolescente. Celle de petits garçons des années 90 qui, lorsqu’ils tenaient le boîtier de la VHS de Puppet Master premier du nom, imaginaient d’interminables carnages qu’une Série B bien élevée comme celle de David Schmoeller ne pouvaient décemment contenir. Zahler, Wiklund et Laguna, plutôt que de perpétuer la tradition de poupées plus aimables que féroces, retournent la franchise et offrent un nouveau caractère à Toulon, jadis un brave gars animé des meilleures intentions (sauf dans le second volet où il grillait son petit fusible, c’est vrai) et en guerre contre le nazisme, et désormais un sombre vieillard au service de l’occupant et en quête de la vie éternelle. Et pour se l’approprier, quoi de mieux que d’attendre dans une crypte que ses copains de bois et de rouages éviscèrent de l’afro-américain, des lesbiennes, des juifs, des Mexicains, bref tout ce qui n’est pas blond aux yeux bleus ? Politiquement correct et attaché à se faire une belle image sur Twitter, The Littlest Reich ne l’est certainement pas, et sans aller jusqu’à dire qu’il s’étend de tout son long dans une offense prépubère, faut quand même bien avouer que l’ensemble ne retient jamais ses coups.

 

 

Plus qu’une volonté de faire pleurer du Social Justice Warrior, on verra néanmoins dans ce défilé gore une volonté sincère d’en retourner à l’horreur de la fin des 70’s et du début des 80’s. Soit cette période un peu incertaine, où le genre commençait à se regarder dans la glace et rire de lui-même sans pour autant laisser sur le bas-côté son envie d’en découdre et repousser les limites du montrable. Judicieux d’ailleurs le choix de confier le score à Fabio Frizzi (L’Enfer des Zombies et autres Lucio Fulci de la belle époque), dont les claviers hantés et les mélodies à la fois émouvantes et mystérieuses nous ramènent en arrière, lorsque le cinéma d’horreur rivalisait de schizophrénie et entrelaçait les émotions. Une sensibilité latine que l’on retrouve aussi dans ce gore frontal, puisque digne héritier de la vision qu’en avait Joe D’Amato. Qui n’a pas pensé à Anthropophagous lors de la scène d’avortement à la sauce Toy Story ? Une générosité presque infantile – même si les marmots sont ici plus malmenés que jamais, mais qui ne l’est pas dans The Littlest Reich ? – que l’on retrouve dans la gamme de jouets diaboliques, bien plus nombreux et variés que par le passé. Outre les habitués Blade (dont j’avoue préférer le nouveau look à l’ancien), Pinhead, Tunneler ou encore Torch, nous croiserons donc un robot volant, un petit tank, un bébé Hitler capable de contrôler les corps humains en s’accrochant aux colonnes vertébrales, un clown au look de lézard, un bouffon en forme de pompe et j’en passe. Dommage tout de même d’avoir oublié Leech Woman, tant celle-ci a toujours été l’une des plus prometteuses du lot questions sévices trashos… De quoi faire pâlir un Band incapable depuis longtemps (depuis toujours?) d’effleurer un tel niveau qualitatif, le trio créatif ici à la barre ringardisant franchement les opus précédents. Que l’on aime encore tout de même, hein. Quelques scories persistent, et on peut regretter un côté répétitif (Blade égorge encore et encore…) et un final moins fort qu’espéré. Rien de dramatique, et subsiste de The Littlest Reich l’image d’un film bien pensé et construit, recueillant en son sein des comédiens pas bankables mais naturels et quelques figures du genre en soutien (Kier donc, mais aussi Michael Paré, Barbara Crampton et le géant blond Matthias Hues). Et nous voilà d’attendre comme des enfants attendent le 24 décembre la venue, espérons imminente, du deuxième volet promis à la fin du film…

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Sonny Laguna, Tommy Wiklund
  • Scénario : S. Craig Zahler
  • Production : Dallas Sonnier
  • Pays: USA
  • Acteurs: Thomas Lennon, Jenny Pellicier, Nelson Franklin, Michael Paré, Barbara Crampton
  • Année: 2018

2 comments to Puppet Master : The Littlest Reich

  • Nazku Nazku  says:

    Bon, ok, avec cette superbe critique tu m’as convaincu de regarder le film. 😉

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