Aerobic Killer (Killer Workout / Aerobicide)

Category: Films Comments: 2 comments

Tapez le pied sur le côté, tendez le bras devant, descendez le bassin en rythme, sautez sur place et n’oubliez surtout pas de découvrir vos seins avant de vous prendre un coup d’épingle à nourrice dans la jugulaire ! Bienvenue dans le monde tout en camel toe multicolores et en choucroutes impeccablement ciselées du B-Movie Aerobic Killer (1987), alias Aerobicide, alias Killer Workout, alias l’un des slasher movies les plus cons de la planète. Rien que ça.

 

Attention, ça va spoiler entre deux pas de danse.

 

Pas toujours simple à suivre, l’épopée Alex Prod/Crocofilms/Ciné2Genre, véritable Fantomas de l’édition française renaissant toujours sous de nouvelles identités pour rallonger sa liste de crimes pelliculés. Et tels des commissaires Juve, nous courrons d’un bout à l’autre des revendeurs francophones pour mettre la main sur de nouvelles pistes, moins par envie de débusquer les brigands (ce n’est un secret pour personne, leurs éditions étaient d’une légalité douteuse, pour le dire galamment) que par celle de compléter une collection riche en bandes thermonucléaires que les autres éditeurs n’oseraient probablement pas effleurer du petit doigt. Ne serait-ce que pour avoir eu l’audace de balancer dans nos étagères le génial Blood Freak et son dindon junkie et mutant, beaucoup sera pardonné à Crocofilms et ses prêtes-noms. On pensait dans tous les cas leur collec’ Les Inédits du Cinéma Bis morte, enterrée et servant déjà d’amuse-gueule aux asticots que la voilà réanimée chez Bzz Video, jeune éditeur lui aussi connu pour sa bravoure. Il en faut pour oser éditer Aliens vs Titanic (alias Titanic 3 dans leur catalogue), perle de la SF fauchée pleine de monstres obsédés du cul et de tétons percés par des lombrics stellaires. Un space fucking opera bien sûr orchestré par l’unique Jeff Leroy. Rien que pour ça, Bzz Video obtint lui aussi toute notre sympathie et notre respect éternel… On ne dira du coup trop rien sur la qualité du master proposé pour Aerobicide que, dans la grande tradition Crocofilms, on nous vend comme le seul et unique trouvable (et soi-disant refilé par l’un des producteurs, mouais…) et qu’il ne faudra donc pas être trop regardant sur la qualité, alors que les Anglais de 88 Films avaient proposé une petite remasterisation il y a quelques années de cela. Pour le slasherophile français, ça sera VHSrip, avec image floue ou qui saute comme si vous étiez revenus en 1989 d’un pèlerinage dans votre vidéoclub favori. De vous à moi, mieux vaut que cela tombe sur Killer Workout que sur, mettons, The House on Sorority Row ou Carnage, vrais bons films méritant bien leurs soins et les couverts en argent. Alors que pour Aerobic Killer, la fourchette en plastoc qui pète au premier coup de dents suffit amplement.

 

 

Ne me faites pas dire ce que je n’ai même pas écrit : Aerobicide n’est pas une crotte sèche tombée dans la litière, c’est même au contraire, et à sa manière, l’une des plus divertissantes entrées faites dans le slasher. Merci le réalisateur abonné au rayon location et Direct-to-Video David A. Prior (Ultime Combat, Future Force, White Fury), qui lança justement sa carrière avec le slasher shot on video Sledgehammer (1983), conscient à son retour sur le créneau que le tour du sujet est fait depuis bien longtemps. Du coup, plutôt que d’imiter les copains et partir camper dans les bois malfamés ou attendre le 31 octobre pour lâcher les fous, Monsieur embrasse la pop culture de son époque et s’en va gigoter dans ces temples du superficiel que sont les salles de sport des années 80, faisant de son Killer Workout le plus pop de tous les psychokiller movies de la période. Au point de faire de l’ensemble un gigantesque clip video, où l’on zoome sur les poitrines juteuses en plein mouvement, où l’on se cale derrière les fessiers rebondis, où les filles sourient de toutes leurs trente-deux dents en faisant crisser leurs baskets Nike sur le sol du complexe sportif. Et tout cela pendant que les musclés soulèvent de la fonte en se demandant laquelle des blondinettes ils vont bien pouvoir culbuter ce soir en écoutant du Donna Summer. Aerobicide est joyeux comme une pub pour du jus d’orange et rythmé comme une vieille émission façon Hit machine, au point que l’on en oublierait que le tout débute par un drame – une mamzelle crame dans un banc solaire défectueux – et qu’un maboule arpente les douches pour y liquider les cousines de Véronique et Davina avec une épingle à nourrice.

 

 

Loin de s’en tenir à ces contours éclatants pour aider sa Série B à se distinguer de la masse, Prior, fidèle à ses habitudes et ses amours premiers, entreprend également de muscler son sujet. Conviant comme toujours son frangin Ted Prior à la danse, il organise quelques combats entre gros lourdauds sur les parkings ou à côté des piscines, tandis que le flic en charge de l’enquête (David Campbell, vu dans d’autres Prior et le Scarecrows de 88) nous sort sa plus belle moue de constipé pour faire écho à un certain Dirty Harry. Car Aerobicide, c’est aussi du polar hard boiled, avec un bad lieutenant paré à enfreindre ses propres lois pour arrêter l’assassin, qu’il attire à l’écart des regards indiscrets pour mieux faire les présentations avec sa justice expéditive. Quasiment du Bronson ou du Eastwood, échanges de coups de feu sur un site de construction inclus. On peut reprocher de nombreuses choses au présent méfait de Prior, certainement pas en reste question bévues diverses et variées (ouch que le principe du meurtre à l’épingle ne fonctionne jamais, ouch que ça joue mal, ouch que les scènes d’action sont pas crédibles, ouch que la réalisation est plate), mais certainement pas de jongler avec les saveurs et d’infuser un peu du cinéma de durs dans le slasher. Ni d’y aller de sa conclusion attendue, Killer Workout finissant de manière plutôt noire, l’assassin restant en activité et lançant même un petit sourire au spectateur, façon de lui dire que d’autres adeptes de la gym musicale se feront bientôt poinçonner. Une jolie noirceur qui fait oublier que nous ne sommes pas atterris dans le haut du panier niveau meurtres, relativement nombreux (une douzaine) et variés (couteau dans le crâne, égorgements, haltère dans le front, et puis la fameuse épingle à nourrice, qui dans la vraie vie ne parviendrait pas à tuer autre-chose qu’une mésange mais bon…), mais filmés sans gloire et imagination. Prior nous la refait à la Hitchcock mais à la mode fauchée : on cadre la main meurtrière levant l’épingle, gros plan sur le visage apeuré de la future victime (parfois sous la douche, histoire de souligner le parallèle avec Psychose), mouvement du bras assassin, chute de la défunte ensanglantée, plan d’une main écarlate et inanimée… Rien de bien novateur, et le suspense est partout sauf dans Aerobicide.

 

 

Heureusement que Prior se rattrape ailleurs, et joue avec le terrible contraste entre les victimes et le tueur, en fait la victime du banc solaire défaillant, brûlée de la tête aux pieds et devenue jalouse des plastiques parfaites des petites jeunettes se regardant dans le miroir alors qu’elles remuent du fessard. A ma gauche le culte du corps parfait paré à faire un malheur lors des soirées disco, à ma droite une demoiselle raillée par le flic de service (« Vous étiez l’une des plus belles femmes du monde, désormais on ne voudrait même plus de vous dans un freak show ») et obligée de cacher ses propres courbes alors qu’elle aide ses contemporains à affiner les leurs. On aurait su, on aurait présenté la maniaque d’Aerobicide à celui de Honeymoon Horror, autre grand brûlé malheureux en amour. Pour sûr que ces deux-là auraient des choses à se dire… N’empêche qu’avec son tempo enlevé (il se passe toujours quelque-chose) et sa bonne humeur aussi communicative que ses aspects plus sombres, Aerobic Killer, tout peu rigoureux soit-il, mérite son petit statut culte auprès des bouffeurs de bandes cheesy. En bonus, Bzz Video offre une courte mais sympathique et sincère rétrospective de la carrière de Prior, malheureusement décédé voilà quelques années d’une longue maladie.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : David A. Prior
  • Scénario : David A. Prior
  • Production : Peter Yuval, David A. Prior
  • Pays: USA
  • Acteurs: Marcia Karr, Ted Prior, David Campbell, Fritz Matthews
  • Année: 1987

2 comments to Aerobic Killer (Killer Workout / Aerobicide)

  • Grreg  says:

    Allez hop,un slasher de plus dans ma collection!
    Pas le plus fameux ni meme le plus connu,mais certainement pas le plus bidon!
    Puis quand on aime le slasher,on achete tout ce qu’on peut.
    Avec un pareil titre,tu m’etonne!

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