The Barn of the Naked Dead (Terror Circus)

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« Captive young girls… chained… abused… by a Madman! » On ne pourra pas accuser la seconde réalisation du très estimé par la Critique Alan Rudolph (Choose Me, Bienvenue à Los Angeles) de se cacher, même si elle ne manque pas de documents d’identité. Terror Circus, Nightmare Circus, Caged Women II chez les Allemands, et le plus connu The Barn of the Naked Dead (1973). Le plus connu mais pas forcément le plus adéquat : si la large majorité de l’action de ce film de captives malheureuses se déroule effectivement dans une grange, inutile d’espérer y trouver un véritable harem.

 

 

En route pour Las Vegas, où elles sont embauchées pour y donner un spectacle dont elles rêvent depuis longtemps, trois jolies jeunes demoiselles (Simone, Sheri et Corrine) subissent le coup de la panne et se retrouvent forcées de dormir dans leur voiture en plein milieu du désert du Nevada. C’est alors que surgit une figure rassurante, celle du grand brun Andre (Andrew Prine, Amityville II : The Possession, Eliminators, The Lords of Salem), bel homme présentant on ne peut mieux et qui leur propose de téléphoner de sa petite ferme, située à quelques cailloux tout ronds de là. Sur place, le trio féminin découvre que leur sauveur fut jadis l’un des gérants d’un cirque, et qu’il a toujours un puma en sa possession. Nettement plus inquiétant, elles tombent nez-à-nez avec une dizaine de femmes enchaînées dans la grange, pour certaines depuis plus de six mois. Et devinez quoi, Andre le dingue compte ajouter trois nouvelles beautés à sa collection, dans le but de les dresser et de se constituer un nouveau numéro. Autant dire que ces dames se coucheront dans la paille avec le goût du fouet encore en bouche… Si l’on osait – et je vais oser – on dirait que The Barn of the Naked Dead (titre pour l’exploitation, jugé plus vendeur que l’original Terror Circus) coupe la tumbleweed sous les santiags de Massacre à la Tronçonneuse (1974) et La Colline à des Yeux (1977), et peut même être perçu comme une version alternative des classiques de Hooper et Craven s’ils avaient été dirigés par Jack Hill et produit par Roger Corman. On se sent effectivement dégringoler dans le Women in Prison tel qu’il fut en partie construit par la paire, avec les figures obligées du genre : la Black forte en gueule, la dingue psychologiquement brisée par cette vie de bête de foire, la brune qui ne compte pas pour des prunes et a épousé la mentalité du « chacun pour soi »…

 

 

Au domptage de ces tristes panthères, un Andrew Prine excellent et volant définitivement la vedette à ses partenaires. De par un jeu à la fois subtil et toujours à un doigt de sombrer dans le cabotinage effréné, mais aussi parce que l’écriture (le script est signé Jerald Cormier et Roman Valenti, mais certains indices laissent à penser qu’Alan Rudolph s’en chargea lui-même) ne laisse aucun neurone en réserve aux héroïnes. Dire qu’elles ne font guère d’efforts pour échapper à leur sombre destinée est un euphémisme, et certaines quenottes grinceront à la vue de leur arrivée dans l’étable d’Andre. Découvrant une douzaine de cocottes attachées et gardées prisonnières dans des conditions de toute évidence loin d’être optimales (on dort au sol, on crève de chaud le jour, on grelote franchement la nuit, on mange la bouillie préparée par un Andre qui n’a sans doute pas fait la demi-finale de Top Chef), les trois nouvelles, plus ou moins présentées comme les héroïnes de l’affaire, restent plantées devant la scène, sans dire mot ou songer ne serait-ce qu’un instant à décamper en vitesse. Pire : plus tard, alors que leur tortionnaire croira reconnaître en Simone sa mère démissionnaire, celle-ci n’utilisera pas le pouvoir de persuasion dont elle dispose désormais pour pousser Andre à libérer ses amies. Et alors qu’il s’acharne sur l’une de ses meilleures copines au nerf de bœuf, Simone réagit à peine et, si elle tente de l’arrêter, ce n’est que mollement. Les femmes fortes du fantastique à la Sigourney Weaver n’ont clairement pas été élevées dans cette grange mal balayée, et il y a de quoi tiquer si l’on a ne serait-ce qu’une once de féminisme en poche. On peut aussi considérer que les prisonnières se sentent écrasées à la fois par le charisme naturel d’Andre et par la perspective, en cas de fuite, de devoir affronter une interminable et brûlante dévastation, les environs n’étant que poussière et herbes sèches. Quand le désespoir nous embrasse, difficile de se dresser face à son bourreau…

 

 

Plus fourbe que la moyenne, Andre laisse quelquefois entendre à certaines qu’elles peuvent s’en aller sans plus de chichis. Naïves (là encore, les personnages féminins de Terror Circus dévoilent une bêtise rare), celles-ci croient les mots trop polis du petit roi de la cravache, alors que celui-ci les badigeonne de sang de porc ou de vache… à moins d’un mettre de la cage de son puma. Pourquoi se poser des questions, effectivement… De toute façon, la dérobade n’est pas une option depuis que rôde dans les parages le père d’Andre, rendu difforme et cinglé par les tests nucléaires de l’armée américaine faits dans la région. Encore une fois, un parfum de The Hills have Eyes s’infiltre dans nos narines, et on songera également à ces slasher arides à venir dix ans plus tard, façon Blood Frenzy (1987) ou Scalps (1983), lorsque la caméra relaie le regard du barbu maniaque et fond sur deux chasseurs de coyotes, que l’on retrouvera du jus de tomate plein les cheveux et inanimés. Malgré ses airs de petite chose pensée pour tenir une semaine ou deux dans les cinémas de quartier les plus louches de la 42ème rue ou dans les drive-in de province, The Barn of the Naked Dead peut légitimement être vu comme l’un des premiers coups de tonnerre de la brutale évolution de l’horreur des 70’s.

 

 

Tout mal écrit soit-il, et quelquefois assez nébuleux – le père d’Andre semble obéir à celui-ci puisqu’il retourne dans son cabanon fermé à double-tour entre deux meurtres, mais décide soudainement d’attaquer son fiston en dernière bobine – Terror Circus, de par les jolies prises de vue de Rudolph et l’interprétation uber sleazy d’Andrew Prine, vaut bien le détour mortel. Et mériterait plus de reconnaissance ainsi qu’une sortie en bonne et due forme dans nos bourgs, ne serait-ce que pour lui redonner la petite importance historique qu’il peut avoir sur nos genres de prédilection. Merci Alan Rudolph, donc, talentueux faiseur dont on ne s’étonne guère qu’il parvint à se hisser jusqu’à de plus respectables productions, au point que le présent long-métrage se trouve fréquemment rayé de ses filmographies et qu’il semble refuser d’en parler. A en croire que voir Prine s’exciter sur des cocottes ou leur placer un boa entre les jambes (« Tu vas t’immiscer en lui… et il va s’immiscer en toi ») manque de noblesse.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Alan Rudolph
  • Scénario : Gerald Cormier, Roman Valenti
  • Production : Gerald Cormier, Alan Rudolph
  • Pays: USA
  • Acteurs: Andrew Prine, Manuela Thiess, Sherry Alberoni, Gyl Roland
  • Année: 1973

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