House

Category: Films Comments: 4 comments

Il y a des films comme ça qui semblent vous échapper toute votre vie. Me concernant, le House (1985) de Steve Miner est de ceux-là, découvert en bas âge à travers quelques photos au dos de la VHS, que mon père ne put louer parce que nous étions loin du nid et qu’il ne se sentait pas de retraverser le pays le lendemain pour rapporter la précieuse cassette. Et depuis, impossible de remettre la main dessus malgré un DVD sorti chez TF1 Video. Merci Arrow Video dès lors, best editor in ze woooorld quand il s’agit de dépoussiérer du cult movie. Et il n’est pas spoiler de dire d’entrée de jeu que l’attente en valait la peine, House s’affichant comme l’une des meilleures entrées du très peuplé sous-genre de la maison hantée.

 

 

A la base de la construction de cette nouvelle bicoque enténébrée se trouvent deux hommes : Steve Miner et Fred Dekker. Le premier, en manque de projets une paire d’années après avoir offert à un certain Jason Voorhees ses premiers pas sanglants, commence à tourner en rond et désire repartir au front, la caméra au poing. Et c’est dans cette optique, et après avoir acquit les droits du saurien atomique Godzilla auprès de la Toho, qu’il engage le jeune Dekker, encore loin de réaliser les ultimes La Nuit des Sangsues et The Monster Squad, pour qu’il lui scénarise ce qui devait alors être la première aventure américaine du roi des monstres. Le Fred ne se fait bien évidemment pas prier et accepte, dessinant une première ébauche pleine d’espions, de beautés fatales et starisant comme de juste un Godzi ravageur de cités. Un topo séduisant pour le fantasticophile moyen, mais qui ne trouvera pas preneur auprès des studios, partenaires inévitables pour coucher sur pellicule les sautes d’humeur du lézard au souffle chaud. Pas décidé à en rester sur cet échec, Dekker propose alors à Miner un autre projet, endormi dans ses cartons et imaginé avec ses copains scénaristes d’alors, qui s’étaient lancé le défi d’écrire des histoires dans la veine de La Quatrième Dimension. Vous l’aurez deviné, celle de Dekker, mélange de traumatisme post-guerre du Vietnam et de maison hantée, donnera House, que Miner embrasse immédiatement. Toujours en bons termes avec son éternel acolyte Sean S. Cunningham, producteur et réalisateur du premier Vendredi 13, le Steve lui propose évidemment le rôle de producteur et obtient quelques 3 millions de dollars de la part de New World Pictures (Hellraiser, Children of The Corn, Creepshow 2) et donc de Roger Corman pour mettre en boîte la pelloche. Sans surprise aucune, celle-ci se fait également bonne occasion de réunir quelques habitués de la franchise Friday The 13th : outre donc un Miner réalisateur des opus 2 et 3, et un Cunningham à la base même du Camp Crystal Lake, vient tapoter sur le piano le compositeur Harry Manfredini (dont le score pour House rappelle celui accompagnant les coups de hache du gogolito préféré des slasherophiles). La baraque maudite de Miner accueille également un futur habitué de la saga Voorhees puisque Kane Hodder, autrement dit Jason en personne à partir du numéro 7 jusqu’à Jason X, tiendra le rôle de coordinateur des cascades. Du beau monde, auquel il convient d’ajouter un bon casting (William Carrie Katt, George VFW Wendt, Richard Evilspeak Moll ou encore, dans un bref rôle, Michael Ensign, maître d’hôtel dans S.O.S Fantômes) et surtout des artisans en passe de se faire un nom dans le milieu des effets spéciaux et du maquillage monstrueux. Citons pêle-mêle Brian Wade (The Blob, The Exorcist III, La Fiancée de Re-Animator), Brent Baker (Gremlins 2, Necronomicon), le défunt James Cummin (Cocoon, DeepStar Six, aussi réalisateur de The Boneyard), Bill Sturgeon (Aliens, Fantômes contre Fantômes) ou encore Harold Weed (La Mouche 2, Robocop 2, Ghostbusters 2, Jurassic Park : Le Monde Perdu). Des good guys qui ont encore un peu de lait fraise au bord des lèvres en ce milieu des années 80, mais auxquels House doit beaucoup…

 

 

Non pas qu’il soit en reste, le synopsis imaginé par Dekker et bedonné par un Ethan Whiley qui deviendra par ailleurs réalisateur de House II (ainsi que de Children of the Corn V en 98 et du Brutal de 2007), mais Dekker avoue sans honte que son idée première se résumait peu ou prou à « un mec rentre dans une maison au début, à la fin il en sort et entre ces deux moments il se fait malmener non-stop par des fantômes. » Bien résumé, l’histoire prenant en effet entièrement place dans la maison où l’écrivain Roger Cobb (Katt) passa son enfance, et dans laquelle il réemménage après le suicide par pendaison de sa vieille tante. Un lieu plein de mystères à ses yeux puisqu’y disparut son propre fils, début d’une descente aux enfers pour un romancier qui finira par divorcer de sa comédienne d’épouse, sera sanglé par le syndrome de la page blanche et verra ses mauvais souvenirs du Vietnam refaire surface, Cobb se sentant coupable de la mort de son compagnon Big Ben (Moll), pris par les Vietcongs. Une fois rentré dans la bicoque, où il compte vivre seul pour mieux se concentrer sur son prochain roman, justement le récit de ses tristes expériences au Vietnam, Cobb se rend compte que sa pauvre tante, que tout le monde pensait folle car elle criait à qui voulait l’entendre que la maison vivait et tourmentait ceux qui l’habitent, était plus saine d’esprit que ce qu’il pensait. Au milieu de tout cela, le gros voisin Harold (Wendt), mi-amusé mi-inquiet de voir Roger perdre pied d’une apparition spectrale à une autre et de plus en plus persuadé que son fils est toujours sur les lieux, prisonnier de la bâtisse. Pour aller vite, disons que House est le mélange parfait entre Poltergeist ou Amityville, Beetlejuice dont il pourrait être l’une des plus grosses inspirations, Evil Dead 2 dont il a peut-être inspiré le côté cartoonesque et Les Banlieusards de Joe Dante pour la relation Cobb/Harold. House, un film influent auquel on oublie un peu vite de refiler ses lauriers ? Probablement, tant la visite guidée de Steve Miner semble donner le ton que suivra la production horrifique de la deuxième moitié des 80’s, et il ne serait pas exagéré que le principe du fun and fears fut en bonne partie taillé dans cette résidence. Allons même plus loin : en tentant d’éviter les couteaux et haches volants, en évitant les coups de chevrotine dispensés par des squelettes ailés, en se prenant des claques d’une sorcière obèse et dégueulasse, et en affrontant la main coupée mais toujours baladeuse de celle-ci, William Katt crée la voie du slapstick horrifique dans laquelle Bruce Campbell s’engouffrera avec les résultats que l’on sait.

 

 

Oui, trois fois oui, House est donc une œuvre importante. N’empêche que si ce cartoon live marque des points, c’est en large partie grâce à l’inventivité des mouleurs de monstres et pros de l’animatronique en devenir suant sang et eau en coulisses pour opposer à Roger Cobb des créatures sacrément mémorables. Big Ben bien sûr, GI Joe de retour pour faire payer sa dette à son ancien ami, et zombie joliment creusé (même si, et c’est tout personnel, ma préférence va au Big Ben vivant, à la fois hilarant et inquiétant de par le jeu insensé de Richard Moll). Mais aussi, et peut-être surtout, ce tas de chair indescriptible (on dirait la masse gluante de Society si elle avait été imaginée par Cronenberg) s’échappant d’un placard, la fameuse sorcière ventrue déjà citée, des tentacules sorties d’un vide infini, des marmots diaboliques et ricaneurs qui ont certainement influencé (encore!) Tim Burton, des crânes démoniaques et un espadon accroché au mur mais bien mouvant. Là encore, difficile de ne pas voir en ce vilain poisson un parent du cerf hilare de Sam Raimi… Des trouvailles comme s’il en pleuvait, et l’occasion donnée pour Miner de ne jamais faiblir, House, une fois lancé, ne quittant plus jamais les rails de son train fantôme, chaque porte ouverte cachant son ectoplasme un peu trop blagueur. On s’en doute, le Blu-Ray des bons gars de chez Arrow fait honneur au film, et le documentaire d’un peu moins de 70 minutes revient en long et en large sur sa production, avec de longs arrêts sur le modelage des différentes bestioles. En fin de parcours, beau joueur, Steve Miner s’amuse sans citer personne d’avoir repéré quelques emprunts à son meilleur film chez d’autres, avouant que lui aussi a piqué quelques idées à droite et à gauche. Qui a dit que l’on ne trouvait que des mauvais esprits dans House ?

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Steve Miner
  • Scénario : Fred Dekker, Ethan Wiley
  • Production : Sean S. Cunningham
  • Pays: USA
  • Acteurs: William Katt, George Wendt, Richard Moll, Kay Lenz
  • Année: 1985

4 comments to House

  • Grreg  says:

    House…!! Putain de film qui à marqué mon enfance à jamais; revu il y a quelques années,j’avais pris mon pied. Nostalgie,quand tu nous tient..
    Merci de ton beau texte,car ce film semble un peu oublié de nos jours. Certes,ce n’est pas le graal en matière de cinoche US eighty,mais une vrai bonne serie B du samedi soir,avec pop corn et pepsi,please!!

  • Adrien Vaillant Adrien Vaillant  says:

    Rien à redire, tu as tout dit (y compris le caméo de Michael Ensign, qui dans ma tête joue le même perso que dans Ghostbusters). House fut le premier film de ma collection et je lui donne une sacré importance sentimentale, et j’adore le fait que les fantômes n’y soit pas des apparitions transparentes mais des gros streums en caoutchouc finalement très très proche des kaijus japonais (merde, regarde Rito, le frère de Rita Repulsa, c’est juste Big Ben quoi). Très heureux que tu l’ai apprécié !

    Ah oui: le flic Black qui demande à aller au chiotte c’est Steven Williams, qui donc fut Creighton Duke dans Jason Va en Enfer 😉

Leave a reply

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>