Le Monstre aux Filles (Werewolf in a Girls’ Dormitory)

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Qui n’a jamais rêvé de se retrouver logé dans un dortoir bondé de mauvaises filles, enfermées sur place pour réapprendre la bible de A à Z et les bonnes manières à l’heure du thé ? Le problème, c’est que rode dans le présent Lycanthropus (1961) un loup-garou tombant sur nos nouvelles amies à chaque fois qu’elles sont en route pour leurs flirts de minuit. Rabat-joie.

 

 

Werewolf in a Girls’ Dormitory ! On aura beau retourner la questions dans tous les sens, difficile de ne pas reconnaître que question patronyme qui se tatoue dans vos petits tympans à l’instant même où il est prononcé, le blase ricain de la présente touffe de poils vole la couronne au museau et à la barbichette de son trop sage titre original made in Italy (Lycanthropus, bof quoi) et d’une version française un peu simple (Le Monstre aux Filles). Vous nous pardonnerez donc de nous ranger du côté de l’Oncle Sam, toujours au top lorsqu’il s’agit de nous vendre un gros morceau d’exploitation juteuse en quelques mots. Werewolf in a Girls’ Dormitory ! Même pas besoin de lire le verso de la jaquette, d’aller se planter devant une bande-annonce sur tutube ou d’aller vérifier si les cons d’Allociné l’ont vu, l’enseigne suffit comme un panneau « chocolat et fellation gratos à l’intérieur. » On rentre sans réfléchir, on marche d’instinct. Le revers de la médaille, c’est bien entendu le fait que peu de pelloches, aussi vaillantes puissent-elle être, parviennent à se hisser au niveau des promesses faites par leurs blasons états-uniens. Et ne déroge certainement pas à la règle cette co-production entre l’Italie et l’Autriche, coordonnée par le réalisateur Paolo Heusch (il aurait secondé, à moins que ce ne soit l’inverse, Mario Bava sur Le Danger vient de l’Espace) et le scénariste de 99,666 % des bisseries au pesto Ernesto Gastaldi (Torso, 2019 après la chute de New York, L’Effroyable Secret du Dr. Hichcock, La Sorcière Sanglante, Le Grand Alligator). Pas la peine d’y espérer de la salacerie en barquette et de la poitrine généreusement collée aux écrans, nous sommes toujours au début des sixties et si ça rime avec titties, il vous faudra néanmoins aller palper du poitrail plus loin. Pour dire, le grand méchant loup ne se hisse jamais jusqu’aux draps de lit des cocottes, le lupus perversus traînant en vérité ses guêtres partout ailleurs que dans le dortoir. Il y a donc petite tromperie sur la marchandise mais qu’importe, Lycanthropus demeure tout de même une belle bête de concours.

 

 

Nouvel arrivant dans un pensionnant de jeunes filles à problèmes, le Dr. Julian Olcott (Carl Schell) vient moins enseigner les joies de la science et des chromosomes aux petites en jupettes qu’enquêter sur un étrange meurtre. En effet, alors qu’elle avait rendez-vous avec Alfred Whiteman (Maurice Marsac), noble ayant injecté un peu de pognon dans la création de cette école particulière histoire de pouvoir y draguer de la jeunete, l’une des étudiantes est retrouvée morte, griffée par une bête sauvage. A qui la faute ? Whiteman, qui avait tout intérêt à la faire taire depuis que la vilaine le faisait chanter et menaçait de ruiner sa réputation en dévoilant ses infidèles escapades ? L’épouse de ce dernier, pas forcément ravie de voir son Jules batifoler dans les buissons avec des mal élevées ? Olcott lui-même, regardé de travers puisque le premier homicide eut lieu le soir de son arrivée ? Le directeur des lieux (Curt Lowens), sans doute trop à cheval sur l’image de son école pour laisser passer un scandale gênant ? Walter (Lucianno Pigozzi, le Peter Lorre latin, croisé dans Six Femmes pour l’Assassin, Baron Vampire, Robowar et Le Château des Morts-Vivants), sinistre et parfois menaçant homme à tout faire des lieux, que l’on sait fréquemment embauché par Whiteman pour qu’il lui rende de menus services ? Ernesto Gastaldi, peut-être en train de s’entraîner pour les nombreux gialli qu’il écrira pour le compte de Sergio Martino, nous pond de toute évidence autre-chose que le classique werewolf flick, Le Monstre aux Filles tenant plutôt du film à mystères. Les pistes se brouillent, les assassins sont multiples, les gants de cuir, bientôt indissociables du giallo, se disputent aux pattes velues du lycanthrope, alors que les rencontres souhaitées discrètes s’enchaînent dans le bosquet entourant le pensionnant.

 

 

Si le loup-garou pointe toujours à l’heure et que Paolo Heusch se garde bien de l’abandonner à l’obscurité, préférant au contraire dévoiler le plus rapidement possible son faciès défiguré par sa propre bestialité, on songe au final moins à la Universal lorsqu’elle envoyait Lon Chaney Jr. galoper dans la brume qu’à Agatha Christie et ses criminels tirés à quatre épingles. Et plutôt que sur la sauvagerie de sa créature, Heusch aligne Werewolf in a Girls’ Dormitory sur l’élégance de ses personnages, tous coupables d’un secret ou l’autre, mais en aucun cas de détestables massacreurs. Voir pour s’en assurer ce joli final, lors duquel le malheureux wolfman lâchera un soupir de soulagement en découvrant qu’il n’en a plus pour longtemps à vivre, réjoui de ne plus pouvoir blesser autrui et de rejoindre sa bien-aimée, morte alors qu’elle tentait de le guérir. Le propos n’est donc jamais à la persécution barbare mais au mystère, et au plaisir de voir la belle Barbara Lass (première épouse de Roman Polanski) enquêter dans des sublimes décors, qu’un filmage sans tares rend encore plus enchanteurs. Il y a un loup au paradis, et il vient pour vos brebis, en somme. Tombé il y a peu sur le beau catalogue de Severin, Werewolf in a Girls’ Dormitory profite désormais d’un master sans égratignures et devrait fort logiquement attirer dans sa tanière les fantasticophiles peu rebutés par l’anglais. Ils en seraient bien inspirés, le film de Heusch et Gastaldi méritant cent fois la découverte.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Paolo Heusch
  • Scénario : Ernesto Gastaldi
  • Production : Guido Giambartolomei
  • Titre original : Lycanthropus
  • Pays: Italie, Autriche
  • Acteurs: Barbara Lass, Carl Schell, Curt Lowens, Maurice Marsac
  • Année: 1961

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