Insane (Storm Warning)

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Désormais plus occupé à composer de la bande-son pour les autres (on lui doit les scores de Needle, Crawlspace et du docu Electric Boogaloo : The Wild, Untold Story of Cannon Films) ou a leur fournir de savants montages (Electric Boogaloo encore, mais aussi Not Quite Hollywood : The Wild, Untold Story of Ozploitation), l’Australien Jamie Blanks ne semble plus avoir le temps, et peut-être la volonté, de tenir une caméra. Une fuite des plateaux regrettable à la vue de son très bon Insane (alias Storm Warning, 2007).

 

Attention, ça spoile un peu.

 

Réalisateur sous-côté que Jamie Blanks, trop vite raillé et placé sur le banc des yes-men auxquels on peut demander d’aller récurer les chiottes du premier nabab venu pour son active participation à l’essor du neo-slasher via l’excellent Urban Legend (peut-être le meilleur slasher des 90’s) et le moins naze qu’on veut bien le dire Mortelle Saint-Valentin. En somme, en versant dans le sous-Scream, le bougre s’est surtout offert une réputation de fomenteur d’horreur pour teens, où les stars de la telloche échappées de Dawson ou Roswell zigzaguent dans tous les sens en espérant semer les meurtriers masqués ou à capuche qu’ils ont aux trousses. Insane aurait voulu faire mentir cette étiquette de faiseur répugnant à verser le sang qu’il ne s’y serait pas mieux pris : terminé le psychokiller pour tous les fans de Linkin Park et Puddle of Mud, Blanks retrousse ses manches et veut plaire aux hommes, aux vrais, au détour d’un survival souillon, bel écho fait à des années 70 connues pour faire bouffer de la terre à leur audience. Les anti-Blanks crieront sur tous les toits que le bonhomme sortait à nouveau sa planche de surf pour dompter une nouvelle vague, cette fois celle lancée par le relooking façon Aja de La Colline à des Yeux, et ils n’auraient peut-être pas tort. Reste que lorsque vient le moment de s’exprimer sur la virulence de son Storm Warning, dans lequel un clebs mâchouille tout de même les roustons déjà bien abîmés de son maître, l’ami Jamie reconnaît que son but n’était pas de verser dans l’alors tout-puissant torture porn. « Je ne voulais vraiment pas faire un film à la Hostel. Autant je suis heureux que ces films fonctionnent bien, et je pense que leur succès est une bonne chose pour le genre, autant ils ne sont pas du tout à mon goût et me semblent déplaisants. Je préfère voir un couple de gars survivre à un supplice et infliger des douleurs à ceux qui le méritent plutôt que de voir les gentils être torturés. » Un point de vue servant de définition parfaite à Insane.

 

 

En plein voyage de plaisance sur une petite barque qui leur permet de découvrir les îlots les mieux cachés d’Australie, Pia (Nadia Les Rivières Pourpres Farès) et Rob (Robert Taylor, le crocodilien Solitaire, Meg et son gros requin) se perdent et doivent faire face à un terrible orage. Pour fuir l’averse, ils se réfugient dans une ferme paumée dans les bois, que ses occupants, des trafiquants de marijuana, retrouvent à leur tour. Sans le sourire, car ces rednecks n’apprécient guère que l’on vienne fouiner dans leurs affaires, mais puisque Pia est bien roulée, autant profiter de sa présence… Comprenant qu’elle sera violée et qu’elle et son cher Rob, auquel les sauvages ont cassé la jambe, seront assassinés une fois qu’ils n’auront plus besoin de leurs services sexuels, la Française se rebiffe. Un script on ne peut plus simple que LE scénariste de l’exploitation à l’australienne Everett De Roche (Patrick, Long Weekend, Razorback), décédé en 2014, traînait avec lui depuis des années, et face auquel Blanks semblait un peu hésitant. Tenté par l’idée d’enfin bosser avec cette légende de la machine à écrire locale, mais un peu rebuté par l’extrême violence de certaines séquences, celui qui réalisera également le (sympathique) remake de Long Weekend ne sait trop s’il est l’homme de la situation pour un survival qui vise les burnes. Pour mieux les exploser, évidemment. Des craintes d’autant plus fondées que les Weinstein, producteurs de l’affaire via leurs label, pas toujours de qualité, Dimension Extreme, ne donnent pas des milliards à Blanks pour Storm Warning, sorti quasiment à la sauvette en DVD. Que le bonhomme se rassure : il fut tout à fait à la hauteur, et à la vue d’Insane, on en viendrait à douter de ses grimaces à filmer de la barbaque tabassée.

 

 

Cracra comme une visite des urgences après le déraillement du Thalys, notre affaire s’attarde sans se faire prier sur les détails les plus salingues des mauvaises surprises que Pia réserve à ses agresseurs. Sous la pluie australienne, lorsqu’un redneck se prend des dizaines de hameçons en plein visage, son supplice ne fait que débuter, Nadia Farès, encouragée par son homme, agrippant l’outil le plus lourd à portée de main pour lui fracasser le crâne encore et encore, jusqu’à ce qu’un globe oculaire sorte de son orbite. Et sachant fort bien que ses bourreaux tenteront de la pénétrer d’un coup sec et sans vaseline, elle taille une cannette rouillée en pointes et se l’enfonce dans l’intimité, pour que Popa, le violent et impressionnant daron des lieux, s’y ripe le casque de son petit soldat. Ca ne manquera évidemment pas, et comme Blanks et De Roche ont décidé de mériter leur statut extrême, le toutou de cette famille dégénérée, attiré par l’odeur de la sève écarlate s’échappant de l’entre-jambe de Popa, viendra lui mordiller les restes de sa virilité, jusqu’à s’enfoncer le museau dans les entrailles du patriarche. Ca ne fait donc pas semblant, et pour un mec qui ne voulait pas avoisiner les Hostel et Saw, Blanks fout certainement les deux pieds dans la bassine aux triperies. Ne serait-ce que sur ce plan, Insane tient ses promesses. Mais Blanks est un peu plus fin que le tout-venant des artisans experts en salaison de suppliciés, et si la deuxième partie de son avant-dernier film charcute gaiement et épouse le champ lexical du film de bouseux cinglés (dialogues orduriers et hautement sexuels, humiliations progressives des victimes, décors faits de vieilles jantes et de mottes de poussières), la première partie se veut plus délicate et mesurée.

 

 

Comme s’il tenait à rendre hommage à Russel Mulcahy et à Razorback plus particulièrement, Blanks se plaît à se perdre dans la nature hostile et menaçante, à laquelle il offre une chape de plomb supplémentaire via, d’une part, une belle photographie mettant en valeur les ténèbres de cette péninsule perdue, et d’une autre une excellente bande-son volontairement patibulaire et lourde. Un superbe départ, durant lequel on tiquera néanmoins face au manque de naturel de Farès et Taylor, garnis de dialogues d’une banalité confondante, indignes de la plus minable des séries télévisées françaises. Un côté télévisuel s’échappe d’ailleurs de ces premiers instants, le côté DV un peu dégueu éclatant lors des séquences ensoleillées. Heureusement, plus Storm Warning avance plus ses carences meurent à petit feu : comme dit plus haut, le visuel s’améliore grandement une fois la nuit tombée, et le duo de héros semble trouver ses marques lorsqu’il s’agit, enfin, de quitter les frusques de gentils vacanciers pour prendre les guenilles de victimes revanchardes. Les stars du show n’en resteront pas moins les péquenots enculeurs de cochons et de poupées gonflables, tous impeccablement interprétés : David Lyons inquiète mais pousse au rire dans le même temps, Matthew Wilkinson rebondit fort bien de la fragilité à la folie meurtrière, et John Brumpton, qui retrouvera la défroque du père déviant dans The Loved Ones, en remonte à tous les Michael Berryman du monde en Popa, boule de nerfs dont le regard crache des sabres. Belle opposition d’ailleurs entre la saleté et le manque de manières des intéressés, et la courtoisie légèrement condescendante de Rob et Pia, respectivement avocat et artiste. Un clash social qui n’échappe pas à la clique de Popa, fréquemment agacée par les méthodes bourgeoises d’un Rob leur mettant son argent sous le nez pour mieux les amadouer. On ne dompte pas des bêtes féroces avec de belles promesses…

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Jamie Blanks
  • Scénario : Everett De Roche
  • Production : Peter Ford, Gary Hamilton
  • Titre original : Storm Warning
  • Pays: Australie
  • Acteurs: Nadia Farès, Robert Taylor, David Lyons, John Brumpton
  • Année: 2007

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