Shocking Dark (Terminator II)

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La blague est connue, mais elle reste bonne et légitime : un soir, alors qu’ils lançaient le Aliens de James Cameron, Bruno Mattei et son bras droit Claudio Fragasso ont piqué du nez et se sont réveillés devant le Terminator du même Cameron. Pensant qu’il s’agissait d’un seul et même film, ils ont décidé de le remaker à la sauce Marinara. Shocking Dark (1989) ou l’histoire d’un vol insensé.

 

 

Pas la peine de compter sur le père Mattei pour faire mentir la mauvaise réputation d’une Rome perçue comme un nid de pickpockets, le réalisateur se taillant une sacrée image de pilleur cinématographique. On le sait, Monsieur Bruno fit les poches de Steven Spielberg (Cruel Jaws), piqua ses tartines à John McTiernan (Robowar), copia sur les feuilles de Ruggero Deodato (Cannibal World) et chaussa carrément les espadrilles de James Cameron. A la fois pour son ultime méfait, La Création (2007), et pour ce Terminator II sorti bien avant le véritable T2 (1991), ce qui ne fit probablement pas rire Cameron et ses producteurs. Signe peu trompeur, Shocking Dark esquiva le territoire américain à sa sortie, conscient qu’il était plus avisé de s’en tenir à des contrées européennes ou exotiques et d’éviter de provoquer l’Oncle Sam sur son propre terrain. Ne courrouçons pas trop le tout-puissant Hollywood, on ne sait jamais jusqu’où ça peut aller… Sage décision, car il devient ardu de parler de « simple inspiration » lorsque l’on évoque l’influence du père de Abyss sur la filouterie du duo Mattei/Fragasso. C’est bien simple, tout y est, que l’on parle du combat spatial contre des zobs d’ébène ou de la venue sur le plancher des vaches d’un robotique assassin. Avec les retouches nécessaires pour une adaptation sur le sol italien (hop, on relocalise l’ensemble à Venise) et pour coller à un budget en rien comparable à ceux avec lesquels les sagas Alien et Terminator jonglaient, même à leurs débuts. De même, point de Sigourney Weaver ou de Linda Hamilton, mais une Haven Tyler qu’on ne revit jamais ailleurs (étonnamment d’ailleurs, car si elle a le charme d’un noyau de cerise, Mattei a composé avec de bien plus mauvaises comédiennes). Pas de Schwarzy inarrêtable et alignant les punchlines cultes en rang d’oignons non plus, mais un Christopher Ahrens pas tout à fait au niveau de l’Autrichien, pourtant pas le genre de tragédien apte à vous tirer une larmichette entre deux tirs de mortier.

 

 

Quant aux attendus aliens, ils tiennent en vérité du tamanoir mutant ou du batracien plongé dans le goudron. Si le visqueux Hedorah combattu par Godzilla avait enculé une grenouille, c’est les bestioles de Shocking Dark qui seraient sorties de la maternité. A un groupe de marines du futur de leur faire sauter la gueule au fusil à pompe ou à la mitraillette, le tout dans les égouts et bunkers d’une Cité des Eaux fanée par un soi-disant désastre. On le sait depuis Les Rats de Manhattan, Mattei aime bien les mondes post-apo et les potagers irradiés du vieil Humungus. Quoiqu’il en soit, en route pour aller voir ce qu’il reste d’une équipe précédente et découvrir la cause d’un mal dont ils ignorent tout, le commando doit composer avec une nuée de créatures et avec un traître cybernétique, qui fait mine de s’associer à eux pour mieux veiller à ce qu’ils ne compromettent pas les plans de la société qui l’a créé, la Tubular Corporation. Un sacré nom de merde mais bon, si Nintendo est parvenu à vendre des cargos entiers d’une console appelée la Wii, tout est possible. Ne m’en demandez pas plus sur les tenants et aboutissants de ce joyeux bordel, car dès que cela tente de fournir une explication scientifique ou politique au pourquoi du comment, Fragasso s’emmêle les tubes à essai et échafaude des plans diaboliques auxquels seul un génie du mal de la Série Z ou le Docteur Gang de l’Inspecteur Gadget peut songer sans risquer l’AVC. S’il était encore des nôtres, Mattei dirait probablement qu’il n’a de toute façons pas tenté de faire tourner les méninges, mais plutôt de vider les chargeurs et faire cracher du lait demi-écrémé à ses vilaines bêtes. Ca pour mitrailler ça mitraille, au point que le Bruno fonce tête baissée et sans casque dans le vif de son sujet, une petite dizaine de minutes lui suffisant bien à planter son décor. Après, ça traque le streum et ça lui fait avaler son carnet de naissance dans le bruit et la fureur, sans interruption ou presque. Mattei ayant toujours apporté un certain soin au rythme de ses films, on ne s’en étonnera guère.

 

 

Est-ce à dire que Shocking Dark nous donne l’impression d’avoir avalé une grenade et nous fait sauter l’estomac durant 80 minutes ? Malheureusement non, et à être allé trop vite trop tôt, le co-auteur de Zombi 3 semble ne plus rien avoir de neuf à montrer dès que sonne la première demi-heure, le gros de ce faux Terminator 2 étant fait de déambulations de bidasses peu rassurées dans des couloirs mal éclairés. Principalement celles la culte Geretta Geretta au départ, Bruno la trouvant probablement à son goût tant on a l’impression de ne voir qu’elle à l’écran dans le premier acte. On s’ennuie un peu pour le dire poliment, et on regrette que tout le film ne ressemble pas à ses ultimes minutes, course-poursuite certes peu vive entre le vilain robot et Haven Tyler et une gosse récupérée au passage (coucou Newt!) mais profitant au moins de quelques plans des romantiques canaux de Venise. Tout de même plus attrayant que des footings entre les tubes à gaz…

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Bruno Mattei
  • Scénario : Claudio Fragasso
  • Production : Franco Gaudenzi
  • Pays: Italie
  • Acteurs: Haven Tyler, Christopher Ahrens, Geretta Geretta, Fausto Lombardi
  • Année: 1989

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