The Wizard of Gore

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Vous pensiez que le pape de la tripaille H.G. Lewis allait finir par se calmer après ses fondateurs Blood Feast et 2000 Maniacs, incontestables Tables de la Loi en matière de gore qui filerait des cauchemars à Mr Propre lui-même ? Tout faux, le malicieux Herschell poussant au contraire toujours plus loin les limites du montrable dans The Wizard of Gore (1970) (on oubliera le titre français : La Magie du Sang), hommage ultime au Grand-Guignol s’il en est.

 

 

Au théâtre ce soir, point de lapinou bondissant d’un chapeau claque ou de pièce de 50 cent retrouvée derrière l’oreille, tours d’un autre âge relégués aux fêtes d’anniversaire par le sadique magicien Montag (Ray Sager), passé maître dans l’art de l’illusion. Et aussi dans celui du bricolage, ses accessoires de scène n’étant pas tout à fait les mêmes que ceux de David Copperfield. Aucune baguette cracheuse d’étincelles ou toute disposée à faire apparaître de belles blondes aux corsets serrés, mais plutôt des tronçonneuses et autres presses mécaniques aidant au défonçage de tronche. De quoi rendre incrédule une assistance mal préparée. On la comprends d’ailleurs, puisque Montag, après avoir labouré dans les intestins des malheureuses volontaires – toutes féminines, Lewis n’étant pas homme à changer de cible – libère ces dames intactes, au point que leurs chemisiers ne sont même pas froissés par l’outillage tranchant du prestidigitateur. A la sortie de scène tout du moins, car quelques minutes plus tard, une fois suffisamment éloignées pour que leur bourreau ne soit pas inquiété par les forces de la justice, les demoiselles s’effondrent, leurs stigmates désormais clairement apparents. Une mort à rebours ou les crimes d’un maniaque caché dans la salle et suivant les victimes après le spectacle ? Jack, jeune reporter abonné aux colonnes sportives et qui se verrait bien passer aux faits-divers se pose d’autant plus la question que sa compagne Sherry, présentatrice télé, souhaite inviter Montag dans son émission. Risqué. Et si l’ensorceleur lui faisait subir un sort similaire ?

 

 

Confortablement installé dans l’exploitation salingue, Herschell Gordon Lewis ne risquait pas de changer de fusil d’épaule à l’arrivée de The Wizard of Gore, toute de même son trente-et-unième film tourné en à peine dix ans. Un rythme métronomique, qui fit de lui l’un des fournisseurs de salaceries favoris des cinémas des mauvais quartiers, mais ne laisse pas tout à fait le temps de fignoler ou de se réinventer. Qu’importe, le propos de Lewis étant de toute façon de battre le fer tant qu’il est brûlant, et plutôt qu’un artiste mû par une irrépressible passion, il est tel un brasseur déposant sur le pas de la porte la grenadine commandée. Les bons pères de famille passant leurs après-midi dans le secret des salles obscurcies avant d’aller retrouver leur légitime demandent toujours plus de coulures rougeaudes, celles ruisselant des corps inanimés de pin-up payées au lance-pierre ? Ainsi soit-il, et surtout qu’ils soient livrés en temps et en heure ! Fin commercial, et voyant peut-être la Grande Faucheuse approcher sa serpe de la jugulaire du circuit indépendant – Herschell tournera encore quatre bandes les deux années suivant The Wizard of Gore puis entrera en hibernation jusqu’aux années 2000 – le futur papa de The Gore Gore Girls (1972) met les bouchées doubles comme s’il voulait partir sur une dernière note explosive. Oubliez donc les minces mais pourtant présents justificatifs de ses efforts précédents, ces Egyptien sacrifiant de la nénette à ses divinités lors de buffets viandards ou ces fantômes de Sudistes toujours pas remis de leurs défaite contre les Nordistes ; question script, The Wizard of Gore offre le service minimum. Pire (ou mieux, selon où l’on se place), Lewis se fout carrément de la gueule de son audience en alignant dans les dernières minutes tant de twists improbables qu’il en ferait perdre à M. Night Shyamalan son envie de voir des gens morts partout.

 

 

Attention, ça va spoiler un max’: alors qu’il s’apprête à hypnotiser tous les spectateurs d’un show télévisé et les inviter à se jeter dans les flammes, Montag est projeté dans son propre brasier par Jack et y périt dans un hurlement. Profitant de leur victoire autour d’un bon verre de champagne, Sherry ne peut néanmoins pas s’empêcher de se poser de légitimes questions. Pourquoi Montag allait-il récupérer des cadavres à la morgue ? Pourquoi les personnes sous son emprise saignaient-elles subitement de la main ? Comment se fait-il que ses suppliciées ne mourraient réellement qu’une heure plus tard ? Autant de mystères pas prêts d’être résolus puisque c’est précisément à ce moment que Jack décide de s’arracher la peau du visage à la Fantomas, pour mieux dévoiler l’impensable : Montag, c’était lui. A moins que Montag se soit emparé de son identité on ne sait trop comment. Puis de toute façon, peu importe : alors qu’elle se fait griffer seins et ventre au point d’en perdre ses entrailles, Sherry éclate dans un fou rire sardonique et avoue à son agresseur qu’elle possède également des dons d’hypnose et que tout ce qu’il s’est passé depuis le début n’est qu’illusion. Et The Wizard of Gore de revenir à son point de départ, alors que Montag fait un speech sur scène, cette fois plus hésitant car tenaillé par une impression de déjà-vu. Rideau (et fin des spoilers, accessoirement). Entre gêne et génie, on hésite encore. Par contre, nous imaginons bien le vieux Lewis ricaner en douce en imaginant la tronche de son public à l’arrivée de cette conclusion pour le moins audacieuse, puisque soulignant de plusieurs traits la vaste blague à laquelle nous venons d’assister. De script il n’est donc pas réellement question tant celui-ci, très influencé par les thrillers et mystery movies de Série B des années 40, ne sert que de prétexte à une enfilade d’improbables sévices.

 

 

Aucune chance que l’on crie au remboursement à la sortie de la séance d’ailleurs, Lewis faisant honneur à son rang en envoyant son Montag tripatouiller gaiement dans les viscères de ses souffre-douleur. Dans The Wizard of Gore, on ne se contente pas de tronçonner un ventre, de perforer un abdomen, de planter un pieu d’acier dans un tympan ou d’enfoncer une épée dans un gosier ; on joue avec la viande pendante, on plonge les mains dans la mélasse humaine, on extirpe les organes les mieux cachés pour les malaxer devant un objectif complice et cadrant toujours à hauteur de vésicule biliaire. Qu’importe dès lors si cela joue assez mal, que le filmage ne saurait tenir la comparaison avec celui de véritables techniciens ou qu’il manque beaucoup trop de charisme à Ray Sager pour que son Montag entre au panthéon des agités de la scie sauteuse : Lewis, tout en se foutant un peu de notre gueule, a rempli sa part du contrat.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : H.G. Lewis
  • Scénario : Allen Kahn
  • Production : H.G. Lewis, Fred M. Sandy
  • Pays: USA
  • Acteurs: Ray Sager, Judy Cler, Wayne Ratay, Phil Laurenson
  • Année: 1970

3 comments to The Wizard of Gore

  • Grreg  says:

    Un film que j’ai toujours eu envie de voir,manque juste une édition francaise,mais je crois que je peut rever…
    Herschell gordon lewis ,en France, compte peu d’admirateurs,et peu d’éditions dvd(2 seulement)alors qu’il à réalisé une bonne trentaine de films…
    Du coup ta chronique fait vraiment plaisir….et raler en meme temps!!

  • Grreg  says:

    Je l’ai chopé celui-là; je sais pas ce que sa vaut ,pas encore vu.Mais du cinoche d’exploitation US des seventies,j’ai foncé.Et j’avoue n’en avoir jamais entendu parler.
    Donc oui,tout est possible!!

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