Sideshow

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Même s’ils sont trop moches, trop petits, trop grands, trop minces, trop gros ou tout simplement trop bizarres, tous les freaks hantant les motels miséreux d’Hollywood trouveront toujours gîte et couvert sous la pleine lune du gredin Charles Band. En témoigne Sideshow (2000), monstrueuse parade de la Série B dite moderne et rare rescapée d’une collection Pulp Fantasy que le Charlie ne parvint pas à lancer sur le marché.

 

 

Tout de même, il y a de quoi se poser des questions. Comment expliquer cette tendance, pour ne pas dire cette sale habitude, qu’à Charles Band à commander à des pros du crayon de superbes affiches à l’esprit so old-school, si c’est pour finalement abandonner leur art à l’état de flyers réservés aux différents marchés du film, et coller sur la jaquette DVD ou VHS de repoussants montages tout juste dignes de la première journée d’un stagiaire en infographie ? Les mauvaises langues hurleront qu’au moins le contenant épouse les formes du contenu, en effet rarement affriolant ; n’empêche que commercialement parlant cela revient à se tirer une balle dans la babouche. On sait, on sait : le but premier était évidemment de donner un aspect « djeun » à une Série B qui, avec une façade crayonnée, aurait pu évoquer les années 70 et 80 et donc repousser un public tombé dans l’épouvante au milieu des 90’s. Mais il n’y a bien que Band pour encore croire que ses petits budgets shootés en six jours intéresseront autre-chose que les baroudeurs de vidéoclub les plus casse-cou, les seuls attirés comme des mouches par la fiche technique du présent Sideshow. Belle assemblée en effet derrière ce rideau, avec aux manettes un Fred Olen Ray (Hollywood Chainsaw Hookers, The Tomb, L’Invasion des Cocons) par ailleurs fin connaisseur du milieu des freaks shows puisqu’il consacra un livre au sujet. Et sur vos écrans plasma, une Brinke Stevens (Nightmare Sisters) toujours dans les bons coups à condition que le budget ne crève pas le plafond, le régulier des productions Band qu’est le barbu de petite taille Phil Fondacaro (Blood Dolls, The Creeps, Evil Bong), et même ce pro du doublage Peter Spellos de temps à autres embauché pour jouer le weirdo costaud (on l’a vu dans le doublé Sorority House Massacre II/Hard to Die de Jim Wynorski, mais aussi dans La Fin de Freddy). Ca se bouscule en coulisses aussi, avec à la production Gary Schmoeller, frère de David et auquel on doit la sortie de quelques DTV plutôt bien emballés par Albert Pyun (Heatseeker, Mean Guns ou Hong Kong 97 par exemple), ainsi que l’alors tout jeune Danny Draven, « connu » pour ses réalisations justement distribuées par Band (Cryptz, Hell Asylum, Horrorvision, tous chroniqués en ces pages). Au script, on retrouve un autre habitué de cette galaxie, à savoir Benjamin Carr, pseudo cachant en vérité un Neal Marshall Stevens géniteur – d’autres diront coupable – du tiers des scénarios de Full Moon (encore dernièrement avec Blade – The Iron Cross) mais aussi de ceux de 13 Fantômes version 2001 et du carrossé Hybrid d’Eric Valette. Mais le nom qui accroche les pupilles tel un croc de boucher tout neuf, c’est celui de Gabe Bartalos, tailleur de chimères en latex bien connu pour avoir moulé une autre monstrueuse parade. Celle de la trilogie Basket Case, riche en bavures d’une nature distraite, et donc l’homme de la situation pour créer les affreux de Sideshow.

 

 

D’ailleurs, si le film de Fred Olen Ray se fait si aimable, c’est en bonne partie grâce au travail de Bartalos, monster maker trop souvent oublié au profit des Tom Savini et autre Rick Baker lorsqu’il s’agit de causer pustules en caoutchouc et tentacules en plastoc. Ici encore très impressionnant, à plus forte raison lorsque l’on songe au budget qui lui a été alloué par un Band que l’on sait pingre, le Gabe (aussi réalisateur d’un chouette Ecorché Vif) élève clairement Sideshow en lui apportant une touche dérangeante et sale. C’est peu dire que l’on n’irait pas faire la bise aux monstruosités que cache Abbot Graves (Fondacaro), tenancier de la boutique aux difformités, dont il agrandit les rangs en transformant les spectateurs trop curieux à l’aide d’une étrange machine. Demoiselle (dénudée, on reste chez Fredo et Band) baignant dans une bassine de jus gastrique, homme-insecte aux visage dégoulinant, costaud sur le bide duquel se trouve un visage parlant, strip-teaseuse capable de se dévêtir de sa propre peau, homme-poulet que sa triste condition rend dépité, demoiselle sans visage, homme-bête… Pas tout à fait le bon peuple que l’on invite pour passer un pique-nique tranquille, mais de vraies petites trouvailles de dégoût, Sideshow prouvant qu’il n’est pas nécessaire de miser sur le gore (le sang ne sera jamais versé ici bas) pour lancer une lessive dans les estomacs fragiles. Merci le style Bartalos donc, fait de créatures repoussantes, certes, mais dont dégouline aussi une tristesse rappelant les malheureux monstres d’antan.

 

 

D’ailleurs, si de nombreux essais de la Full Moon de la fin des années 90 tentaient de faire du pied à l’épouvante ancestrale (The Creeps et ses Universal Monsters rapetissés, Le Cerveau de la Famille et sa fratrie logée dans une sorte de chambre des tortures poussiéreuse), aucun ne le fait aussi franchement que Sideshow, pas effrayé à l’idée de lorgner vers la Amicus et donc les EC Comics. Comprendre que le tout sera assez lent et ne tombera jamais dans le petit jeu du « attrape-moi si tu peux » entre de dangereux forains et leur jeune public, Fred Olen Ray ne nous refaisant pas le (si joli) coup de Massacres dans le Train Fantôme. Pas de meurtres en tant que tel, pas d’éclats de violence au sens où on l’entend dans le genre, mais des affrontements plus psychologiques entre un Abbot Graves promettant monts et merveilles à des gosses mal dans leur peau… et qu’il s’apprête à transformer en bêtes de foire. Et à l’image des bandes-dessinées horrifiques d’antan et des terreurs britanniques, l’horreur vient de la découverte du prochain panneau, du prochain être absurde croisé sous la tente du fourbe Graves, de l’existence improbable et malheureuse de ces bossus et estropiés. Dérangeant en un sens, à plus forte raison lorsque l’ensemble se trouve couplé à une certaine apathie. Et, contre toute attente, plus fin qu’il n’y paraît dans le discours. Celui d’un Graves assurant que c’est dans la laideur que se trouve l’émancipation, et que la concrétisation de nos rêves et désirs les mieux enfouis ne peut se faire qu’aux prix de notre humanité. Plus profonde qu’elle en a l’air, notre histoire, et il est peu dire que je n’en attendais pas autant de l’écurie Full Moon, qui trouve ici l’un de ses meilleurs titres.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Dan Milner
  • Scénario : Benjamin Carr
  • Production : Charles Band, Gary Schmoeller, Danny Draven
  • Pays: USA
  • Acteurs: Phil Fondacaro, Jamie Martz, Michael Amos, Jessi Keenan
  • Année: 2000

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