From Hell it Came

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From Hell it Came ! Ben qu’il y retourne ! On blague, car elle est plutôt agréable cette petite Série B des 50’s, période dorée pour tous les monstres à la gueule de bois (c’est le cas de le dire dans le cas présent) sorties des hangars des producteurs les plus défavorisés. Et la vieille branche vengeresse de Dan Milner, ancien monteur prolifique reconverti en réalisateur rare, de confirmer que les mad monsters des années 50, même quand ils tentent de faire hurler les blondes aux corsets bien serrés, ils sont surtout meugnons comme tout.

 

 

Le latex leur va si bien. De gros yeux comparables à ceux d’un Bugs Bunny, la démarche claudicante d’un catcheur encastré dans une armure de caoutchouc bon marché, les bras à moitié tendus pour agripper la demoiselle en détresse de service, de beaux laborantins ou militaires aux trousses… Les bestioles des fifties, qu’elles soient nourries aux Kellogs goût uranium et se prennent de passion pour la démolition de maquettes en carton ou descendent d’Alpha Centauri pour venir nous piquer nos meufs, ont toujours un petit charme rien qu’à elles. On voit bien que c’est pas la peine de leur serrer la pince – elle nous resterait dans les mains – et qu’elles perdraient écailles et moumoute si d’aventure elles se mettaient à sprinter à la sortie de leur caverne à Bronson Canyon. Et il est vrai aussi que s’extasier sur le plastique fondu et les balles de golf qui leur servent de mirettes revient à aller sur Pornhub, y taper « Ugly fucking bitch » dans le moteur de recherche et s’astiquer comme des Strauss-Khan sur une paire de seins refaits à la spatule et ressemblant aux burnes de Joe Biden. Soit à des boulettes de viandes enveloppées dans un chewing-gum déballé et mâchouillé en 1971. Tout le monde ne saurait aimer les bestioles presque septuagénaires que Roger Corman et les multiples faiseurs de B-Movies campy commandaient à Paul Blaisdell, spécialiste en petits hommes verts et bestiaux atomiques créés avec trois feuilles de chou et deux épingles. On ne s’étonnera pas d’apprendre qu’entre deux craignos monsters qu’il doit livrer à AIP, Blaisdell fut aussi engagé pour imaginer le look de la menace planant sur From Hell it Came (1957), soit un arbre démoniaque et rancunier, réincarnation d’un pauvre prince d’une île faussement paradisiaque, trahi par les siens.

 

 

Certains ont le chic pour mal s’entourer, et le pauvre Kimo est de ceux-là. Non seulement son père a été empoisonné par le sorcier vaudou du village, mais en plus il se fait piquer la place de chef par Maranka, être fourbe qui lui reproche de trop fricoter avec des Américains venus aider ces indigènes à lutter contre la peste ravageant leur tribu. Comme il semble avoir épuisé tout son stock de bol, Kimo se trouve également abandonné par son épouse, visiblement soucieuse de devenir la première dame du nouveau boss de leur petite cambrousse. Résultat des courses, le brave gars finit exécuté, un poignard planté dans le coeur, et le corps enterré à la verticale. De quoi rendre craintifs les bons yankees, prêts à filer un coup de pouce à leur prochain et vérifier que les tests nucléaires qui ont eu lieu plus loin n’ont pas trop de répercussions sur la vie des jungle boys, mais pas non plus disposés à tendre l’autre joue si on vient leur planter une lance empoisonnée dans le derrière. Et vu que Maranka et son sorcier n’apprécient guère que ces hommes du monde moderne viennent ridiculiser leurs médecine ancestrale à grands coups de formules chimiques, et donc que l’influence de Maranka sur ses troupes diminue peu à peu, les witch doctors songent à se débarrasser des gêneurs. Un plan rapidement (enfin, rapidement… après une bonne quarantaine de minutes de pelloche quand même, hein) contrarié par Tabanga, arbre de légende s’arrosant de la rancœur des morts pour pousser et mener à bien leur revanche. Et vu que le bon Kimo avait son lot d’ennemis à la fin de sa vie, la suite se devine aisément.

 

 

Même si je n’ai jamais manqué d’amour pour les chimères les plus malformées échappées des 50’s, je me dois aussi de reconnaître que le plaisir rencontré lors de ces petites bandes d’exploitation dépasse rarement le quart d’heure. La faute à des films certes courts et tournant autour des soixante minutes pour la plupart, mais ne lâchant les bêtes que lors de leur dernier acte et meublant jusque-là via d’interminables conciliabules entre savants perdus dans les labyrinthes de l’incompréhension. Et il n’y a rien de plus frustrant que de s’irradier les pupilles sur des affiches mettant en avant des cauchemars d’urbanistes, où des crickets de la taille d’un zeppelin mettent le zbeul à San Francisco, pour finalement se retrouver coincés dans un laboratoire à assister à d’infinies disputes entre chercheurs et colonels de l’armée. Coup de bol, même si From Hell it Came n’échappe pas à la règle et ne sort de terre son arbuste infernal que trente minute avant que l’on plie bagages, le projet contient suffisamment de coups bas, de traîtrise et d’animosité entre les gentils Amerloques et les sauvageons pour que l’on patiente sans roupiller jusqu’à la venue de Tabanga. Et pour peu que l’on soit du genre à sauter la messe du dimanche, genre tous les dimanches en fait, on peut même apprécier cette critique des croyances les plus poussiéreuses, freins à une médecine bénéfique et plus à même de sauver des vies que la poudre de perlimpinpin utilisée par le sorcier local. On reste évidemment loin du cinoche d’investigation, et Dan Milner n’oublie jamais que le but premier de son affaire est de faire déambuler son noisetier renfrogné d’une victime à l’autre, mais au moins From Hell it Came profite-il d’un socle thématique plutôt solide.

 

 

Les défauts n’en manquent pas moins, comme des personnages très classiques (le docteur séduisant, sa vaillante collègue qu’il se verrait bien épouser…) et trop nombreux pour que tous puissent être considérés comme indispensables à la bonne tenue du script, original dans sa volonté de s’extirper un temps du fantastique rationnel et d’en revenir aux malédictions d’antan, mais assez basique dans sa structure tout de même. N’empêche que l’ennui se tient éloigné de From Hell it Came, enlevé, parfois rigolo (« Tu es sûr que c’est bien Tabanga que tu as vu ? » demande Maranka à un témoin, comme s’il y avait tant d’arbres monstrueux et avançant tout seul dans le coin qu’on pourrait les confondre!) et ajoutant une nouvelle bestiole improbable à nos bestiaires. C’est déjà plus que ce qu’il était permis d’en espérer.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Dan Milner
  • Scénario : Dan Milner, Richard Bernstein
  • Production : Jack Milner, Richard Bernstein, Byron Roberts
  • Pays: USA
  • Acteurs: Tod Andrews, Tina Carver, Linda Watkins, Gregg Palmer
  • Année: 1957

Merci à Pascal pour le DVD!

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