Demented

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Si Alex Rebar doit imprimer un jour la conscience collective, ce sera plus volontiers pour son rôle d’astronaute peu à peu transformé en compote d’entrailles dans The Incredible Melting Man (1977) que pour ses épisodes scénaristiques. Nous avions flairé que le bonhomme n’était pas le nouveau Truman Capote à l’occasion de son slasher hivernal To All a Goodnight (1980), uniquement réservé aux plus tolérants des slasherophiles. La même année, Rebar rajoutait un psychokiller à son arc via Demented, qui quitte le giron des copies d’Halloween pour se faire sous-I Spit on your Grave. Sans plus de résultats, malheureusement.

 

 

C’est toujours lorsque l’on pense pouvoir profiter de l’air frais de son ranch privé et du bourdonnement des mouches voltigeant autour du fessier de notre pur-sang que les fâcheux s’invitent à la fête. Demandez donc ce qu’elle en pense à la MILF bien faite Linda Rodgers (Sallee Young, également de la partie dans le Home Sweet Home sorti à la même période), qui pensait passer un beau moment en tête à tête avec ses chevaux alors que des violeurs cagoulés surgissent de tous les coins, tels les ninjas des productions Godfrey Ho. Des granges, de sa voitures, de derrière les murs, des prés ; les salopiauds semblent partout et comptent bien profiter d’une Linda que le gang-rape envoie comme de juste à l’hôpital psychiatrique. Une fois son mental rassemblé bon an mal an par un docteur dévoué, la brune peut retrouver le chemin de son foyer, partagé avec Matt (Harry Reems, pornstar de son état, connu pour sa participation à Gorge Profonde), médecin malheureusement trop pris par ses urgences pour pouvoir passer tout son temps à veiller sur la santé de son épouse. Il est aussi et surtout trop occupé à se taper une apprentie actrice, qu’il entretient sans voir qu’elle se joue de lui. C’est pourtant évident : alors que Matt s’apprête à trouver l’orgasme au fond d’elle, l’indélicate lui demande combien il a gagné l’année passée. Romantique en diable, mais qu’attendre d’autre d’une chercheuse d’or ? N’empêche que pendant que Matt se fait un peu sucer la bite, et beaucoup le larfeuille, Linda tourne en rond dans leur villa de luxe, imaginant que ses agresseurs, pourtant derrière les barreaux, reviennent l’attaquer. Son moral n’ira pas en s’améliorant lorsque son soi-disant si serviable voisin et ses amis s’adonneront à un remake d’Orange Mécanique, s’infiltrant au domicile des Rodgers avec des masques de bouffons pour foutre la frousse à une Linda dont ils connaissent pourtant les traumatismes. Rien de tel que le harcèlement de victimes de viol pour occuper un week-end, en effet… Ils seront dans tous les cas pris à leur propre piège, leur proie perdant définitivement la boule et décidant de se muer en mante religieuse : elle les drague, attend que leur garde se baisse et trouve vengeance, tranchant du zob à la corde à piano ou rabattant son hachoir à viande sur les jeunes nuques. Après tout, les pourris l’ont bien cherché…

 

 

Genre clivant par excellence, le rape and revenge n’en finit jamais de mettre mal à l’aise la critique et certains spectateurs, dont la morale réprouve la transformation d’une agression sexuelle en divertissement du samedi soir, et de faits divers bien réels en des revanches cinématographiques certes féministes, mais surtout pensées pour un public de poilus. Le temps du changement viendrait-il avec ce Demented aux velléités plus psychologiques, voire réalistes ? Après tout, une large potion de cette petite Série B, tournée sans génie (c’est le cas de le dire) par un Arthur Jeffreys dont on ne sait rien et que l’on ne revit jamais ensuite (certains pensent qu’il s’agirait d’un réalisateur spécialisé dans le X, qui officierait ici sous pseudonyme), se voit consacrée au drame marital touchant Linda et Matt. La première se sent abandonnée et incomprise par son époux et sa propre sœur, qui ne voient en elle qu’une boule de nerfs aux crises injustifiées puisque les coupables du viol en bande sont à l’ombre pour un moment. Quant au second, son entre-jambes le démange et il ignore s’il pourra retoucher sa femme un jour, celle-ci reculant à chaque fois qu’il tente une approche, et il va devoir décider entre sa légitime, qui a plus besoin de lui que jamais, et cette petite jeunette qui lui apporte une attention factice. De bonnes questions sont posées au long de Demented, comme la difficulté de retrouver une sexualité sereine après une telle catastrophe. Et le désarmement terrible, lié à une fatigue progressive, des proches de la victime face à son incapacité à se relever pourrait sonner juste. Mais dans un autre film alors, Rebar et ce mystérieux Jeffreys n’orchestrant en vérité qu’une molle et répétitive tragédie, plus cheesy qu’autre-chose.

 

 

Demented vire même au ridicule à plus d’une reprise, notamment lorsque Matt reçoit systématiquement un coup de téléphone de sa maîtresse lorsque que les choses s’arrangent avec Linda. A ce stade, et vu la répétition du procédé, on peut presque parler de running gag. Le pire (et donc le meilleur si vous êtes entrés dans cette échoppe pour rigoler un bon coup) ? Sans doute ce changement de personnalité tombé de nulle-part pour la Linda, qui repousse les bras chaleureux de son Matt, peu prête qu’elle est à recevoir à nouveau l’étreinte masculine (jusque-là, rien de plus logique) mais qui, deux scènes plus loin, et donc à cinq minutes de là, lui annonce d’une voix suave qu’elle ferait bien l’amour comme une bête. Le passage de la petite fille retrouvée meurtrie et voyant encore des cagoulés dans son miroir, à une Brigitte Lahaie prêtes aux chatouilles les plus intimes a de quoi décontenancer… Niveau psychologie, Demented se coltine un zéro tout rond. Mais question exploitation cradingue ? Disons que Sallee Young se fait plus convaincante en chaude cougar prête à décimer du jeune con qu’en femme désespérée et tenaillée par la peur, et que le mélange entre son ingénuité et ses avances franches du collier (« Est-ce que j’ai de beaux seins ? » demande-t-elle au garnement qu’elle s’apprête à liquider au fusil de chasse) peut éventuellement intriguer. Mais pas la peine d’espérer des canaux sanguins à même de déloger I Spit on your Grave de son piédestal, les exécutions s’en tenant à une pénombre masquant la méchanceté de cette revanche méritée. Et le plaisir du spectateur de finir castré comme les lascars de la bobine… En somme, ne sachant trop s’il doit se faire fine analyse de la dérive d’un couple touché par l’inacceptable ou thriller sexy visant le calbute, Demented se foire à tous les niveaux et ne vaudra le coup d’oeil que pour assister à son naufrage. Triste, car le potentiel était bien là.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Arthur Jeffreys
  • Scénario : Alex Rebar
  • Production : Arthur Jeffreys, Alex Rebar, Mike Smith
  • Pays: USA
  • Acteurs: Sallee Young, Harry Reems, Deborah Alter, Bryan Charles
  • Année: 1980

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