The Alien Factor

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A en croire Don Dohler, le ciel étoilé, s’il tient de la parfaite voûte pour vos nuits coquines ou romantiques, se trouve également être un affreux repaire d’envahisseurs sanguinaires. Et le regretté bonhomme, qui hanta les bois et jardinets de Baltimore jusqu’à sa mort en 2007, devait y croire dur comme fer, lui qui échafauda le gros de sa filmographie sur des invasions extra-terrestres tout ce qu’il y a de plus rurales. La preuve par neuf avec The Alien Factor (1977), premier méfait mais déjà la définition parfaite de la touche Dohler.

 

 

Si un adjectif semble coller à la peau de Don Dohler comme une extra-sangsue, c’est bien « fidèle ». Fidèle en amitiés, le réalisateur/scénariste/producteur/monteur (et on vous parie notre collection de chauve-souris en plastique qu’il aida sa femme à beurrer les tartines de l’équipe) ne se sépara jamais vraiment de ses fidèles. Preuve en est le cas George Stover, présent du début à la fin d’une carrière étalée sur trente années. Fidèle à son Maryland natal, qu’il noya dans le sang de 77 à 2007, sur la fin avec l’aide de l’ancien policier reconverti en faiseur de Séries B cheapos Joe Ripple (Stakes dont nous parlions il y a peu). Et surtout fidèle à son premier amour, soit la science-fiction des années 50, celle par laquelle il tomba dans la marmite fumante du cinéma d’exploitation, et celle que le magazine culte au possible Famous Monster of Filmland ne cessait d’encrer, entre deux vannes du lutin malicieux Forry Ackerman. Mettons de côté les opus réalisés et probablement élaborés par Joe Ripple, plus attaché aux techniques commerciales, et donc aux sujets vendeurs (vampirettes en nuisettes et tits en avant), presque contraires à l’esprit Dohler, mû par sa passion sincère, voire naïve, pour le fantastique à l’ancienne. Très peu de sexe et d’érotisme sur la planète Dohler, qui ne s’y aventure que lorsque ses acteurs portant la pornstash insistent lourdement pour palper le fessier de la coiffeuse du patelin, brave au point de donner de son temps libre pour un creature feature sans le sou, dans lequel elle doit désormais dévoiler un peu de chair. Non, l’important pour un Don ayant débuté dans le fanzinat et la bande-dessinée, c’est ces conquérants interstellaires venus tester leur fusil laser sur les rednecks portant la chemise à carreau, ces bestioles faites de bric et de broc chipotant dans les intestins du voisin, un sourire à la fois sadique et radieux plaqué sur leur tronche de latex.

 

 

Grosso modo la structure du premier monster movie des 50’s venu, et dans les grandes lignes la méthode Roger Corman transportée à la fin des années 70 et aux années 80, un soupçon de gore en plus. Pas trop pour The Alien Factor, le tabassage d’entrailles n’imprimant la pellicule de Dohler qu’à partir du très hargneux Nighbeast : pour l’heure, on se contente d’envoyer le bestiaire peinturlurer Monsieur et Madame Tout-Le-Monde couleur sang, et à coups de griffes s’il vous plaît. Pas tout à fait le summum du trash, mais la volonté de faire basculer les vieilles manies vers quelque-chose de plus tempétueux se fait déjà ressentir. D’ailleurs, sans doute trop accroché à son sujet et pas assez à son scénario, Dohler se repose sur une structure répétitive, fondée sur les vas-et-viens entre les assauts des aliens et les débats au commissariat, où le shériff Cinder (Tom Griffith) s’énerve. Dommage de ne pas avoir soigné un peu plus le script, d’autant que le pitch ne manque pas d’originalité. Plutôt que de mettre en avant une monstruosité sanguinaire par principe et désireuse de prendre le contrôle de nos verts pâturages, Dohler opte pour l’accident stellaire : un cargo de l’espace transportant vers un zoo galactique des spécimens rares s’écrase dans les montagnes de Baltimore. S’échappent du vaisseau un gros lézard translucide se nourrissant de l’énergie vitale de ses proies, un gros cafard à la coque solide et à l’écorche venimeuse, ainsi qu’une bestiole montées sur échasses avec beaucoup de poil aux pattes. A peine arrivées, ces saletés d’un autre monde tourmentent la région, alors qu’arrive un nouveau martien, venu capturer les précédents et prenant, pour ce faire, la forme d’un homme nommé Ben Zachary (Don Leifert). Une sorte de chasseur de monstres venu se mélanger aux forces de l’ordre ; et ceux-ci ayant le nez fin, ils se doutent qu’il y a quelque-chose de pas net avec ce type débarqué de nulle-part et en sachant un peu trop long pour être honnête… Plutôt pas mal comme prémices (le final, sombre et inspiré de La Nuit des Morts-Vivants, vaut aussi le prix du ticket), et on peut regretter que The Alien Factor s’encastre par la suite dans un banal canevas fait d’attaques de locaux et de causeries entre les survivants. Bientôt une routine dans le cinéma de Don, qui ne cassera jamais réellement avec son moule, la seule réelle exception étant le plus glauque et aventureux Blood Massacre.

 

 

Mais on l’a déjà dit, l’important c’est les créatures, faites avec un amour évident par quelques pros des sfx amenés à se faire un petit nom dans le fantastique, et développer leur art sur des monster movies plus cossus. Comme Ernest Farino, passé par The Thing et Terminator, ou ce Ted Rae également au générique de Beetlejuice et du cinquième Freddy, L’Enfant du Cauchemar. Pas mal pour des gars dont les premiers pas se firent dans l’arrière-cour de Dohler. Et vu le CV des artistes à l’oeuvre, même s’ils débutaient et ne bénéficiaient de toute évidence ni du temps ni des moyens dont ils profiteront par la suite, il n’est guère étonnant de tomber nez à mandibules avec des monstruosités au modelage impressionnant pour une tentative indépendante comme The Alien Factor. Aucune fermeture éclair à déplorer, aucun morceau de caoutchouc tombant du costume de l’insecte humanoïde, et aucune chance de prendre la salamandre from space, animée à la mode du stop-motion, pour un résidu de plasticine abandonné par votre petit neveu : chacun des monstres est soigné et traité comme une véritable star d’un show tout entier dédié à leur cause. De même, lorsque vient le moment de s’en séparer et de rendre victorieux un bon peuple qui n’aspire qu’à vider des binouzes devant le rock band du coin, Dohler se creuse les méninges et utilises des stratagèmes variés. Zachary utilisera donc des sons stridents pour se défaire de la cicindèle démoniaque, aux oreilles sensibles, avant de récupérer sur sa dépouille son jus empoisonné, bien utile pour faire tomber le géant aux jambes velues. Plus ingénieux que la moyenne tout de même, et plus que les rivières vermeilles, c’est l’amour sans fin pour ces diables cosmiques qui dégouline à l’écran.

 

 

Si les mad beasts font rêver, le petit plus venu faire toute la différence tient néanmoins à cette atmosphère particulière dont se drape The Alien Factor. Sans doute tourné dans un rayon de cent mètres à peine autour de la casa Dohler, ce premier effort fleure bon l’authentique. On y croit aux troubles de cette petite région, alors que les acteurs sont pourtant rigides au possible et que la bande-son verse fréquemment dans l’assemblage de sonorités bizarroïdes plutôt que dans la véritable symphonie. Mais d’un accent typique du coin (« Come’oeuwneeee ») à cette banlieue ne sonnant jamais « cinéma » (la maison du maire est décorée de chaises de jardins empilées et d’un tonneau rouillé), alliés à des trouvailles visuelles (le travail de perspective entre des protagonistes, rendus minuscules, et le vaisseau spatial écrasé dans le bosquet en remonte aux plus grosses machines de l’époque) font que la véracité reprend peu à peu ses droits, et efface des carences de toute façon peu gênantes. De même, si le filmage peut sembler peu inspiré, son côté naturaliste associé au mélange de boue, de feuilles mortes et de neige des décors rendent convaincante une tentative que son budget donnait perdante par avance. Une qualité que l’on retrouvera dans la quasi-totalité des films réalisés par Dohler. Reste que s’il ne devait en rester qu’un, et même face à un NightBeast très similaire mais plus enlevé et féroce, The Alien Factor maintient son statut d’effort le plus généreux avec ses quatre monstres, ses corps retrouvés vidés de leur énergies et leurs miniatures parfaitement utilisées. Et puis, difficile de résister à la sincérité évident qui enveloppe l’ensemble, Dohler, et l’on pense ce que l’on veut de son art, étant indéniablement l’un des auteurs les plus loyaux à la cause. Ne serait-ce que pour cela, il aura toujours sa place au banc d’honneur dans ma crypte.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Don Dohler
  • Scénario : Don Dohler
  • Production : Don Dohler
  • Pays: USA
  • Acteurs: Don Leifert, Tom Griffith, George Stover, Richard Dyszel
  • Année: 1978

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