Wyrmwood – Road of the Dead

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Les Australiens ont le sens de l’hommage, et savent rendre à Humungus ce qui lui appartient. Du coup, lors des quatre années aux week-ends bien chargés qu’il passe à forger son Wyrmwood : Road of the Dead (2014), le réalisateur du pays des kangourous Kiah Roache-Turner ne manque pas de payer son dû à Mad Max alors qu’il partait pourtant pour le cimetière Romero.

 

 

Dance of the Dead, Isle of the Dead, Dorm of the Dead, Detention of the Dead, Anger of the Dead, Train of the Dead, Lust of the Dead, Virus of the Dead, The Toilet of the Dead… Plus morte encore que le Minitel et la carrière de Gad Elmaleh réunis, l’appellation …of the Dead se voit rongée par les vers depuis quelques années déjà, victime d’une utilisation abusive et de métrages aux qualités disons… variables. On sentait de toute façon que cela commençait à sentir le sapin magique pour nos revenants à partir du moment où leur cher pôpa lui-même ne savait plus quoi en faire, perdant son mojo dans un Survival of the Dead de triste mémoire. D’ailleurs, à quelques tentatives japonaises pleines de fiente et de gaz anal près, le genre se mord la queue décomposée depuis trop longtemps pour que la perspective d’installer nos transats dans un nouveau charnier nous excite plus d’une demi-seconde, conscients que nous somme que le gros des troupes continuera encore et toujours de suivre les traces de jus de charogne laissées par 28 Jours plus tard et The Walking Dead. Autant dire que l’on soupire de lassitude à la vue du premier acte du présent Wyrmwood, compilation sans doute involontaire de tout ce que le zombie flick proposait dans les années 2000 : infection instantanée, errances dans des décors dévastés, fuite en bagnole alors que le patelin s’enflamme, militaires pas cool et vaillants survivants forcés d’achever leur petite famille à la cloueuse ou au fusil de chasse. Vous connaissez la suite : ouin ouin on a plus de bastos pour se suicider, ptet que l’herbe est plus verte à quelques kilomètres au nord, ça serait pas mal de sauver la soeurette que l’on a oubliée et, tant qu’on y est, formons une famille d’infortune avec les quelques malheureux croisés on the road… of the dead. Générique, le travail abattu par Roache-Turner ne peut se cacher de l’être au départ, et on comprend vite que les contours Mad Maxiens que ne manquent jamais de vendre affiches et posters se résument à une bagnole tunée façon post-nuke, sans que le décor suive. Oubliez vos espoirs de contrées arides envahies par de trop secs macchabées, Wyrmwood s’adonne au même trek forestier que Walking Dead, et situe donc l’intégralité de son action dans les pousses de pissenlit.

 

 

Heureusement pour lui, le réalisateur/scénariste/monteur/production designer (ça va, Monsieur sait quoi faire de ses deux mains) injecte un peu d’originalité dans son cadavérique méfait pile au bon moment. Soit celui nous voyant songer à virer le disque de notre lecteur et nous en servir pour nous limer les ongles des pieds. A l’aide de quelques trouvailles pas banales, Kiah redresse sa barre, imaginant qu’un phénomène indéfinis capable de changer toute personne dont le groupe sanguin n’est pas A négatif en une goule à l’hémoglobine inflammable, tandis que kérosène et essence sont désormais inutilisables et semblables à de l’eau de source. Autant dire que pour faire rouler leur engin de guerre, véritable petit tank avec harpon et barricades d’acier sur les côtés, les protagonistes iront faire le plein directos dans les entrailles des morts-vivants hantant les parages. Une idée qui n’apporte pas grand-chose question storytelling et ne révolutionnera pas le genre, mais au moins il y a des efforts de faits. Ceux-ci payeront lors d’un climax rondement mené, lutte bien découpée entre les héros, de sinistres soldats et les zomblards. Et surtout lors des séquences se penchant sur le sort peu enviable de Brooke, jetée en pâture à un scientifique en combinaison anti-nucléaire et occupé à expérimenter sur les morts encore mouvants, et des vivants bientôt inertes. Quelques coups de seringues passent, et Brooke peut désormais contrôler les living dead par la seule force de la pensée, ce qui lui permet d’échafauder un plan pour sortir de cet enfer laborantin.

 

 

Une audace aussi bienvenue que joliment utilisée, et le petit truc qui fait toute la différence et permet à Wyrmrood de tracer sa voie et se distinguer du tout-venant du genre. Dommage que persistent quelques carences, comme un désamorçage un peu trop systématique des séquences les plus rudes. Ainsi, alors que l’on commençait à sortir nos imperméables de peur que cela gicle un peu trop, le savant fou s’apprêtant à farfouiller dans la cervelle de ses prisonniers, un plexiglas d’humour s’interpose entre l’écran et nous, le vicieux scientifique devenant d’un coup d’un seul un clownesque danseur. De même, dès que l’émotion pointe une narine, comptez sur le sidekick de service pour en lâcher une bien bonne ou manquer de se faire mordiller le zob parce qu’il pissait à côté d’un zombie en train de siester. Non pas que cela dérange foncièrement, d’autant que les gags parviennent à soutirer leur lot de sourires, mais cela écarte aussi un peu plus Road of the Dead de la qualité réelle du zombie flick. Soit sa purulence, son fumet de vieux cercueil, son haleine la plus putride. Malgré ses tentatives honorables de verser dans un gore qui ne se cache pas derrière la serpillière en arrachant des nez, en brûlant les faciès et en faisant éclater les caboches, Kiah Roache-Turner n’arrive jamais à nous ensevelir sous la pourriture et nous soulever l’estomac. Et encore moins à retrouver cette texture de chair pustuleuse ou de sirop d’entrailles, à s’approcher des orgies lépreuses de Lucio Fulci et de la ripaille de lambeaux de peau poussiéreuse d’Andrea Bianchi. Trop gai malgré sa triste photographie, trop propre en dépit de ses éclaboussures, Wyrmwood s’en sort principalement grâce à son énergie (le filmage fait très djeunz) et ses petites innovations thématiques. Un bon parti au final, même si ce n’est que pour un coup d’un soir.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Kiah Roache-Turner
  • Scénario : Kiah Roache-Turner, Tristan Roache-Turner
  • Production : Kiah Roache-Turner, Tristan Roache-Turner…
  • Pays: Australie
  • Acteurs: Jay Gallagher, Bianca Bradey, Leon Burchill, Keith Agius
  • Année: 2014

2 comments to Wyrmwood – Road of the Dead

  • Roggy  says:

    Je suis globalement d’accord avec toi sur ce petit film de zombies qui possède de bonnes idées (le carburant d’haleine qui s’arrête la nuit) ou la nana qui contrôle les zomblards. En revanche, l’humour et certains personnages décalés nous sortent du film par moments. Pas mauvais au final (on a vu tellement pire), d’autant plus que le réal est un véritable couteau Suisse. J’ai pu voir en festival son film suivant « Nekrotonic » présentée par la sublime Monica Bellucci (qui joue dedans !). Même si le film est un peu foutraque, il reste sympathique avec beaucoup plus de budget (on est là dans la série B fantastique) mais toujours des idées folles et une bonne ambiance.

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