Hobgoblins

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On ne se prenait pas trop la tronche dans les années 80 : si vous aviez été sage toute l’année, alors le Père-Noël consentait à vous glisser sous le sapin la VHS de Gremlins (1984). A l’inverse, si vous ne faisiez rien que de tirer les couettes de votre cousine, fortes étaient les chances que le gros barbu tout de rouge vêtu vous punissait sévèrement avec Hobgoblins (1988), garanti sans Mogwai mais fort en boules de poils livrées sans piles.

 

 

Rick Sloane nous l’assure : si Hobgoblins, probablement son film le plus connu, atterrit sur les étagères des revendeurs de K7 quatre longues années après le classique parmi les classiques de Joe Dante, son pitch fut lui inventé bien avant que le petit Gizmo ne soit aspergé d’eau et que ses rejetons se fassent un gueuleton après minuit. Ouais c’est ça, et Tarantino s’est acheté un magnétoscope la semaine dernière et y a découvert le City on Fire de Ringo Lam à cette occasion. Et on imagine aussi que la série des Vice Academy, dans lesquels des fliquettes sexy enquêtent en talons hauts, n’a rien à voir avec le succès des Police Academy, dont Sloane ne doit même pas connaître l’existence… Bref, on l’aura compris, le Rick n’était pas tout à fait un meneur créatif, mais plutôt le petit recopieur du fond de la classe, qui même pris la main dans le pot à confiture continue de nier avec ferveur. Difficile de lui en vouloir après tout, tant d’autres ont repris la recette Gremlins à leur propre compte, tels ces Ghoulies, Critters et autres Munchies, tous concentrés sur des menaces taille joujou. Ah qu’il était loin le temps des gargantuesques monstruosités venues piétiner la cité des anges, virées par des minipouss le plus souvent rigolards. Fini le film catastrophe 50’s qui fait dérailler le métro d’un bon coup de patte préhistorique, enter la comédie fantastique où le trépas n’est que source de ricanements de la part de petits salopiauds même pas assez méchants pour être détestés. Et Hobgoblins de se garder de dévier de la trajectoire du sous-genre « petits mais costauds », se refusant toute saillie trop gore et les plongeons dans la tripaille fumante. Et aussi dingue que cela puisse sembler, Rick Sloane parvient à torcher un creature feature encore plus inoffensif que le bon petit film familial de Dante. C’est que chez le vieux Joe, une mamy acariâtre passait tout de même par la fenêtre, tandis que l’ami Dick Miller manquait de se faire écraser par son chasse-neige. Ce n’était ni Evil Dead ni Nekromantik, mais cela suffisait pour mériter l’appellation « horreur », fusse-t-elle pour les kids. Une étiquette que l’on ne saurait apposer à Hobgoblins.

 

 

Gardien vieillissant d’un studio de cinéma à l’abandon, McCreedy (Jeffrey Culver de Hollow Gate et Nightmare Sisters) approche de la retraite et se voit de plus en plus pressé par son détestable patron de former un jeune assistant. Problème : en quelques semaines à peine, trois ont disparus de ce boulot pourtant simple, puisque consistant à faire le tour des établissements au fil de rondes plutôt calmes. Est-ce que ces évaporations soudaines seraient liées à ce je-ne-sais-quoi que McCreedy cache dans le coffre-fort géant du studio, et qui a refilé une hallucination mortelle au dernier embauché ? L’ancien se retrouve dans tous les cas forcé d’engager un nouveau surveillant en la personne de Kevin, jeune homme perçu par sa chieuse de petite-amie comme un mou manquant sérieusement de virilité. Lorsqu’un voleur s’infiltre sur son lieu de travail, Kevin profite de la chance qui lui est offerte de montrer quel fier mâle il est. Mais à la recherche du brigand, il ouvre le fameux coffre-fort, libérant une poignée de peluches démoniaque, en vérité des extra-terrestre débarqués sur place voilà des dizaines d’années, et que McCreedy autorisa à s’installer sur place. Et ne venez pas me dire que vous n’auriez pas fait pareil, on a toujours une chambre d’ami à offrir à des espèces de suricates déglingués, tombés du ciel et qui vous regardent avec un sourire en coin. McCreedy se rendit néanmoins vite compte de son erreur lorsque ceux qu’il définit comme des lutins se mirent à jouer avec les neurones du bon peuple bossant en ces locaux, nos bestioles étant capables de faire croire à leurs victimes que leurs rêves les plus fous se réalisent. Et comme elles sont très fourbes, elles en profitent généralement pour les tuer séance tenante…

 

 

Si le pitch se fait prometteur et devrait permettre quelques jolis délires visuels, nos attentes s’effondrent sans tarder. Ne disposant que de 15 000 malheureux dollars pour mener sa barque, Sloane ne tire pour ainsi dire rien des manipulations mentales dont sont capables ses Hobgoblins, leurs assauts psychologiques se résumant à l’arrivée d’une séductrice vaguement meurtrière, au fait que la coincée du sphincter devient soudainement une chaude danseuse et que la bidasse crétine (un pléonasme dans le monde de la Série B, la soldatesque s’y révélant rarement mesurée) se pense de retour au front. Pas de grands effets, aucune gouttelette sanguine et encore moins de créatures miraculeusement animées, celles en service n’étant que des peluches dont seule la mâchoire est articulée. Difficile pour Kenneth J. Hall (réalisateur d’Evil Spawn, créateur de Puppet Master et faiseur de monstres caoutchouteux pour qui n’en veut) de faire mieux que des Popples déviants et raides comme des bouts de bois avec le peu de billets verts dont il dispose. Et vu que la durée du tournage n’excéda pas la semaine, sans compter que l’ensemble fut tourné sans permis et qu’il n’était donc pas question de traîner dans les parages, ce n’était pas la peine de débarquer sur le set avec de compliquées animatroniques. Reconnaissons néanmoins un talent de modelage à J. Hall, les gobelins ayant plutôt de bonnes frimousses. Tant pis dès lors s’ils semblent paralysés des miches et que les comédiens sont forcés de les agiter dans tous les sens – façon Lugosi et son poulpe mutant dans Bride of the Atom – ils feront bien sur la jaquette et ça reste le plus important.

 

 

N’empêche que ça ne vole pas haut à l’écran, et que Hobgoblins collectionne plus volontiers les tares que les qualités. Interprètes constamment dans le surjeu, réalisation anonyme (Sloane fait honneur à sa patrie tant il ne semble connaître que le plan américain), dialogues demeurés (« Vous allez bien ? », « Oui, je me sens toute juteuse ! »), scénario écrit en cinq minutes, ventres mous fréquents (que cette scène dans la discothèque est longue…) et, histoire d’en remettre une couche, la version française se coltine un doublage absolument minable. N’empêche qu’à la grâce d’un parti-pris cartoonesque (les personnages se comportent comme dans un Hannah Barbera), et peut-être d’une bande-son punk-rock plutôt plaisante, l’ensemble se regarde d’un œil, même si fort distrait. Hobgoblins n’est jamais fameux, et tombe plus souvent qu’à son tour dans le pathétique, mais s’en dégage peu à peu un fumet d’oeuvre entre copains. Et pris comme une comédie navrante aux running gags répétitifs mais fonctionnant sur la durée (le copain du héros, qui saute sur le premier téléphone venu pour sonner à sa call-girl préférée, s’offre l’ultime vanne et cela marche plutôt bien), le tout pourrait éventuellement gagner la sympathie des abonnés au millième degré. Mais pour nos respect et admiration, il faudra repasser…

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Rick Sloane
  • Scénario : Rick Sloane
  • Production : Rick Sloane, Craig Turkel
  • Pays: USA
  • Acteurs: Tom Bartlett, Paige Sullivan, Steven Boggs, Kelley Palmer
  • Année: 1988

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