Emilie, l’enfant des ténèbres

Category: Films Comments: 4 comments

Soit le diable les aime à peine sorties du berceau, soit il se trouve ne pénurie de courage et préfère s’en prendre à plus faible que lui, vu que notre vieux cornu s’adonnant majoritairement à la possession de frêles jeunes filles… Après s’être glissé sous la robe d’une Linda Blair toute en gerbe, le voilà qui vise la rousse Nicoletta Elmi dans un Emilie, L’Enfant des Ténèbres (1975) pas prêt de faire de l’ombre à L’Exorciste… Mais est-ce que Massimo Dallamano tente réellement d’affronter Friedkin dans sa sacristie ?

 

 

On ne peut pas bander pour tous les sous-genres du cinéma fantastique, pour tous ses recoins, et il est d’ailleurs bien connu que celui qui aime tout n’aime au final rien. Et dans notre petit coin de terre irradiée, on n’est pas plus branchés que cela par le cinoche de possession et les gueules de bois offertes par Belzébuth. On sait reconnaître un bon film lorsque l’on en empoigne un (L’Antéchrist, L’Exorciste III, que je préfère largement au premier), mais on ne fera jamais du regard tendre envers les essais montrant le Malin prendre possession des cervelets des petites têtes blondes un principe. Et on balancera encore moins les bonnes notes comme Trump balance des rouleaux d’essuie-tout à la Michael Jordan si la bande que vient d’ingurgiter notre lecteur DVD n’a pas grand-chose pour elle. C’est le cas de cet Emilie, L’Enfant des Ténèbres dans lequel nous placions pourtant quelques espoirs. La faute à Massimo Dallamano, dont les gialli/thriller La Lame Infernale et Mais… qu’avez-vous fait à Solange ? ont eu tendance à nous faire baisser notre garde. Ben fallait pas, et Il medaglione insanguinato (Perche?!) vient nous rappeler qu’il faut toujours garder un zeste de méfiance en poche et que nul réalisateur n’est à l’abri du faux pas briseur de genou…

 

 

Bossant pour la BBC, qui vient de lui commander un documentaire sur l’art mettant Satan au premier plan, Michael Williams (Richard Johnson) quitte Londres pour s’envoler en direction de l’Italie avec sa fille Emilie (Nicoletta Elmi). Après tout, cela ne pourra pas faire de mal à la gosse, déprimée depuis la mort de sa maman, brûlée vive lors d’un mystérieux incendie. Mais en offrant un étrange médaillon à sa progéniture, le Michael ignore encore qu’il vient de lui refiler un cadeau empoisonné, dont le comportement change de plus en plus et certainement pas en bien. Le problème avec Emilie, L’Enfant des Ténèbres, c’est que Dallamano a beau avoir un thème à toute épreuve, il ne sait malheureusement pas quoi en faire, et certainement pas comment en obtenir une bisserie divertissante. Alors on peut bien évidemment aimer le côté artistique de l’œuvre, le fait que Johnson trimballe ses cheveux blancs dans de vieux villages capables de faire mouiller tout amoureux des vieilles pierres qui se respecte, ou le voir scruter les moindres détails de tableaux lugubres tel un Sherlock Holmes traquant l’indice. De même, elle est intéressante cette relation trouble entre Emilie et son père, pour lequel elle semble éprouver un désir si ardent qu’elle en jalouse toute femme osant s’approcher du paternel. Intéressant sur le papier, et même diablement (pour rester dans le sujet), d’autant que le Massimo se montre plutôt ambigu quant à l’aspect infernal, peut-être moins certain qu’il n’y paraît, Emilie pouvant fort bien être une gosse « simplement » désaxée. C’est d’ailleurs ce que semble sous-entendre un flashback la montrant foutre le feu à sa daronne, alors qu’elle ne possédait pas encore le médaillon maléfique à ce moment-là…

 

 

L’ennui, c’est que de ces saines bases ne ressort pas grand-chose. Dallamano sort la carte du « moins », préfère s’éloigner des effets à la Friedkin et garde les sacs à vomi loin de sa jeune actrice. Une décision respectable, et la sobriété n’est certainement pas un mal, mais nous sommes dans notre bon droit en espérant tout de même un minimum de suspense, de frisson, d’excitation. Et ce minimum, Emilie ne l’offre jamais vraiment, si ce n’est lors d’un final aussi sombre que réussi et dégainant quelques belles images. Mais du reste, il y a peu à déterrer ici, Massimo optant pour un cas de possession si naturaliste qu’il en est tout simplement chiant à regarder. Certes, la gosse se débarrasse de sa nurse (un mauvais choix du scénario, d’ailleurs, puisqu’elle représentait le seul personnage un tantinet attachant, et on aurait préféré voir périr la productrice dont s’entiche Johnson) et se met à balancer des vases sur la gueule de ceux qui l’entourent, qu’elle déteste copieusement. La furie n’en restera pas moins dans son écran, et on ressortira de l’expérience avec la sensation qu’il n’y a pas grand-chose de bien notable dans cette diablerie, surtout remarquable de par sa propension à éviter toute bondieuserie. Toujours étonnant pour du made in Italy, là où l’on a toujours son crucifix autour du cou. On préférera donc retourner dans les jupes de L’Antéchrist, certes beaucoup plus balisé et prévisible, mais aussi nettement moins décevant et amorphe… Alors oui, ça joue bien (Edmund Purdom sera repéré par les connaisseurs), ce n’est certainement pas mal réalisé et les décors valent bien une soirée devant Thalassa. Mais cela ne suffit pas, malheureusement. Et pour ne rien arranger, ces vendeurs à la sauvette que sont Cactus Films ne se sont bien évidemment pas foulés lorsque vint le moment de dégainer un DVD, se contentant d’une copie VHS si fatiguée qu’elle en est cernée. Décidément, elle n’a pas de chance, Emilie…

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Massimo Dallamano
  • Scénario : Antonio Troisio, Raoul Katz, Tonino Cervi
  • Production : Fulvio Lucisano, William Reich
  • Titre original : Il medaglione insanguinato
  • Pays: Italie
  • Acteurs: Richard Johnson, Nicoletta Elmi, Edmund Purdom, Ida Valli
  • Année: 1975

Merci à Pascal pour le DVD!

4 comments to Emilie, l’enfant des ténèbres

  • Pascal G  says:

    Un peu (beaucoup) chiant hein, je te l’avais dit. Et de rien 😉 (je t’avais dit aussi que la copie était pourrave)

  • Roggy  says:

    J’avais vu le film en salle à la Cinémathèque pour une soirée « enfants méchants ». Si le film possède des qualités visuels, son scénario est plombé par l’histoire d’amour et le surjeu de la jeune Nicoletta vraiment insupportable.

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