The Sleeper

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Bien mal barré est le cinéphile dénué de tout sens de l’orientation et se servant de la toile comme d’un GPS… Dans le cas de The Sleeper (2012), le bouffeur de slasher à l’ancienne ne saura donc pas trop s’il doit faire marche-arrière à cause de la collection de 1/10 que se ramasse ici et là le long-métrage de Justin Russell, ou s’il doit définitivement s’y parquer à la vue des quelques commentaires bienveillants en provenance de vieux fans du genre. Pas de doutes de notre côté : se garer sur place ne suffit pas, il faut carrément y planter sa tente, The Sleeper tenant du Walhalla pour les vieux vikings mariés à la mer des psychokillers.

 

 

Un rapide coup d’oeil au CV de Justin Russell suffit à le placer sur l’échiquier du septième art : ce mec, c’est dans l’old-school qu’il s’épanouit. Preuve en est son court Don’t go in the Attic (2010), et dans une moindre mesure ses opus longue durée The Gremlin (2007) et Death Stop Holocaust (2009), des patronymes fleurant bon le trente ans d’âge, les boules à facettes et le minitel. Pas de raison que The Sleeper parte en sens inverse et décide soudainement de sortir smartphones et tablettes Samsung, ou de nous faire le coup d’aller puiser son inspiration dans Scream, Behind the Mask ou tout autre délire meta. Direction les années 80 toute, une fois de plus et au fil d’une histoire voulue banale et présentée comme une Série B sortie en 81 et perdue jusqu’alors. Pas un hasard d’ailleurs si la chose est sortie en VHS aux USA, en plus de son obligatoire disponibilité au format DVD et Blu-Ray… The Sleeper, c’est donc les scénar’ de Black Christmas, Graduation Day et Final Exam compactés en une seule bobine, avec ses belles ingénues traquées par un pauvre type complètement marteau. Comprendre qu’en plus de les harceler au téléphone en murmurant ou riant comme une vieille hyène, il n’hésitera jamais à leur péter le nez à la masse. Et Monsieur Pas-Tout-Net de prendre des photos des cocottes en douce pour ensuite griffonner dessus au rouge à lèvre, avant de leur courir après à toutes les bonnes adresses du genre : campus enneigé, baraque où l’inévitable sororité crèche, douches, piscine, auditoire, vestiaire, cave dégueulasse et on en passe. Quand on sous-entendait que Russell faisait son marché dans les vieux classiques…

 

 

Forcément, cette tendance à ne surtout pas s’éloigner de ses modèles, au risque de se faire parfois traiter de vil plagieur scotché à sa photocopieuse, condamne le brave Justin à s’adresser à un tout petit parterre de fanatiques. Ceux pour qui le temps a arrêté de s’écouler en 1984, et dont le magnéto fait tourner en boucle le Rosemary’s Killer de Joseph Zito. Pour les autres, The Sleeper ne sera jamais qu’un exercice de style vain et à la nostalgie bêta, dont la faute est finalement de tenter de retrouver l’état d’esprit des petits B-Movies malodorants sortis dans le sillage de la plus présentable Nuit des Masques plutôt que celui du classique de Big John. Chacun verra midi à sa porte, et choisira son camp en son âme et conscience. Sans surprise, par chez nous on aura plutôt tendance à rejoindre les rangs de Justin Russell. Par amour pour le genre tel qu’il était façonné dans la première moitié des eighties, c’est vrai, mais aussi parce que le réalisateur n’est pas un manchot. Certes, il donne tant dans le citationnel que son petit massacre entre amis tourné en moins de deux semaines finit par ressembler à un montage des moments les plus cultes des bandes qu’il a dans le collimateur. Décapitation au ralenti évoquant le final du premier Vendredi 13, passages en vue subjective sous-entendant la présence du maniaque dans les parages, prises de vue piquées à Slumber Party Massacre, corps gisant dans une rockin chair à la Black Christmas… Et on parie notre collection de t-shirt Madman que c’est pas un hasard si le flic de service a de faux airs de John Saxon… Oui, ça énumère sévère, mais ça le fait plutôt bien, la photographie flattant la rétine pour un pareil petit budget (on cause d’environ 30 000 dollars, trois fois rien donc) tandis que Russell sait où placer sa caméra pour choper le plan qui tue. Rien de très novateur, si ce n’est éventuellement dans cette morosité recherchée, pas bien neuve mais que l’on n’avait plus croisée depuis un bail dans le genre. Depuis les années 80, justement ? Peut-être bien…

 

 

On ne vous mentira pas : si vous n’estimez pas avoir passé les meilleurs soirées de votre vie devant Le Bal de l’Horreur et que vous ne priez pas Satan chaque soir dans l’espoir qu’il vienne poser dans vos petits souliers des figurines forgées en enfer du copain à la pioche Harry Warden et un poster en relief de Splatter University, The Sleeper n’aura pas plus d’intérêt qu’une saison de Secret Story sans engueulades et trahisons. Mais si votre idée du bonheur c’est 90 minutes de gore fauché mais franc du collier (ouch ce meurtre façon Hammer Smashed Face de Cannibal Corpse), d’érotisme gentillet et parfois topless, d’une pause disco terriblement ringarde, d’écoles et campus plus vides que le rayon Nutella un lendemain de soldes et parcourues par un taré au regard halluciné, alors Justin Russell risque fort de devenir votre nouveau meilleur ami. Il est désormais le nôtre, en tout cas.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Justin Russell
  • Scénario : Justin Russell
  • Production : Justin Russell, Dana Jackson
  • Pays: USA
  • Acteurs: Brittany Belland, Ray Goodwin, Elizabeth Lane, Riana Ballo
  • Année: 2012

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