Stakes

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Si le regretté Don Dohler (Nightbeast, Galaxy Invader) avait principalement le regard tourné vers les étoiles, d’où tombaient de nocturnes créatures prêtent à éviscérer les pères de famille moustachus, son acolyte des années 2000 Joe Ripple, ancien flic reconverti en faiseur de terreurs indépendantes, surveillait plutôt les canines parfaitement aiguisées des jolies demoiselles. Vampires, vous avez dit vampires ? Oui, mais à la sauce science-fictionnelle, Stakes (2002) lorgnant aussi du côté d’un certain Terminator

 

 

Alors qu’ils sont terrés dans une ruelle à l’écart des regards indiscrets, en vue d’y attirer l’innocent pour mieux lui emprunter quelques billets verts après un massage, avec le genou, des roubignoles, deux loubards (dont Joe Ripple lui-même) voient une sorte de portail temporel s’ouvrir devant eux. On ne peut même plus racketter tranquille… Sortent dans tous les cas du trou de ver trois individus, un grand musclé (John Michaelson, Dracula in a Women Prison de Jeff Leroy), une brunette siliconée (Syn DeVil de The Witch’s Sabbath, de Jeff Leroy également) et leur cheftaine (Leanna Chamish, habituée des productions Dohler/Ripple), tous dotés de ratiches parfaitement limées et de pupilles rouges comme l’enfer. Ils ne sont donc pas là pour faire la quête, si ce n’est la sanguine, et les voilà qui démembrent nos deux punks. De quoi perdre le détective Jake Bishop (Jamie Bell, dont Stakes reste l’unique passage cinématographique), qui saisit que l’affaire sera particulière lorsqu’il reçoit la visite d’un curé (George Stover, indissociable de la planète Dohler), d’une jolie jeune fille (Ashira Zimra) et d’un laborantin (Steven King, rien à voir avec l’auteur de Simetierre). Tous trois se prétendent échappés d’une dimension parallèle, identique à la nôtre au détail près que leur monde est dominé par les vampires, qui ont si bien décimé la race humaine qu’ils en sont forcés de se bouffer entre eux pour se nourrir. Pour échapper à cette vie de mordants suçons, le valeureux trio mit au point une machine leur permettant de passer dans notre dimension. Une machine que l’actuelle reine des bloodsuckers (Leanna Chamish) a emprunté avec ses meilleurs sbires, en vue de profiter des nos nuques fraîches, devenues si rares dans leur univers d’origine…

 

 

Yep, pas de tas de ferraille parfaitement chromé venu du futur, pas d’Autrichien en veste en cuir, et pas de Sarah Connor non plus. De là à dire que Ripple et Dohler n’ont jamais entendu parler de Terminator… Et de là à penser que la sortie la même année du tout en tatanes Blade II de Del Toro n’a pas guidé le clavier de nos deux auteurs, il n’y a qu’un coup de crocs. Bien sûr, ne profitant point d’un Wesley Snipes pour distribuer de la balayette et du rictus arrogant, la star du jour, outre un Jamie Bell pas très bon acteur mais attirant plutôt la sympathie, c’est un George Stover portant la défroque d’un Van Helsing 2.0. Comprendre que le prêtre signera après chaque trépas et part au front avec le Saint Esprit au fond de son coeur, mais qu’il préfère une tunique de soldat à la bure, et les pieux de bois au missel. D’ailleurs, après un premier acte très explicatif, Stakes fait de son mieux pour garder la forme et avale des tubes entier de pilules bleutées pour ne plus débander, quitte à en faire un peu trop à l’approche de l’arrivée. La dernière partie se résumera en effet à une répétitive succession de combats contre les goules suceuses de carotides et les forces du Bien, le tout dans un hangar disposant pour toute déco de caisses en carton. C’est pas tout à fait le temple des vampires de Blade II, ni la fonderie de T2, mais qui est déjà passé par l’office Timewarp Films, boîte du bon Dohler, sait par avance que le budget ne crèvera pas le plafond. Les CGI évoquent volontiers les vieux Point and Click auxquels jouait votre grand-frère sur son Amiga 3000, les vampires grimacent comme un chaton privé de ses croquettes, les gentils se refusent à toute expression et les chorégraphies se passent de voltige.

 

 

On n’a donc jamais vraiment le vertige devant Stakes, dans un sens comme dans l’autre d’ailleurs. Comprendre que l’on ne sort pas impressionné de l’expérience, mais qu’elle évite aussi de tomber dans le ridicule. A la grâce de l’amour sincère de l’équipe pour ce qu’elle fait, et des évidents efforts consentis, ne serait-ce qu’au stade de l’écriture. Quelques audaces pointent ainsi par-ci par-là, comme la décapitation surprise d’un protagoniste que l’on pensait survivant par avance, tout comme cette idée, peut-être pas totalement neuve certes, des vampires sautant d’une dimension à l’autre pour se refaire un stock de liquide vital. On pourra crier autant que l’on voudra que tout cela sonne comme du James Cameron – qui avait lui-même piqué l’idée ailleurs, revoir Cyborg 2087 (1966) pour s’en assurer – reste qu’il aurait été facile pour Ripple et Dohler de s’en tenir à un softcore tout en dentiers pointus (ce qu’ils feront plus ou moins en 2004 avec leur néanmoins très sympa Vampire Sisters, et Stakes a d’ailleurs sa scène de cul gratuite et injustifiée rien qu’à lui aussi) et qu’il faut reconnaître leur ambition. Et puis, voire George Stover planter des pieux de glace, formés à l’aide d’eau bénite gelée (encore une bonne idée d’un script décidément pas si mal), vaut bien que l’on donne 82 minutes de son temps. A réserver aux amateurs de la Série B sans pognon évidemment et un peu générique plutôt qu’aux fans de Don Dohler, qui regretteront encore et toujours la ruralité de sa science-fiction, sacrifiée sur l’autel de l’efficacité et du téton rose. Mais les autres, pour peu qu’ils revoient leurs exigences, devraient apprécier la morsure.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation: Joe Ripple
  • Scénarisation: Joe Ripple, Don Dohler
  • Production: Joe Ripple, Don Dohler
  • Pays: USA
  • Acteurs: George Stover, Jamie Bell, Steven King, Leanna Chamish
  • Année: 2002

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