Carnosaur 2

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Une fois un bon filon dans les mimines, Roger Corman ne le lâche plus. On ne s’étonna donc pas dans les nineties de le voir se cramponner à Carnosaur (1993), épisode heureux de sa longue carrière, et décalque à la vinaigrette de Jurassic Park qui lui fut particulièrement profitable. Par contre, là où Carnosaur 2 (1995) surprend, c’est en se montrant mieux bâti que son grand-frère.

 

 

Qui a lu au sujet de Roger Corman sait que le nabab de la Série B devenait nerveux lorsque lui était rendu un script trop généreux en tunnels de dialogues, le réalisateur du Masque de la Mort Rouge préférant le direct-to-video remuant, celui si nerveux qu’on le loue deux week-end d’affilé, plutôt que les interminables conciliabules entre scientifiques désœuvrés. Cela se sent sur Carnosaur 2, dont les vingt premières minutes foncent dans le tas sans prendre la peine de brancher le GPS : dans un établissement gouvernemental changé en mine d’uranium, des reptiles carnassiers se font un casse-dalle des ouvriers sur place, ne laissant derrière eux que Jesse, adolescent difficile caché dans un placard en attendant que la tempête passe. Dans la grande tradition du creature feature, le Louis Morneau (Bats, The Hitcher 2, Une Virée en Enfer 2) embauché par Tonton Roger pour se charger de la réalisation se garde de dévoiler ses croc-dinos. Sans doute parce que ceux-ci, nous le découvrirons plus tard, sont en large partie repris du premier film (leurs têtes furent modifiées, mais faut le savoir pour le voir) et sont donc plus caoutchouteux que le canard de bain de votre petit dernier. Mieux vaut donc les laisser dans l’ombre un moment encore, ce qui n’empêche pas l’affaire de démarrer sur les chapeaux de roue : le personnel de cette base plus ou moins secrète – ils n’ont en vérité pas l’air de savoir qu’ils barbotent dans une mare nucléaire – se fait boulotter lors de séquences en vue subjective vécues du point de vue des raptors, ceux-ci débarquent à la cantine pour faire un carnage, les mains arrachées s’écrasent contre les murs… C’est pas le festin gorasse façon potage menstruel de la femme à King Kong, mais au moins Morneau, Corman et leur scénariste Michael Palmer (Watchers III au même poste) n’ont-ils pas oublié que c’est dans les premières minutes que se joue le destin d’un film. Il faut donc que ça bouge.

 

 

La tension redescend certes un peu par la suite, alors que nous sont présentés les véritables héros, un groupe de mercenaires entraînés à manger du mortier au petit dej’, embauchés pour une missions qu’ils ignorent suicidaire. Car l’habituel pourri à la solde du gouvernement se retient de leur dire qu’ils partent torcher le cul à d’antiques salamandres. Autant dire que la surprise sera mauvaise pour notre soldatesque, enfermée en ces lieux qui menacent d’imploser avec des lézards rapides, affamés et de plus en plus malins. Ca vous rappelle quelque-chose ? Un tout petit film des années 80, que vous avez sur le bout de la langue mais que vous ne parvenez pas à nommer ? Aliens les mecs, les retrouvailles tendues entre la badass Sigourney Weaver et les plugs anals de l’espace servant, une fois de plus, de base pour le monster movie tout en muscle de votre samedi soir. Une habitude, et la production DTV n’avait de toute façon que deux mots à la bouche à la période : Jaws ou Aliens. Nous revoilà donc partis dans la formule voyant les durs à cuire se fritter sévère avec des bébêtes au cuir dur, promesse que cela fera plus volontiers parler les pétoires que les Géo Trouve-Tout. Bon, Carnosaur 2 n’échappe pas à quelques ventres mous, ceux du B-Movie qui s’enfile trop de Budweiser devant le Superbowl et rote bruyamment plutôt que de passer à la salle de muscu pour travailler ses abdos. Et il serait mentir que de prétendre que la tension se maintient tout du long. N’empêche que Morneau fait de son mieux, ne plante pas sa caméra dans le béton en attendant que le métrage se déroule de lui-même devant son engin, et de véritables efforts ont été consentis. John Carl Buechler, spécialiste regretté de vos gloumoutes en latex, et son équipe ont retravaillé le robot servant à faire fonctionner le T-Rex (quelques plans du premier film viendront compléter « l’effet »), obligatoire boss de fin. Morneau approuve quelques poussées sanguines (l’une des nanas sur place se fait arracher le bras et éventrer salement), un hélico s’écrase et nous offre un festival de feux d’artifices, les décors ne semblent jamais trop cheap et ont finirait presque par y croire si les dinosaures n’évoquaient pas tant le Muppet Show. Pas mal donc tout cela, même si le meilleur provient surtout d’un bon casting.

 

 

Certes, le script se contente de graines de stéréotypes pour faire pousser ses protagonistes, avec le soldat au grand coeur qui a perdu son fils, le black vanneur, l’envoyé du gouvernement jamais à une traîtrise près, le vieux colonel qui prend soin de ses troupes, la pilote prenant le rôle de maman auprès de l’ado traumatisé, ou encore la militaire un peu virile. Mais tout ce beau monde que l’on connaît déjà pour les avoir croisé dans moult produits du même type a la chance d’être incarné par des comédiens capables. John Savage (Voyage au Bout de l’Enfer, La Ligne Rouge), Cliff de Young (Les Prédateurs, The Substitute, Dr. Rictus), Don Stroud (Permis de Tuer, Amityville, la maison du diable) et Miguel A. Nunez Jr. (Spider dans Le Retour des Morts-Vivants, Demon dans Vendredi 13 Chapitre 5 : Une Nouvelle Terreur, Dee Jay dans Street Fighter : Le Film) font ainsi tous du bon taff pour une petite chose comme Carnosaur 2, qu’ils auraient facilement pu prendre par-dessus la jambe. Le meilleur du lot reste néanmoins Rick Dean, habitué des low budgets (on le verra dans Bloodfist III et ses séquelles, La Mutante 3, Leviathan ou encore Gacy), ici dans la peau d’un grand métalleux sarcastique, qui n’est pas sans rappeler le chanteur de Overkill et qui écoute du Venom quand il a du temps libre. Et comme par chez nous on a pour règle absolue de ne jamais cracher sur une production avec du Venom en bande-son, vous comprendrez que Carnosaur 2 passe notre contrôle technique sans trop de problèmes.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation: Louis Morneau
  • Scénarisation: Michael Palmer
  • Production: Roger Corman
  • Pays: USA
  • Acteurs: John Savage, Cliff de Young, Rick Dean, Don Stroud
  • Année: 1995

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