Slaughterhouse Slumber Party

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Si la célèbre psychanalyste Françoise Dolto avait pu étudier le cas Dustin Mills, heureux papa d’un peu moins d’une trentaine de low budgets tous nés ces dix dernières années, elle l’aurait probablement classé parmi ces trentenaires coincés au stade anal. C’est que l’un de ses petits derniers, Slaughterhouse Slumber Party (2019), non content de rendre hommage à sa manière aux Slumber Party Massacre et autres Night of the Demons, cumule tant de plans nichons, de foufounes poilues, de gags scatophiles et de scènes gore qu’il finit par ressembler à un remake des Griffes de la Nuit tourné par Beavis et Butthead pour le compte de Pornhub. C’est dire si c’est bien.

 

 

Ranger et organiser sa collection de DVD, c’est toujours une bataille que l’on ne gagne qu’à l’unique condition d’avoir un plan de guerre parfaitement tracé. A chacun sa tactique néanmoins, qu’elle soit alphabétique, chronologique ou qu’elle privilégie les classements par genres, réalisateurs, acteurs ou provenances. Sur Toxic Crypt, on ne se pose pas trop de questions et nous réunissons nos bandes par communauté d’esprit, mettant côte à côte les hyperactifs du hachoir et les turbulents du crochet. On asseye sur la même banquette les décolorées romances de la Universal avec leurs peinturlurées reprises de la Hammer. On force à se tenir la main les buffet d’entrailles à la mode D’Amato et les léchouilles intimes commanditées par Jess Franco. Concernant Slaughterhouse Slumber Party, tout semble fait par Dustin Mills pour que son rejeton rejoigne le coin des garnements donnant dans le B-Movie pervers, où de siliconées bimbos sont envoyées dans les pattes, pinces et tentacules de ce que de leurs maigres comptes en banque leur permettent de s’offrir en matière de gloumoutes hargneuses. Bref, Mills avait déjà sa place toute réservée auprès des Jim Wynorski, Fred Olen Ray, Jeff Leroy et autres Joe Castro, tous habitués à faire beaucoup avec peu, et surtout tous conscient que le meilleur des effets spéciaux reste une poitrine bien ferme. Vu que Slaughterhouse Slumber Party en distribue tellement qu’il en ferait passer la pire des plages nudistes pour un défilé de doudounes, ce micro-budget (dans les 16 000 dollars selon Imdb) avait déjà sa place de parking réservée entre celles de The Witch’s Sabbath et Hollywood Chainsaw Hookers. Ce n’est pourtant pas là que l’on laissera cette soirée pyjama (mais sans pyjamas, vous l’aurez compris) prendre la poussière, préférant plutôt garder cette gaie zéderie à sa véritable place : emmitouflée avec nous, et serrée près du coeur.

 

 

Oui, par chez nous, nous sommes prêts à dormir dans les mêmes draps qu’un petit bidule anecdotique comme Slaughterhouse Slumber Party, un honneur (si, si!) que nous n’avons jamais fait aux mornifles de Carpenter, Craven, Hooper et Argento. Même si on aime aussi, ne remplissez pas la boîte mail du site de messages de haine comme si votre aventurier préféré venait de se faire éteindre sa torche à Koh Lanta. Comment expliquer que l’on se sent prêt à partager une couette avec Dustin Mills – si ses actrices veulent se joindre à nous, on ne sera pas contre – alors qu’on laisserait les géniteurs de Suspiria et The Fog ronfler sur le parquet ? C’est simple : ce jeunot sait comment parler aux siens. Soit des trentenaires eux aussi, barbus, bientôt chauves et dont l’ambition dans la vie n’est pas de voir les frontières rouvrir pour s’en aller sur les côtes espagnoles avec un masque ffp2 collé au groin, mais bien de passer leurs soirées en s’adonnant au headbanging (pas trop sauvage cependant, avec l’âge la nuque commence à grincer) sur une copie cassette audio de quinzième génération de la première démo d’Autopsy, en se disant que ce n’est pas bien grave si la quatre fromage coule sur notre short (la tache de moutarde située deux centimètre plus loin saura s’assurer que le code couleur CMJN est respecté) alors qu’à l’écran se déroule une boobs party bientôt ruinée par une sataniste mi-démone, mi-sorcière, mi-zombie. Et plutôt que de s’en tenir là et faire comme ses confrères Wynorski, Ray et DeCoteau, c’est-à-dire ne jamais dépasser le stade du blood, beast and breasts, Mills voit plus loin et décide de faire de Slaughterhouse… une vibrante lettre d’amour. Ecrite à l’encre de fiente, certes, mais une love letter tout de même.

 

 

Ne vous focalisez donc pas trop longtemps sur le pitch, d’une simplicité élémentaire, et pas loin d’être rétrograde dans sa volonté d’en revenir à des eighties où le maître mot était « fun ». Slaughterhouse Slumber Party traite ainsi de la soirée entre coupines organisée dans une sororité (ça fait plus années 80), où déboule Gretchen. Weirdo vénérant Satan (my kind of people!), elle use du Necronomicon pour se transformer en une evil witch – et donc aussi en une big bad bitch – et gâcher la fête pour les autres nénettes, stéréotypées comme il se doit. La rousse rêvant que tout le monde s’adore, la punkette pétomane capable de vomir sur commande, la goth fanatique de séries Z pourries, l’étudiante venue des pays de l’Est blasée comme il se doit, la cheftaine fêtarde comme pas deux, la timide intello qui déballe les nibards dès qu’elle a un coup dans le nez, la dure à cuire désireuse de devenir flic pour griller les noix des hommes au taser, le garçon manqué fan de catch et la hippie aux shakras super open vont donc devoir se retrousser les manches – oups, elles n’en ont pas, elles étaient déjà à oilpé depuis l’intro – et montrer à la Gretch’ ce qu’il en coûte d’empêcher des étudiantes décérébrées de se biturer. Si l’apprentie policière lui vide sans trop y songer un chargeur dans le buffet et que le reste des troupes emballent la vilaine pour mieux la balancer dans le lac le plus proche, les ennuis ne font que commencer pour notre petit monde tout en rondeurs.

 

 

Gretchen revient en effet en tant que fantôme, et donc en entité increvable, et telle une Freddy Krueger sarcastique se met à balancer des vannes tout en liquidant de la donzelle, si possible de manière folle. Transformation en requin pour couper en deux une fuyarde, explosion d’une pauvre mamzelle, jet d’urine acide à la tronche, dé de jeux de rôle enfoncé dans les mirettes… Mills n’a peut-être pas un sou en poche mais il sait tirer le maximum du peu qu’il a, les différents effets visuels étant franchement bien foutus pour une production de ce type. Et comme ses pairs tapant dans la Série B cheesy, il a pris note du caractère hypnotique des jardins secrets de ses actrices, toutes des girls next door tout ce qu’il y a de plus naturelles, transportant pour certaines quelques kilos en trop du meilleur effet, et visiblement contentes d’être de la partie. Voir le plaisir évident prit par la très choupi Haley Madison (Scarewaves, Babysitter Massacre), présentée comme la plus sexy de la troupe mais très vite salie par sa manie de péter à la face de ses amies endormies ou ses talents de vomisseuse. Et ce quand elle ne souffre pas d’une chiasse carabinée… Le ton est donnée : Slaughterhouse Slumber Party vise le rire, et éventuellement à chauffer quelques caleçons, mais certainement pas un effroi qu’il n’aurait probablement pas pu atteindre avec ses squelettes de pixels – encore une fois bien branlés pour du B budgété à moins de 20 000 brouzoufs, mais plus proches du Skeletor que combattait Musclor que d’autre-chose.

 

 

Mais on a l’oreille fine dans la crypte, et ce n’est pas parce que l’on nous agite sous le nez une armada de mamelles ou que l’on tente de nous faire tourner la tête avec des fumets de flatulences féminines que l’on n’entendra pas battre le gros palpitant de Mills. Un palpitant tout entier dédié à l’horreur indépendante, et il semble évident que le réalisateur était heureux comme pas d’eux de se lever chaque matin pour filmer une démone plonger dans le trou de balle d’une cocotte (véridique!), ou cette même demoiselle vomir aux toilettes alors que l’une de ses sisters y est en train de pisser un coup. Brisant le quatrième mur plus qu’à leur tour, Mills et ses drôles de dames ne manquent pas l’occasion de crier leurs beaux sentiments à l’égard du cinéma d’exploitation le plus misérable : en débutant par un faux trailer montrant une super nana à poil (évidemment) en train de se bastonner contre de méchants squelettes fluorescents, et en rendant la goth totalement dévouée à ce genre de cinoche, Mills pose la question des qualités réelles du grand B et du gros Z. Et cela taille forcément un peu : comme si elles parlaient du film dans lequel elles sont encastrées, les comédiennes reconnaissent ne rien comprendre à ces scripts sans queue ni tête servant de prétexte à dénuder de la teenager avinée, ne trouvent aucun charme à des interprètes sans doute trouvés dans des supérettes, considèrent les sfx comme indignes de ceux d’une Nintendo DS et que l’argent fait peut-être un peu trop défaut à l’entreprise. Mais c’est également sans se faire prier qu’elles admettent, lors d’une séance d’action ou vérité où l’on s’arrache les dents et avoue ses plus terribles secrets, que la Série Z, de par la volonté de leurs auteurs et l’amour évident qu’ils portent à leurs projets, attendrit et ne saurait être méprisée tant elle apporte détente et joie aux (bonnes) âmes capables d’en profiter.

 

 

D’ailleurs, et tant pis si on spoile (Slaughterhouse Slumber Party n’étant pas Seven, ce n’est pas gravissime), Mills, incapable de se montrer sombre et de dériver du mood enjoué de son feel good movie, décide de ressusciter toutes les mortes, comme par magie. Et la seule à ne pas revenir de l’au-delà, la vile Gretchen, était aussi la seule à se trouver incapable d’apprécier une soirée devant une bande fauchée bourrée d’angry skeletons et de tétons percés. CQFD, et on apprécie autant ce doigt d’honneur fièrement lancé à ces spectateurs trop sérieux pour s’abaisser à de primitives séances placées sous le signe du Z, que la déclaration d’amouuuw on ne peut plus sincère faite aux scream queens les plus modestes et aux pelloches dans lesquelles elles se badigeonnent de liquides visqueux. Bien entendu, à peine revenues du monde des morts et avant que le générique (du bon heavy metal catchy) ne débarque, nos nouvelles copines se lancent dans une bataille de pelochons, les seins au vent, vérifient qu’elles ont l’anus bien rond et font des prouts sur les malheureuses qui se sont endormies. Pourquoi ? Parce que Slaughterhouse Slumber Party est un bon film.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation: Dustin Mills
  • Scénarisation: Dustin Mills
  • Production: Jay Sorensen, Josh Eal, Lance Ford
  • Pays: USA
  • Acteurs: Haley Madison, J. Ania Lupa, Kayla Elizabeth, Eve Moreau
  • Année: 2019

2 comments to Slaughterhouse Slumber Party

  • Mighty Matt  says:

    J’aime la dernière phrase de ton intro… Je ne sais pas si c’est une bonne ou un mauvaise chose mais c’est typiquement le genre d’argument qui devrait me faire pencher sur un tel film ! D’autant plus que d’après tes photos choisies… On est raccords !
    Boule jaune qui fait un clin d’œil, un cœur avec les doigts et qui mate les petits boobies de ta chro !!

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