Psycho Pike

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Aujourd’hui dans Chasse et Pêche, le brochet. Mais pas n’importe lequel, et certainement pas celui de la mer Baltique se nourrissant de plancton. Celui qui nous occupe aujourd’hui se veut psychopathe – c’est le titre, Psycho Pike (1992), qui le dit – et barbote dans le lac aux eaux croupies de la Série B (qui a dit Z?) la plus impécunieuse.

 

 

Après tout, il n’y avait pas de raison que l’on s’en tienne aux requins mâchouilleurs de coques de bateau ou d’hélicoptères, aux pieuvres voleuses de poupins et aux piranhas, volants ou non. Le brochet, s’il est moins cinématographique et n’a pas tout à fait l’aura d’un bon vieux kraken ou d’un grand blanc, et qu’il se trouve être plus fréquemment la victime de pêcheurs aux ventres à bière que leur bourreau, a lui aussi le droit de voir ses yeux globuleux plaqués sur une VHS. Il lui faudra néanmoins attendre 1992 pour qu’il grossisse les rangs de la mare aux poissons connards, au fil d’une adaptation plus ou moins studieuse de The Pike, bouquin des années 80 ayant connu un faux départ question ciné à l’époque de sa sortie. C’est qu’une production « classique » (comprendre avec un minimum de fonte en poche) était prévue, la couverture du livre se vantant d’ailleurs d’une adaptation prochaine (« Soon to be a major film »). Mais faute de financement, le tournage en fut rapidement abandonné, condamnant le projet à rester empêtré dans sa matrice… et laissant la voie libre à Chris Poschun, faiseur débutant, pour ne pas dire amateur, qui reprend le thème de la poiscaille mangeuse d’homme à sa façon. C’est-à-dire en sautant la case « sortie ciné » pour directement écraser son pion sur celle en forme de K7, et on ne s’étonnera d’ailleurs guère que son Psycho Pike, seul et unique méfait à son actif, se traîne une carrure de shot-on-video.

 

 

Couleurs délavées typiques d’une vhs entrée en réanimation depuis bien longtemps (ce qui a son charme, inutile de le préciser), comédiens auxquels cette vilaine justesse fait fréquemment défaut, monstre caoutchouteux que l’on devine être une chaussette de luxe plutôt qu’un bijou de technologie, personnages loufoques et clichés (lorsque la poiscaille attaque un Chinois, il tente de s’en défaire via des prises de kung-fu ; les rednecks aux dents cariées et crades comme une cuvette de resto-route)… Psycho Pike ne nage pas tout à fait dans la même vague que Les Dents de la Mer, et ne marche pas sur le sable fin de Piranhas non plus. Quant à Poschun, s’il semble se sortir les doigts du tout-à-l’égout et s’ose même à quelques mouvements de caméra bien foutus pour du B-Movie que l’on jurerait shooté au caméscope (mais en fait non), il ne porte évidemment pas aussi bien la barbe que Spielberg et ne possède pas le sourire charmeur de Dante. Petit budget mais grandes ambitions néanmoins, car niveau script ça n’a jamais peur de tirer à la ligne. Alors que l’on pensait déjà se coltiner l’habituel pitch voulant que quelques jeunes fêtards finissent traqués par un putain de fish-tick from hell, avec éventuellement l’ordinaire maire du patelin assurant qu’il n’y a aucun danger à faire trempette, histoire d’assurer la pérennité de sa foire au boudin blanc, Psycho Pike voit plus loin et s’enfonce dans les méandres du thriller industriel. Et dans la lutte entre les locaux et les géants Asiatiques, les premiers ne désirant pas voir les seconds racheter leurs flaques et roseaux. Le pot de terre contre le pot de fer, ce dernier jouissant en outre de l’aide d’un shérif ripoux et du jeune Reg (Douglas Kidd, qui fit carrière malgré ce drôle départ), bellâtre passant, avec son meilleur ami Tim et leurs copines Rhonda et Dara, le week-end les pieds dans la vase, en vue d’y faire des analyses de l’eau locale. Pour ne pas changer, celle-ci se révèle toxique au dernier degré, et le rôle de Reg est bien sûr de falsifier des résultats trop négatifs. Ce que tout ce beau monde ignore, c’est qu’un brochet rendu mutant par la pollution chasse dans la bourbe et compte bien faire du pêcheur le pêché.

 

 

Etonnant tout de même de la part d’un low budget comme celui-ci de multiplier les personnages, les décors et les sous-intrigues, là où il lui aurait été aisé de s’en tenir à un massacre estudiantin simple et banal. Et en plus de cette partie de Monopoly pour récupérer les lieux, il y a du triangle amoureux dans l’air. Prêts pour votre quart d’heure Hélène et les Garçons ? C’est parti : Tim sortait auparavant avec Dara, qu’il aime toujours, mais celle-ci l’a largué pour Reg, meilleur pote de Tim, qui du coup sort avec la pas trop futée Rhonda. Mais lorsque Reg s’absente, Tim et Dara semblent se rapprocher à coup de bons souvenirs… De toute façons, Reg et Rhonda ne valent pas mieux, eux qui profitent du sommeil de leurs moitiés pour s’adonner à un bain de minuit, auquel le surimi meurtrier ne manque pas de s’inviter. Quasiment du AB Productions, surtout avec des dialogues taillés à la fourchette rouillées et des gags grossiers, comme les pets gras du vil shérif ou les rots du monstre lorsqu’il vient de digérer une mimine. Ne manque que les rires enregistrés… N’empêche qu’entre les manigances des puissants, les barbus locaux démembrés par le bestiau, les exécutions secrètes du shérif, ces gags indignes et ces tromperies entre gens de mauvaise compagnie, on n’a pas trop le temps de s’emmerder. Le cheesy Psycho Pike peut même surprendre dans le bon sens, au détour d’une impressionnante explosion par ici, et d’attaques, bien que ridicules, plutôt gore par là. On reste loin du gros lot, mais c’est déjà pas mal au vu des moyens employés.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation: Chris Poschun
  • Scénarisation: Chris Poschun
  • Production: Walter Wolf
  • Pays: USA
  • Acteurs: Douglas Kidd, Wayne McNamara, Sarah Campbell, Dawn Kelly
  • Année: 1992

2 comments to Psycho Pike

  • Denis  says:

    Joli, toujours un grand plaisir de te lire.

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