La Création (Zombies : The Beginning)

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« Lorsque les morts ont marché pour la première fois, ils n’avaient pas le temps pour un apéritif » nous balance l’accroche de La Création (ou Zombi : La Creazione, voire Zombies : The Beginning à l’international, 2007), ultime péché du bon Bruno Mattei. Et tant mieux si les walking deads en question désirent attaquer le plat principal sans s’arrêter devant les petits fours salés, on a toujours un peu de place pour un plat de rigatoni à la sauce purulente.

 

 

A bien y réfléchir, le capital sympathie dont aura profité Bruno Mattei tout au long de sa carrière, en tout cas chez les plus affamés des bissophages (parce que chez les autres…), tient sans doute à son caractère de monolithe de l’exploitation européenne. Tel un Jess Franco, le Nono n’a jamais vraiment arrêté de piquer une tête dans ces bassins où barbotent les cadavres grimaçants et une poignée de cannibales peinturlurés à la va-vite. Pire (ou mieux, c’est selon) : plutôt que de s’assagir et de suivre la voie d’un Michele Soavi par exemple, parti des coups de tronçonneuse du sacrément chouette Bloody Bird pour finir sa route sur les parkings mal éclairés du polar, Mattei a carrément régressé. Ainsi, plutôt que de continuer à suivre les modes éphémères (Snuff Killer et sa tentative de marcher sur les bandes magnétiques de 8mm), le réalisateur de Robowar, âgé et très affaibli par une tumeur qui l’emportera en 2007, décide dans les 2000’s de faire plaisir aux quelques nostalgiques de son art infectieux, une niche dans la niche question cinoche bis, en reprenant les armes comme si l’an 1990 n’avait jamais sonné. Women in Prison lorgnant sévèrement vers des seventies où tout était permis, surtout le plus indécent (The Jail) ; festins anthropophages piquant autant chez les copains du quartier que chez le cousin américain (le très « Deodatien » Cannibal World et le plagiat de Predator qu’est Land of Death) ; et bien sûr un retour aux cimetières les plus nucléaires, d’abord par le biais du franchement cool L’Île des Morts Vivants puis via sa suite La Création. Alors c’est vrai, les partenaires d’antan ne sont plus de la partie, Claudio Fragasso étant à la même époque trop occupé à faire croire qu’il est un génie incompris et que Troll 2 fait office de gros big mac en avance sur son temps, alors que la plupart de ses comédiens profitent d’une retraite bien méritée. Mais qu’importe : Bruno a toujours la foi, se fait épauler par un Antonio Tentori auquel on doit la sortie de terre du bis rital et une Yvette Yzon perpétuant la tradition des antiques nymphes de la Série B made in Europa. Comprendre qu’elle ne joue pas très bien mais que son joli minois passe crème à l’écran, que ses formes que l’on devine généreuses sous ses hauts serrés font bien au dos du DVD et que son exotisme pourrait rappeler aux plus anciens une certaine Laura Gemser…

 

 

Comme la miss s’est laissée passer la bague au doigt par le producteur Giovanni Paolucci, elle reprend donc du service dans Zombies : The Beginning, après avoir affronté des revenants attifés comme des conquistadores dans sa précédente aventure. En pleine errance sur les mers, elle trouve le salut dans l’arrivée d’un hélicoptère qui la conduit à l’hôpital, où elle souffre d’horribles cauchemars lors desquels elle mute en zombie aux dents crochues. Pas le temps de se remettre de ses émotion cependant, des pontes de la société pour laquelle elle et ses amis de L’Île des Morts Vivants travaillaient ne sont pas très heureux d’apprendre que le coûteux bateau qu’ils avaient mis à sa disposition a explosé sans explication valable. Et celle voulant que tout ça c’est rien que la faute à ces enflures de macchabées ambulants ne rencontre pas un grand succès auprès de ces actionnaires aux sourcils froncés… Six mois passent et Yvette (Sharon dans le film), réfugiée dans le calme d’un monastère, ne parvient toujours pas à trouver le sommeil. Et si pour balayer ces mauvais rêves elle devait affronter sa peur, et donc retourner dégommer du cadavre mangeur de chair ? Faudra bien de toute façons. D’abord parce qu’un laboratoire a besoin de son aide pour retrouver une équipe disparue sur une île, et qu’il y a sans doute un lien avec les évènements vécus par notre belle Yzon. Ensuite parce qu’on en a autant marre qu’elle de se taper ces mêmes gros plans vaguement éthérés de zombies qui ne savent pas jouer la comédie. Il est donc grand temps de sortir les pétoires avec le petit commando réuni pour l’occasion, et après une courte mise au point – façon « Là-bas y a des zombies, donc on va leur péter la tronche, ok les mecs ? » « Ouais assez parlé ! On les bousille ! » – tout ce beau monde s’embarque pour un remake inavoué d’Aliens. Ben oui, Mattei reste Mattei, et comme à la grande époque de Shocking Dark, le petit farceur derrière Cruel Jaws nous offre un copié/collé, plan par plan, de l’entrevue entre Ripley et la reine des têtes de bite.

 

 

Pas tout à fait avec le même budget que James Cameron cela dit, et aux superbes mutants de l’espace, Mattei préfère (parce qu’il n’a pas le choix) des zomblards de tradition, un nain trempé dans la graisse et avec un globe oculaire posé sur le crâne (!), des enfants à poil, à la tête conique et avec des pruneaux à la place des yeux, qui dansent au ralenti (!!), progéniture déviante d’un cerveau doté de télépathie (!!!) et désireux de remplacer la race humaine par les laiderons qui lui servent de rejetons. Une distance suffisante pour que la boîte aux lettres de Paolucci ne soit pas fourrée aux missives d’avocats fâchés, mais peut-être pas pour qu’un public connaissant ses classiques ne pense pas aux xénomorphes… Car tout y est : des marines trop sûrs d’eux bientôt décimés, des bides qui volent en éclat par la faute de bébés mutants, un envoyé des grandes compagnies aux sombres intentions et jamais contraire à une bonne vieille trahison, les traumas d’une héroïne qui en a déjà bien bavé mais se trouve forcée de repartir au front… Manque la petite blonde et le matou, ainsi que la bagarre dans un mécha avec une bestiole gigantesque devant un Lance Henriksen coupé en deux et crachant du lait demi-écrémé, mais c’est parce que le maigre budget le veut. Si Mattei avait eu le pognon, soyez certains que Goldorak et Mazinger Z étaient de la partie et que le cerveau, boss final de l’affaire, aurait la taille d’une burne de King Ghidorah. Reste que les comptes restent désespérément dans le rouge… et c’est peut-être heureux. Car comme tous les faiseurs de B-Movies ne disposant pas des fonds nécessaires à la création d’une œuvre à même de rivaliser avec ses modèles, Mattei et Tentori doivent improviser et changer leur fusil d’épaule. Si La Création ne compte jamais ses cartouches et remplit son devoir de petit soldat du bis transalpin en faisant exploser le juste nombre de caboches décomposées, il marque surtout des points dans un domaine dans lequel on ne l’attendait pas forcément : l’horreur putride.

 

 

Certes, Mattei n’a jamais été réputé pour ses romances à l’eau de rose, avec des couples qui s’effleurent les lèvres alors que les cygnes virevoltent à l’arrière-plan, son truc étant plutôt les catfights à coups de jets d’excréments dans les plus grises des geôles. N’empêche, plutôt qu’avec le sentiment que son œuvre se veut sordide, on ressortait systématiquement avec l’impression que bonhomme avait à coeur de divertir son audience et compiler pour elle les passages obligés des genres sur lesquels il se penchait. La donne s’inverse dans La Création, jamais en manque de pétarades et de déflagrations (surtout lorsque Mattei, irrécupérable, insère des money shots issus d’autres films), mais dont on garde surtout la crasse et la pestilence. Elles semblent plus écœurantes qu’à l’accoutumée, ces balades dans une morgue où gisent des femmes en pleine mutation, et au plafond de laquelle sont attachés des corps enfermés dans des sacs mortuaires. Et on flirte quasiment avec le body horror répugnant lors de ce climax improbable, rencontre entre une Yvette décidée à jouer du lance-flamme et le cervelet à la base de tous les maux du monde. La salle où se déroule la lutte finale se trouve transformée en une couveuse mycosique, où des malheureuses collées aux murs se font arracher leurs bambins à même le bide, par des tuyaux métalliques. De quoi rappeler les graphismes délirants de certains groupes de death metal, et rajouter une aura d’extrême à ce qui devait, à la base, n’être qu’une simple version terreuse et pleine d’asticots d’Aliens. Le coup porte en tout cas, et fait oublier que Mattei, devenu trop conscient qu’il doit sa légende à ses maladresses passées, trébuche parfois volontairement. La naïveté des débuts et les bévues spontanées laissent quelquefois place à des chutes calculées, à des techniques autrefois nécessaires pour cacher la misère (les stock-shots) désormais devenus des gimmicks pensés pour amuser la galerie (USS Alabama se fait piller sans que cela soit nécessaire). Tel l’antique Video Gag de TF1, où des pères de famille bedonnants tombaient d’eux-mêmes de la balançoire du petit dernier pour finir le cul dans la boue, dans l’espoir de soutirer un rire gêné à Bernard Montiel, Mattei glisse à dessein sur les peaux de bananes. Rien d’impardonnable là-dedans au fond, d’autant que personne ne se sera enrichi avec La Création. Si ce n’est le spectateur, diverti comme il se doit. Mais c’était, là encore, une habitude du Bruno…

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation: Bruno Mattei
  • Scénarisation: Antonio Tentori, Giovanni Paolucci
  • Production: Giovanni Paolucci
  • Titre original: Zombi, La Creazione
  • Pays: Italie
  • Acteurs: Yvette Yzon, Alvin Anson, Paul Holmes, Gerard Acao
  • Année: 2007

2 comments to La Création (Zombies : The Beginning)

  • freudstein  says:

    Tout à fait d’accord,sur le fait que « le cinéma » de BRUNO MATTEI est fait pour divertir et aussi amasser quelques brouzoufs quand même….Lui seul était quand même capable de filmer, au plan près,des hits du box-office,ici en l’occurence,ALIENS…En tout cas je m’ennuie rarement avec ses films et je dirais même qu’il me file la banane,tant je me suis marrer à les mater et à noter chaques réfèrences!

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