Honeymoon Horror

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Toujours en quête de fêtes à saborder et de grands jours à torpiller, le slasher finit par s’attaquer aux lunes de miel via Honeymoon Horror (1982), tordant par la même occasion le cou à l’idée reçue voulant que, dans le genre, le sexe avant le mariage équivaut à un aller simple pour le charnier. Et pas en première classe, ce seul et unique méfait du Texan Harry Preston rejoignant, on s’en doutait, la division des psychokillers sans le sou et donc particulièrement cheesy.

 

 

Elaine est une vilaine fille. Non pas parce qu’elle a de faux airs de Ségolène Royale (même si cela ne plaide pas forcément en sa faveur non plus, entendons-nous bien), mais parce qu’elle attend que son mari Frank ait le dos tourner pour filer rejoindre le meilleur ami de ce dernier, Victor, et consommer un adultère, de plus en plus ardent. En effet, le cocu a trouvé ses cornes et n’apprécie guère que Madame se love dans d’autres bras que les siens, ce à quoi elle répond en lui brisant une bouteille d’alcool sur le crâne et en le laissant prendre feu lorsqu’il tombe sur une lampe à huile. Libre de batifoler avec qui elle veut, quand elle veut et où elle veut, la veuve décide néanmoins de s’accrocher à son Vic et de rester sur l’île que possédait son défunt époux. Une fois remariée, Elaine entreprend de faire de la péninsule un gigantesque gîte, spécialisé dans les lunes de miel (la sienne était si réussie…), les jeunes couples pouvant découvrir leurs zones érogènes dans le calme de cette nature où l’on ne croise que les propriétaires, leur homme à tout faire un peu con et leur femme de ménage/cuisinière. De vous à moi, si d’aventure vous passez la bague au doigt à l’amour de votre vie, mieux vaut aller chercher des matelas vibrants ailleurs que sur cette Honeymoon Island. Parce que Frank hante toujours les lieux et va prouver à son petit monde qu’il sait comment manier une hache, évidemment. Mais aussi parce que les lieux n’ont aucun charme, au point que, l’un dans l’autre, passer un week-end chez Elaine et Victor ou vous enfermer dans votre abris de jardin pour y échanger vos fluides corporaux sur la tondeuse à gazon, c’est du pareil au même. On ne peut pas dire que les extérieurs soient particulièrement enchanteurs, ni que les cabines – en fait toujours la même, modifiée d’une scène à l’autre pour faire l’illusion – fassent office de suites de luxe. C’est néanmoins là que trois couples fraîchement mariés vont consommer leur mariage tout frais, donnant à Frank de nouvelles occasions de hacher de la donzelle.

 

 

Honeymoon Horror est un premier (et dernier) film et ça se voit, Harry Preston, tel un apprenti répliquant les gestes de son maître de stage, ne s’aventurant jamais au-delà du terrain de jeu du premier Vendredi 13. La maîtrise en moins évidemment, Preston ne profitant pas d’un Tom Savini pour assurer ses arrières question effets spéciaux, rares et plus proches d’une version fauchée de Blood Feast, déjà pas un blockbuster en la matière, que de l’ingénieux massacre. Un peu de liquide rougeâtre coulant le long de l’écorce des jeunes filles bosselées par cette face de cloques de Frank et emballez c’est pesé, le summum du trash de Honeymoon (nom français pour la sortie en vhs dans nos contrées, sous-titré Suspense au Texas) étant des membres arrachés et une hache plantée dans un front. Toujours ça de pris, mais il paraît vite évident que notre petite Série B du soir ne marquera pas ses points en éclaboussures sanguines. Et pour tout dire, elle n’en marquera pas tout court. Certes, ça réplique à l’exacte les méthodes des grands anciens, au point de reprendre la scène de la douche de Psychose et de ne dévoiler de Frank que sa main croûteuse, qui écarte des branches de buisson pour mieux lorgner sur ses futures victimes, qu’il observe le souffle lourd. Mais copier n’est pas gagner, surtout lorsque l’on se trimballe une facture technique à la rue, en particulier concernant la post-synchro. Les prises de son originelles n’étant à priori pas satisfaisantes, certains personnages furent doublé en post-prod, sans que leurs nouvelles voix collent avec les véritables. Ce qui donne un personnage comme Jeff, jeune marié au look de pornstar 80’s, muni d’un timbre presque rauque et assuré une scène, et blablatant comme un jeune à moitié endormi la suivante. Dans ces instants, la crédibilité de l’ensemble, déjà malmenée par un filmage digne d’un débutant, ce que restera Preston, se trouve pulvérisée.

 

 

On pressentait de toute façon la qualité médiocre de Honeymoon Horror dès l’apparition de son titre, quasi-illisible car quasiment de la même couleur que les flammes crépitant à l’arrière-plan. Rarement la marque des grandes œuvres… Mieux vaut donc avoir en stock une grosse dose de tendresse pour le low budget avant de se rouler sous la couette de Preston, son unique méfait ne pouvant satisfaire qu’un public acharné de slasher. De ces gus ne cherchant pas nécessairement un carnage efficace, capables d’apprécier au même niveau les poussées de violence que les jacasseries les plus idiotes (ça vous dit de passer une minute sur la méthode pour faire du bon café?), de s’extasier autant pour les coups de poignard entre les omoplates que pour ces longues séquences ne servant qu’à meubler (cet interminable passage voyant Victor apporter leurs plateaux-repas à ses hôtes). Si vous ne rentrez pas dans cette catégorie, les chances seront alors fortes pour que vous ne voyez en Honeymoon Horror qu’un triste train fantôme dont les rails ne mènent nulle-part, même pas généreux question boobs, plus misogyne que la moyenne puisque seules les femmes sont visées par notre grand brûlé, et à l’interprétation bancale, certains s’en sortant avec les honneurs (Elaine est plutôt bien interprétée) alors que d’autres (les soi-disant teenagers principalement) ne vendraient pas la bio de Trump à un membre du Klu Klux Klan.

 

 

Pire, le temps pourra sembler long à une audience goûtant peu les vieilles croûtes de fromage du B-Movie cheapos, Preston peinant à finir son affaire, qui s’éternise encore dix bonnes minutes après le coup de folie de Frank. Tout ça pour quoi ? Pour montrer deux flics bons à rien, le genre à tenter d’avaler un hamburger tout en fumant un gros cigare, faire leur show humoristique, Honeymoon Horror ne se prenant de toute évidence pas trop au sérieux. Reste que si votre truc c’est l’épouvante de Monsieur Tout-Le-Monde, tournée entre gens de bonne compagnie en quelques jours à peine avec un équipement bon marché, dont la vibe général serait à rapprocher de l’oeuvre de Don Dohler, alors Honeymoon se montre presque attachant. Parce que comme la plupart des films d’exploitation du début des 80’s, il entretient un mood très seventies, et que son caractère à la frontière de l’amateurisme lui permet d’effleurer un certain vérisme. Reste que le tout ne semble jamais dangereux, ou qu’à l’extrême inverse il ne se hisse jamais au rang des so bad it’s hilarious, ce voyage de noces où l’on sabre le champagne à la machette rouillée se coinçant dans un inconfortable entre-deux. Dommage, ça aurait pu être vraiment fun.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation: Harry Preston
  • Scénarisation: Harry Preston, L.L. Carney (histoire)
  • Production: Nick Calpeno
  • Pays: USA
  • Acteurs: Cheryl Black, Bob Wagner, Paul Iwanski, Bill Pecchi
  • Année: 1982
Tags:  , ,

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