Dr. Jekyll vs. the Werewolf (Doctor Jekyll y el Hombre Lobo)

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En grand romantique qu’il était, Paul Naschy a toujours aimé l’épouvante à l’eau de rose et n’en finissait dès lors plus de se disputer à lui-même les faveurs des chicas les plus hot du bis ibérique. A lui-même parce que son plus grand rival restait le côté le plus velu, et donc animal, de la personnalité de notre cher loup-garou. Mais rajoutez dans l’équation un Dr. Jekyll gentil comme tout, un Hyde trouvant son plaisir dans la torture d’autrui, une assistante jalouse et le riche époux de la blonde Shirley Corrigan, et le triangle amoureux vire à l’octogone.

 

 

Monstrueuse parade à lui tout seul, Paul Naschy – ou Jacinto Molina selon votre préférence – n’eut, on le sait, de cesse de rajouter de nouveaux traits ténébreux à son monstrueux catalogue : momie, sataniste décapité, bossu maniaque, le sardonique Fu Manchu, le comte Dracula, le bien réel Dr. Petiot, inquisiteur zélé, l’homme-loup bien sûr et même Satan… à deux reprises ! Et lorsqu’il n’incarne pas ces children of the night venus hululer sous les balcons des jeunes vierges qu’ils s’apprêtent à kidnapper, il les combat lors de crossovers à même de faire pâlir une Universal pourtant pas en reste en la matière. Waldemar Daninski, son Waldemar, fit donc quelques croche-patte aux vampires, comtesses Bathory de fortune et autres créatures de Frankenstein au fil de monster mash parfois maladroits, constamment naïfs, mais systématiquement volontaires. A ce beau tableau de chasse ne semblait manquer que le multiple Dr. Jekyll, savant respecté le jour, surineur de femmes légères la nuit. Inutile de dire que le vicieux Hyde se devait de rencontrer le malheureux Waldemar, l’un et l’autre changeant de caractère comme Elizabeth Taylor change de compagnon. C’est-à-dire souvent. Ils ont donc des choses à se dire… A León Klimovsky, déjà réalisateur de La Furie des Vampires (1971), d’organiser la rencontre au sommet, avec bien sûr Naschy au scénario pour tirer les ficelles des pantins morbides qu’il ne manque bien sûr pas d’incarner. Doctor Jekyll y el Hombre Lobo (1972) lui permet même de donner dans le deux-en-un, le pauvre Waldemar, déjà maudit par le signe du pentagramme et donc condamné à reprendre du poil de la bête lorsque scintille la belle Séléné, se voit administré le sérum du Dr. Jekyll, ce qui réveille la part diabolique cachée au fond de son âme, et donc son Hyde personnel…

 

 

Comment en sommes-nous arrivés là ? Par la grâce d’une (pleine) lune de miel partant sacrément du mauvais pied : puisqu’il a des racines en Transylvanie, le riche Imre Kosta (José Marco, Terreur dans le Shangai Express) décide d’aller roucouler sur place avec sa conquête Justine (Shirley Corrigan, Au Service du Diable) et d’en profiter pour se recueillir sur la tombe de ses parents. Pas la meilleure des idées, des bandits parcourant les environs, tout comme un lépreux, fait majordome d’un certain Waldemar Daninsky, noble que l’on dit démoniaque car élevé par une prétendue sorcière. Comme la Transylvanie est toujours aussi malfamée en 72 qu’à l’époque du noir et blanc, Justine croisera tout ce beau monde en quelques minutes à peine, d’abord effrayée qu’elle est par le lépreux, ensuite horrifiée par l’assassinat de son mari, poignardé jusqu’à ce que mort s’en suive par les rôdeurs. Heureusement que Waldemar intervient pour la sauver d’un viol, sa seule force suffisant à liquider deux des malotrus. Les survivants crient bien sûr vengeance, et promettent de tomber sur le maître des lieux une fois la nuit tombée. Une tactique loin d’être payante puisque Waldy devient Wolfy et leur montre ce qu’il en coûte de tirer la queue du grand méchant loup. Comme Naschy se charge du script et qu’il ne rêve que de lendemains chantants, Justine oublie sans tarder son défunt Imre et tombe dans les bras du colosse au grand coeur, lui promettant de le tirer jusqu’à Londres pour qu’il y rencontre son meilleur ami, le Dr. Jekyll (Jack Taylor, habitué d’Amando de Ossorio vu dans le nautique Le Monde des Morts-Vivants). Celui-ci récupéra et améliora les recherches de son célèbre aïeul, et pense que si l’on injecte sa concoction à Waldemar durant la pleine lune, la personnalité déviante de Hyde prendra le dessus sur le lycanthrope et il suffira ensuite de lui donner un antidote pour que le bien triomphe du mal.

 

 

Ne cherchez pas la plus petite gouttelette de logique dans ce charabia qui ne trouve de sens que dans la bouche de Jack Taylor, ces considération mi-philosophiques mi-scientifiques, où l’on tente de sonder l’âme humaine à coups de potion magique, tenant de l’excuse plus ou moins grossière pour que Waldemar renferme deux monstres sous son torse de lutteur : le loup-garou et le sinistre Hyde. Les plans du brave Jekyll, amoureux fou de Justine, tomberont de toute façon à l’eau lorsque son assistante Sandra (Mirta Miller, La Vengeance des Zombies) s’en mêlera. Parce qu’elle est malheureuse de voir que le docteur dont elle s’éprend n’a d’yeux que pour Justine, mais aussi parce que Naschy a bien compris qu’un bon film d’horreur ne saurait se finir dans la joie, la bonne humeur et les macarons à la framboise. Il peut tout de façon bien écrire ce qu’il veut, on paye notre place pour voir un maximum de freaks en un minimum de temps. A ce petit jeu, difficile de faire mieux que les quarante première minute, véritable festival où chaque brin d’herbe effleuré entraîne son lot de rencontres surnaturelles ou néfastes. Certes, le titre trompe sur la marchandise puisque la tant attendue bataille de schizophrènes entre Jekyll/Hyde et Waldemar n’aura jamais lieu, Hyde étant Waldemar. Mais l’idée de rendre plus monstrueux encore, et donc plus létal et par ricochet malheureux, un Daninsky déjà pas gâté d’ordinaire a de quoi pousser au déplacement.

 

 

Et si l’affaire peut souffrir de sa sottise – le Naschy traversant le swinging London en Hyde, avec sa cape et sa canne d’un autre âge, évoque plus un Jacquouille la Fripouille perdu dans les couloirs du temps que l’ombre assassine en quête d’une proie à éventrer – Dr. Jekyll vs. The Werewolf sait aussi sortir grandi de son caractère nigaud. Car bête ou maligne, une léchouille supplémentaire de Naschy garde toujours la juste dose de dénudé (si Justine doit supporter la morsure de Waldemar, elle goutte aussi à celle du fouet d’un Hyde tortionnaire), de violence écarlate (crâne défoncé à la pierre, empalement sur des pointes) et réjouit de par son ardeur compilative. S’installer devant un Naschy revient en fait à feuilleter un vieux fanzine sur le fantastique ou les premiers grimoire de Jean-Pierre Putters : d’une page à l’autre on navigue des revenants rongés par les vers aux envahisseurs démesurés, et d’un plan au suivant Naschy change de costume pour remplacer le bestial démon par un fourbe diablotin. En outre, et ce en bonne partie grâce à un Klimovsky inspiré, l’ensemble, enlevé, finit par être l’une des meilleures entrées dans la saga Daninsky. Que vous soyez porté sur le duvet ou les gentlemen égorgeurs, aucune raison de se priver de ce classique mineur mais bien cuit de l’euro-bis des seventies, en somme.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation: León Klimovsky
  • Scénarisation: Paul Naschy
  • Production: Arturo González
  • Pays: Espagne
  • Acteurs: Paul Naschy, Jack Taylor, Shirley Corrigan, Mirta Miller
  • Année: 1972

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