VFW

Category: Films Comments: 4 comments

Lorsque le magazine culte Fangoria s’associe au réalisateur de l’alienesque Almost Human (2013), on se doute que ce n’est pas pour rebooter La Petite Maison dans la Prairie. VFW (2019), c’est même plutôt le petit bar dégueu dans la gouttière aux camés assassins. Et il serait mentir que de prétendre que ça nous dérange.

 

 

De Joe Begos, nous gardons le souvenir de son Almost Human noirâtre chassant sur les terres des petits hommes verts pervers, façon Inseminoid et Xtro. Une sorte de feel bad horror movie pas tout à fait satisfaisant et sur lequel on sentait que son très jeune auteur avait encore du mal à marcher droit. Rien de honteux néanmoins, et c’est sans préjugés que nous avons posé les pattes sur un VFW à l’honorable réputation, d’autant que l’ami Adrien de Perdu dans la 5ème Dimension recommanda la bête à votre serviteur. Grand bien m’en prit, Begos ayant abandonné son blues from outer spaceAlmost Human était déprimant comme une aprem’ passée devant une course de Formule 1 – pour un bon coup de tournevis dans les trous de nez. Parfois présenté comme une mixture entre le très grindhouse Hobo with a Shotgun et les jamais vraiment convaincants The Expendables, VFW n’essaie jamais d’être plus que ce qu’il est réellement, c’est-à-dire une Série B prenant pour socle les saintes eighties. Comprendre que tout cela aura un arrière-goût de salive de Carpenter, que les synthé minimalistes mais accrocheurs se glisseront dans les enceintes, que le casting sera composé de tronches ayant un jour ou l’autre fait la joie de vos soirées vidéo, que ça va foncer dans le tas et faire virevolter les lames rouillées, et que le pitch s’en tiendra au strict minimum. Jugez-en vous-même : dans un quartier abandonné par les forces de l’ordre et ravagé par la Hype, nouvelle drogue dure particulièrement efficace pour vous griller les quelques neurones que vous aviez encore en stock, le plus gros dealer du patelin Boz (Travis Hammer) se fait piquer sa réserve de came par Lizard (Sierra McCormick), demoiselle vexée que le brigand vienne de pousser sa sœur au suicide. Puisque la dope vaut plusieurs centaines de milliers de dollars sur lesquels Boz comptait pour s’extirper de la gouttière dans laquelle il végète, il envoie son bataillon de junkies aux trousses de Lizard, réfugiée au VFW, bar réservé aux anciens combattants tenu par Fred (Stephen Lang, Avatar, Don’t Breathe). C’est d’ailleurs son anniversaire au bon Fred, qui reçoit pour l’occasion la visite de ses vieux amis Walter (William Sadler, Die Hard 2), Abe (Fred Williamson, Black Caesar), Lou (Martin Kove, Karaté Kid et Steele Justice), Doug (David Patrick Kelly, The Crow et Les Guerriers de la Nuit) et Z (George Wendt, Edmond et King of Ants de Stuart Gordon, House), tous assez mécontents de découvrir que leur tanière se trouve encerclée par des sniffeurs de colle, armés de machettes et autres objets contondants… A la guerre comme à la guerre comme on dit, et nos papy de faire de la résistance et prouver qu’ils ont encore quelques cartouches en réserve.

 

 

Années 80 qu’on vous disait, Joe Begos, petit jeunot de 32 ans à peine, ayant bien évidemment à coeur de reproduire les charmes et contours des bandes devant lesquels il s’installait le week-end. Un poster de Brainscan placardé par ici, une dope évoquant le Nuke de Robocop 2, un script piquant quelques lignes à Assaut, un retour à un gore in your face évitant l’utilisation des CGI, des éclairages écarlates ou bleutés là encore d’un autre âge… Si l’on se la jouait psychologues de comptoir, on verrait en VFW, et en cette poignée de vétérans aux os qui grincent en pleine baston contre des hippies fous, la résistance du vieux contre le neuf, et donc de la Série B à papa contre les produits pensés « jeunesse ». A travers ses ancêtres certes un peu inquiets à l’idée de passer la nuit dans la tombe, mais heureux à celle de pouvoir faire parler la poudre une dernière fois, Begos crie son amour sans limite pour un cinoche décomplexé. Celui où l’on tape du poing sur la table avant de parler, et où l’on ravage des mâchoires à coups de genoux dans une hargne communicative. En ces instants, le cinéma d’exploitation reprend son caractère cathartique, épouse à nouveau des instincts primaires en perdition dans le genre, attaqué par l’elevated horror et ses études sociologiques. Aucune chance de prendre VFW pour Grave, et aux réflexions sur la société, Begos préfère le plaisir simple mais palpable du film de siège visant la jugulaire. Voire du survival crado, nos anciens soldats repeignant les murs à la scie circulaire ou au fusil à pompe.

 

 

Le petit plus vient néanmoins d’une distribution particulièrement solide, faite de comédiens vieillissant mais connaissant leur métier comme leur poche urinaire, conscients que les années à venir seront les dernières, et donc heureux comme tout de reprendre les armes pour se tailler des steaks dans le bide de drug addicts. Une alchimie naturelle se crée aisément entre eux, au fil de souvenirs antiques de chattes poilues croisée sur tel front, et de directs envoyés dans les dents et scellant à jamais des amitiés on ne peut plus viriles. Presque touchant en un sens, et plus efficace en la matière que les trois Expendables réunis. Alors que l’on n’aurait pas nécessairement parié sur lui il y a quelques années de cela, Joe Begos, en effaçant de la surface cette pichenette de petite fille vendue comme un coup de coude de camionneur polonais qu’était Green Room, vient peut-être de prendre la pole position pour reprendre l’héritage du B-Movie ancestral. Et c’est en toute logique que l’on attend de voir ce que le gaillard va nous proposer dans les années qui viennent…

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation: Joe Begos
  • Scénarisation: Max Brallier, Matthew McArdle
  • Production: Josh Ethier, Amanda Presmyk, Dallas Sonnier
  • Pays: USA
  • Acteurs: Stephen Lang, William Sadler, Fred Williamson, Martin Kove
  • Année: 2019

4 comments to VFW

  • Mighty Matt  says:

    Cool chro mec !
    Ça me donne bien envie tu t’en doutes, surtout que j’ai une affection toute particulière pour George Wendt… Allez hop, en file d’attente !

  • Roggy  says:

    Egalement très envie de voir ce nouveau Joe Begos. Il se trouve que j’ai vu son film précédent « Bliss » très différent de « Almost human » et visiblement de ce dernier essai. Tourné en 16 mm avec effet vidéo, « Bliss » suit l’errance d’une jeune peintre dans un film saturé d’images et de sons. Un film très clivant qui part sur l’horreur et le gore et en a énervé plus d’un à l’Etrange festival. Une expérience quoi.

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