Nezulla, The Rat Monster

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Des militaires portant le masque à gaz, une population touchée par un virus et crachant ses poumons dans un gymnase transformé en mouroir, des médecins en pleine crise de nerf, des infirmières en première ligne et bientôt infectées à leur tour… Ne zappez pas, vous n’êtes pas sur BFMTV mais dans Nezulla, The Rat Monster (2002), petit glaviot méconnu donnant dans le japanese monster mais lorgnant sérieusement du côté de Jim Wynorski et David DeCoteau.

 

 

Fort peu célébrée par chez nous, l’étiquette Tokyo Shock soulève par contre quelques caleçons au pays du Soleil Levant. Ceux des accrocs à un cinéma aux velléités commerciales minimes et misant, comme de juste, principalement sur des geysers de sang effleurant les nuages et un érotisme à base de demoiselles shinobis faites prisonnières par les shoguns les plus pervers. En la matière, le label prouva avec ses The Story of Ricky, Tokyo Gore Police et autres Versus que l’on pouvait compter sur lui s’agissant de faire voltiger les caboches décapitées et les fifilles aux vagins remplacés par des mâchoires de crocodiles. Des bons gars, quoi. Surprise, le Nezulla – mélange évident entre « nezumi », soit « rat » en japonais, et « Godzilla » – que tourne pour eux le très peu prolifique Kanta Tagawa (deux films et pouf, c’est la combustion spontanée) ne s’aventure ni dans des contrées où les soutiens-gorges se dégrafent d’eux-même, ni dans les rivières écarlates puisque le liquide vital s’y fait rare. Par contre, si votre truc c’est de vous tirer la nouille pendant le décompte des morts du Covid-19 au JT de midi, vous risquez fort de retrouver vos petits dans The Rat Monster, dont l’épouvante ne se limite pas à son bestiau caoutchouteux. Malades à l’article de la mort enfermés dans une pièce plongée dans le noir pour qu’ils ne contaminent pas le reste de la population, blouses blanches dépassées par la situation, soldatesque plantée dans les rues et tirant à vue sur les pestiférés… Une version extrême, bien que sans « confinés » en pleine séance de barbecue sauvage et ces piques-niques en mode collé-serré dans les parcs au son de Dalida, mais de quoi rappeler que l’époque reste plus favorable à la distanciation sociale qu’à l’échange de postillons. Si votre souhait du soir, c’est de vous caler devant une Série B décérébrée apte à vous relaxer le sphincter et envoyer au loin les préoccupations liées au Corona, Nezulla ne sera pas votre meilleur copain, c’est un fait.

 

 

Comment nous en sommes arrivés là, d’ailleurs ? La faute à l’armée, toujours dans les bons coups et jamais à une expérience malheureuse près. Vous savez comment ça se passe, on veut créer des super soldats résistants aux pires bactéries et autres attaques chimiques, on injecte la peste à des souris de laboratoire et on n’a pas le temps dire « ouagadougnouf » que l’on se retrouve avec une rate humanoïde et mangeuse d’hommes sur les bras. En plus de becter du scientifique et de vider entièrement le laboratoire où elle naquit, la bestiole a aussi contaminé les quartiers environnants. Paniquée à l’idée que l’on découvre le pot aux roses, l’armée dépêche sur place quelques bidasses dont la mission est simple : faire péter le cul de Nezulla au mortier et récupérer des échantillons sanguins en vue de concocter un remède au virus qu’il transmet. Plus facile à dire qu’à faire, d’une part parce que nos pros de la guerre déboulent sous-armés, l’un de ces petits génies ayant oublié de vérifier que les mitraillettes étaient bien rangées dans les bons cartons ; d’une autre parce qu’une traître s’est glissée dans l’équipe et a pour but de tout faire sauter en vue d’effacer toutes les preuves. Comme tout ce beau monde a des ordres contradictoires et qu’ils sont aussi doués pour la coordination que Gilbert Montagné l’est pour la peinture à l’eau, nos cons du jour se retrouvent enfermés sur place avec peu de munitions dans les popoches, un campagnol mutant au derche et une bombe à quelques heures du grand boum badaboum. Y’a des jours comme ça où l’on ferait mieux de rester chez soi à regarder Jean-Pierre Pernault s’extasier sur la cueillette du bolet dans La Creuse…

 

 

Nezulla The Rat Monster, on l’a dit plus haut, fait de son mieux pour reprendre à son compte la méthode américaine, et qui ne songe pas au moins une fois à Creepozoids à la vue de cette dératisation musclée ferait bien de retourner à l’Université Damien Granger pour y réviser les bases. Voire à l’Académie David Didelot pour y réciter ses leçons en italien, puisque l’on peut songer aux méfaits d’un certain Bruno Mattei à la vue de ces militaires pas bien finauds, jouant souvent mal et en plein bras de fer avec un tas de latex d’un autre âge. Les mêmes persos, les mêmes décors faits de remises abandonnées et décorées de vieux cartons vides, les mêmes éclairages bleutés virant au rosé lorsque le mad monster sort de son trou, le même gore pas trop salissant qui part dès le premier coup de serpillière… Du déjà-vu ? Ce serait le cas si Kanta Tagawa n’avait pas décidé d’injecter une large dose de bons sentiments dans son affaire, ainsi qu’une grandeur d’âme toute nipponne. Oubliez le défilé de seins siliconés que n’auraient pas manqué d’organiser Wynorski, DeCoteau ou Fred Olen Ray, Nezulla n’a pas de poitrine mais un coeur gros comme ça. Culture du sacrifice, sentiments échangés avant que la mort ne s’en mêle, amitié virile, promesses d’outre-tombe, courage tardif mais salutaire : Tagawa dramatise à outrance, sort les violons (la bande-son n’est pas mauvaise, cela dit en passant) et se fait aussi pompier qu’une chanson de Lara Fabian, au risque de collectionner les moqueries des plus cyniques. N’empêche que cette grosse louchée de crème chantilly rafraîchit plutôt dans un genre d’ordinaire calibré sur la règle des 3B : blood, beast and breasts. Tagawa rajoute du love dans l’équation, quitte à en faire trop en la matière, mais au moins sa petite tentative cheesy s’en trouve moins anecdotique qu’elle aurait dû l’être. De quoi compenser le manque d’énergie de l’ensemble et faire oublier une réalisation volontaire mais jamais ébouriffante. Pas mal donc, à condition de ne pas trop en attendre.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation: Kanta Tagawa
  • Scénarisation: Kanta Tagawa
  • Production: Keisuke Goto, Tadashi Yamamoto, Eisuke Ishige
  • Titre Original : Saikyôjû tanjô Nezura
  • Pays: Japon
  • Acteurs: Daisuke Ryû, Yoshiyuki Kubota, Mika Katsamura, Ayumi Tokito
  • Année: 2002
Tags:  , ,

2 comments to Nezulla, The Rat Monster

  • freudstein  says:

    La bêbêtte,c’est style Keiju Eiga? ou c’est une marionnette…Dommage que ce ne soit pas un délire façon « STORY OF RICKY »,parce que là…je fonçais direct!!!

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