La Bimba di Satana (Satan’s Baby Doll)

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Mario Bianchi avait de qui tenir si l’on en croit sa généalogie : d’après les RG, fils de Roberto Bianchi Montero (entre milles choses, le bon giallo La Peur au ventre), à la filmo barrée d’un gros X surtout… Parmi des titres hauts en couleur, j’avais été harponné par un Sexy Killer prometteur (1997) : j’y prédisais les parfums du thriller italien marié au porno 90’s. Mais après vérif’, rien à signaler de plus que des enfilades bourrines et viandardes…. Pendant plus de 2H30 en plus ! Même chose avec ce Lucretia – una stirpe Maledetta (ou L’Héritage de Lucrèce Borgia par chez nous) : les charmes de l’histoire italienne et les frasques de la famille Borgia ? Tu parles, Roberto Malone dans ses œuvres surtout, et les costumes n’y changent pas grand-chose…

 

 

D’un inventaire long comme le bras, on retiendra tout de même L’Infermiera di Campagna (rebaptisé Emanuelle in the Country, 1982) : faux Black Emanuelle et sexy comédie des familles dans laquelle Laura Gemser incarnait une doctoresse qui donnait des chaleurs à tous les mâles. Et puis The Murder Secret en 1988 – dans cette drôle de série des Lucio Fulci Presenta (les vidéophiles se souviennent sûrement de la cassette Kara Film). Pas mal, sans plus. Attention, la chanson n’est pas la même avec ce Satan’s Baby Doll : alias La Bimba di Satana en VO – ou Orgasmo di Satana si l’on choppe la version X… ce qui est notre cas. Nous sommes alors au début des 80’s, les écrans sont devenus écarlates (Fulci and Co.), et l’on ose même montrer du cul full frontal. Pourvoyeur jusque-là de quelques comédies sexy, Gabriele Crisanti sent la bonne odeur de la lire et le gars enfile alors quelques productions pas piquées des vers : de celles qui outrepassent gaiement les frontières du bon goût et marchent dans la putasserie avec entrain. Au final, une demi-douzaine de titres seront tournés entre 1979 et 1982 (le plus célèbre peut-être, Le Manoir de la Terreur), tous sublimés par la bellissima de la Crisanti factory : Mariangela Giordano j’ai nommé, MILF géniale de l’horreur craspec, promise à tous les vices et à tous les supplices dans les films de la série. Une « Scream Queen de no’ altri raconta » comme le disent les gens de Nocturno, empalée par le sexe dans Patrick vive ancora, coupée en deux dans Giallo a Venezia (littéralement), croquée par la poitrine dans une séquence fameuse du Manoir de la Terreur… Quelle époque bon sang, et quelle audace tout de même : de l’Elvifrance sur écran en un mot, ou de l’Edifumetto si l’on veut rester en Italie. D’autant qu’à chaque fois, les films tirent méchamment sur la fesse – même Le Manoir de la Terreur quelque part, ce qu’on oublie trop souvent.

 

 

Bref, la doxa est à peu près toujours identique dans l’usine Crisanti : un casting réduit à peau de chagrin, des scénarios sans queue (!) ni tête (signés ou cosignés Piero Regnoli), d’improbables dialogues, les mêmes décors bien souvent (la belle demeure du Manoir de la Terreur : la Villa Parisi à Frascati, dans le Latium), une mise en scène anémique et un montage brouillon… Mais toujours avec ce grain de folie qui transfigure un matériau pauvret en instants singuliers – voire poétiques -, à force de maladresses, de cruauté gratuite et d’érotisme crapuleux. Un ton et un parfum unique dans le ciné bis italien, de ceux qui nous font aimer le genre avec passion et gourmandise. Ouais, ça mériterait presque un petit dossier tout ça : avis aux amateurs.

 

 

Bienvenue dans le monde de Gabriele Crisanti donc, et bienvenue dans La Bimba di Satana – film terminal du cycle si l’on peut dire (1982). Toute ressemblance avec le plus ancien Malabimba (1979) n’est pas coïncidence – mise en boîte par la même équipe globalement -, au point que La Bimba di Satana peut facilement passer pour un remake : même famille dégénérée, même histoire de possession, même décor d’un castel lugubre, même jeune fille en chaleur et même béguine dévorée par le désir (Mariangela Giordano, encore et toujours…). On préférera d’ailleurs l’original, plus vicieux peut-être, sans compter la performance d’une Patrizia Webley complètement déchaînée… Malabimba, c’est le haut du panier si l’on cause des productions Crisanti… version X bien entendu. Mais revenons à notre film. La Bimba di Satana narre donc l’histoire de la famille Aguilar, recluse dans son château sinistre. Famille pourrie s’il en est, marquée par le vice, le soupçon et les secrets. La dame de la maison, Maria, vient de mourir : accident ? Assassinat ? On ne sait pas trop. Tout un petit monde gravite dans le castel – Antonio le mari junkie (Aldo Sambrell quand même), le docteur, le factotum des lieux et puis la Sœur qui chaperonne Ignazio, le frère mutique et handicapé d’Antonio. Au centre des attentions, la jeune Miria : l’ado est bientôt possédée par l’esprit vengeur de sa maman et dézingue ces drôles de gens quand la nuit tombe…

 

 

Dès la séquence générique, le ton est donné : Mariangela Giordano/Marina Frajese qui se tripotent sous les ors d’un château magnifique (le castel Piccolimini dans les Abruzzes)… On a là toute l’empreinte latine du ciné bis, ce mélange fascinant d’exploitation crapoteuse et de littérarité franche, au son d’une musique bien cheap qui plus est. Ceci dit, le cadre général est tout de même celui de l’épouvante gothique, voire de l’horreur : telle un spectre, Miria déambule nuitamment dans les corridors de la demeure, le majordome vaguement satanique croque au cou d’une poule et l’on a même droit à un petit zombie – décomposé façon Manoir de la Terreur – qui fait des siennes dans la crypte du château… Si si ! Sauf que l’heure est surtout au cul, dans une manière ultra complaisante s’il vous plaît, et dans une façon blasphématoire si possible : Mariangela porte fier en carmélite sexy, qui retire le voile et le reste plus qu’à son tour… On l’imagine plus dans un bastringue que dans un couvent, surtout quand elle se touche ou quand elle nettoie longuement la zigounette du frérot impotent… Et puis Jaqueline Dupré (dans la nuisette de Miria) : parfaite en blondinette mutine et perverse, qui aime se caresser lorsque la voix de sa mère résonne dans le castel. Ne cherchez pas, l’actrice disparaîtra des écrans après cela. Si quelqu’un a des nouvelles d’ailleurs… Enfin, Marina Frajese (ou Lotar, ou Hedman) : la pornstar fait merveille dans la peau de la défunte pas morte, encore très belle sur son catafalque. Revenue d’outre-tombe, c’est elle qui assure la partie hard de cette Bimba… : entre autres gâteries, pipette au mari et la même à son frère. On n’est plus à ça près de toute façon, surtout quand Antonio s’aperçoit qu’il barattait… sa propre fille, dissimulée sous l’enveloppe de la mère ! Oui, de ces idées folles et malséantes comme seul Gabriele Crisanti pouvait en avoir. Pas de prise de tête ou d’interprétation machin-chose : du blasphème, de la fesse et de l’horreur, pour le plaisir simple des sens et du scandale. Point barre. C’était un autre Monde n’empêche, que l’on peut regretter si on a l’esprit bien tourné.

David Didelot

 

 

  • Réalisation: Mario Bianchi
  • Scénarisation: Piero Regnoli, Gabriele Crisanti
  • Production: Gabriele Crisanti
  • Pays: Italie
  • Acteurs: Mariangela Giordano, Jacqueline Dupré, Aldo Sambrell, Marina Hedman
  • Année: 1982

4 comments to La Bimba di Satana (Satan’s Baby Doll)

  • A.Roubi  says:

    Je réalise à la lecture de ta chronique que j’ai toujours confondu Mario Bianchi et Andréa Bianchi… T’imagines la droiture morale du bisseux qui avoue ce genre de chose, ici même, au risque de passer pour le dernier des couillons aux yeux de la bissosphère intransigeante. Ben oui, j’avoue ! Pour moi Bianchi et Bianchi c’est bonnet blanc et blanc bonnet ! Mais du coup, à eux deux, j’en ai vu pas mal des Bianchi. Dont celui-ci. Dans sa version porno, off course. Et je dois dire qu’en dépit de ma détestation globale de leurs films (aux deux), on a quand même affaire au haut du panier de leurs filmos respectives. Et puis il faut préciser que la photographie est très soignée, ce qui permet, entre autres choses, de profiter d’une Mariangela Giordano cul nu dans des conditions optimales. Sinon ton article me fait d’autant plus plaisir que je me suis réveillé en sueur une de ces nuits du mois dernier, en me disant que je ne pouvais décidément pas me faire à l’idée de crever du Covid-19 avant d’avoir vu TOUS les films de Marina Frajese. Dont acte. Sur ce, je vous laisse, j’ai « La Perverse châtelaine dans l’écurie du sexe » sur le feu.

    • David Didelot  says:

      Pervers va !! 🙂 Quand même Albert, si tu n’as pas vu « Giochi Carnali » (signé Andrea), il faut vite que tu y remédies ! Pas sûr que le mec remonte dans ton estime après ça, mais en matière de crapulerie, ça se pose là ! Take care en tout cas !

  • FREUDSTEIN  says:

    Très belle chronique, comme tu le dis,on peut regretter cette époque…d’ailleurs tu pourrais très bien nous pondre un petit bouquin sympa sur cette période…
    Si,si!Tu en a le talent mon cher David!
    D’ailleur tu m’a donné l’envie de le remater!!!

    • David DIDELOT  says:

      Merci Freudstein 😉 Quant au « livre », on va se calmer un peu là… Et bon rematage alors ! (Même si moins bon que « Malabimba » dans le même rayon, mais quand même).

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