La Fiancée de Chucky

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Que serait Barbie sans Ken ? Une pauvre fille qui passerait ses soirées à pleurer, une main dans un pot de Nutella, l’autre sur la télécommande pour lancer le DVD du Journal de Bridget Jones. Et comme Don Mancini ne veut pas que son petit Chucky déprime, il lui a collé une fiancée de premier choix.

 

On le sait tous, les années 90 n’ont pas été les plus bandantes en terme de fantastique. Alors bien sûr, quelques croquemitaines ont fait leur apparition lors de cette décennie comme Candyman ou le Wishmaster et d’autres ont continué de sévir comme Michael Myers, Jason Voorhees ou Freddy Krueger, mais globalement, c’était surtout les adolescents de Scream et consorts qui nous fournissaient un spectacle pas désagréable, mais un peu tiède. Heureusement, l’une des vieilles valeurs sûre du genre née à la fin des années 80 et ayant continué ses méfaits au début des 90 allait revenir en 1998 pour montrer aux gamins des neo-slashers qui était le boss. Non, je ne parle pas de Freddy ou de Jason, qui jouissaient à l’époque d’un repos bien mérité. Cela aurait pu être le vieux Myers qui était revenu en forme avec Halloween H20 mais ce n’est toujours pas du grand mutique que je parle. C’est en fait son antithèse totale qui vient mettre un coup dans la fourmilière, le nabot bavard qui n’est jamais le dernier à lâcher une blague après un bon meurtre. Le seul et unique Chucky, star de deux premiers films réussis (Jeu d’enfant et Chucky, la poupée de sang) et d’un troisième plus décevant, qui mit la franchise en stand-by pendant un moment. Mais il en faut plus pour arrêter le scénariste de la saga, Don Mancini qui arrivera à mettre ce quatrième opus en chantier. Pour notre plus grand bonheur.

 

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A la recherche d’un regard nouveau qui permettrait à la saga de se refaire une jeunesse, ses producteurs engagent le réalisateur chinois Ronny Yu, jusque là surtout connu des américains pour son La mariée aux cheveux blancs. Mais s’ils décident de mettre toutes les cartes de leur coté au niveau de la réalisation, ils font aussi le maximum au scénario, Mancini tentant de s’éloigner autant que possible de la routine slasherienne des premiers opus. Le Chucky de 98 sera un road-movie moderne dans la forme mais qui ira chercher son fond dans les racines du genre. Tout commence dans un commissariat, la nuit, un flic se baladant au milieu des preuves mises sous scellés comme le gant de Freddy, la tronçonneuse de Leatherface ou le masque de hockey de Jason, l’occasion de faire un gros clin d’œil aux fans du genre et de les rassurer sur la teneur du film. Le film assume ses références et ne versera pas dans le neo-slasher, quand bien-même l’affiche du film parodie celle de Scream 2. Le flic vole un paquet, qui contient la dépouille complètement explosée de Chucky (qui a volé en éclat à la fin du troisième opus) et doit l’apporter à une jeune femme dans un hangar désaffecté. Sur place, cette dernière l’égorge à la lime à ongles. Nous venons de faire connaissance avec Tiffany, la petite amie de Chucky lorsqu’il avait encore une apparence humaine (pour rappel, Charles Lee Ray a été enfermé dans cette poupée suite à un rite vaudou qu’il utilise pour échapper à la mort). Espérant qu’elle va pouvoir reprendre son amourette avec la séduisante poupée, qu’elle répare au passage, elle lui parle de mariage, ce qui provoque l’hilarité moqueuse d’un Chucky peu porté sur le romantisme. Prise de colère, Tiff enferme le nabot dans une cage pour gosse et part prendre un bain en regardant la télévision, petite lucarne que Chucky réussira à faire tomber dans sa baignoire, électrocutant la jeune femme. Mais préférant ne pas rester seul, notre « Good Guy » va transférer l’âme de Tiffany dans une poupée de mariée. Les deux joujoux décident alors d’aller au cimetière où est enterrée la dépouille de Chucky pour y récupérer une amulette vaudou qui leur permettra de se trouver de nouveaux corps. Mais comment deux petites poupées pourraient aller dans un endroit aussi éloigné ? En se servant du voisin de Tiffany, pardi! Le gaillard est en effet en train de s’enfuir avec sa petite amie, poursuivis par l’oncle policier de cette dernière. Ca promet un joli bordel tout ça !

 

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Comme vous l’aurez sans doute compris, la narration de La fiancé de Chucky essaie d’être la moins linéaire possible. Grâce à ses retournements de situation réguliers, le film esquive sans mal le prévisible et nous propulse dans un divertissement horrifique haut de gamme. Les situations sont multiples, le métrage rebondissant sans cesse, comme si Chucky et Tiffany se renvoyait la balle continuellement, avec au milieu les pauvres tourtereaux, Jade et Jesse. Car les amoureux subissent les conséquences des actes de nos poupées maléfiques, la police pensant fort logiquement qu’ils sont les coupables de tous ces meurtres. Et avec les cadavres qui s’amoncellent autour d’eux, le couple commence à se briser peu à peu, chacun suspectant l’autre d’être un serial-killer en puissance. Le tout sous les yeux amusés de nos jouets criminels préférés, dont l’amourette semble se renforcer au fur et à mesure que celle de Jade et Jesse se désintègre. Et, aussi surprenant que cela puisse paraître, c’est clairement l’amour qui est au centre du film, qui tire les fils. Si la relation Jesse/Jade est surtout là pour faire miroir avec celle de Chucky et Tiffany, celle des tueurs en plastique est le moteur, le carburant qui fait tourner le film. Plus ils s’aiment, plus ils tuent. Plus ils se détestent, plus ils s’entretuent. La dynamique entre les deux est parfaite et ils sont plus attachants que l’on pourrait le penser, surtout Tiffany. Si elle peut se montrer aussi cruelle et effrayante (si ce n’est plus) que Chucky, la jeune femme est aussi à la recherche de l’amour. Eternelle déçue, elle est prise entre deux feux: sa personnalité réelle mais cachée qui ne cherche qu’une petite vie tranquille et celle apparente qui la montre comme une veuve noire, sensuelle mais mortelle. Saluons la prestation de Jennifer Tilly, parfaite dans ce rôle qui lui colle à la peau, celui d’une séduisante idiote. Si idiote qu’il suffit d’un mot de la part de Chucky pour la faire chavirer. Des mots qui se trouveront le plus souvent n’être que des passages rapide d’affection de la part du petit démon, qui montre tout l’égoïsme qui le caractérise. Mais non sans humour.

 

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Chucky avait déjà une certaine tendance à plaisanter dans les trois premiers films, mais ce n’était rien face à son aspect comique développé ici. Blaguant presque sans cesse, débitant punchline sur punchline comme une machine, c’est une vraie usine à bons mots. Son coté effrayant des débuts disparaît donc un peu, laissant plutôt la place à une forme de perfidie jubilatoire. Riant de ses méfaits comme un diablotin, il s’amuse comme un petit fou et nous avec! Ce qui ne veut pas dire que le film oublie d’être horrifique, bien au contraire. Après une première scène bien tendue dans le hangar, c’est le déluge de gore. Corps découpés par des bris de verre (à la Argento), visage perforé de clous (petit clin d’œil à l’ami Pinhead), corps écrabouillé par un camion (du Destination Finale avant l’heure) ou piercing retiré brutalement, nos poupées se font plaisir de mille et une façons. Alors c’est vrai que ça fout rarement la pétoche mais au moins on se fend la gueule. Rien n’est à jeter dans ce script parfaitement écrit et l’on aurait aimé que Don Mancini réussisse aussi bien le cinquième opus, Le fils de Chucky, agréable mais tout de même moins bon. Mais à trop regarder le scénario, on en oublie la réalisation, parfaite, de Ronny Yu. Que dire si ce n’est que La fiancée de Chucky semble presque en avance sur son temps? Les effets spéciaux sont souvent impressionnants pour l’époque (l’explosion du mobile-home au ralenti) et le film préfigure des Destination Finale. Pas très étonnant venant d’un réalisateur chinois, les réalisateurs asiatiques ayant l’habitude d’expérimenter à mort et le plus souvent avant tout le monde, le tout dans une rigueur qui force le respect et que l’on retrouve à l’écran. Car ce quatrième Chucky regorge de plans réussis, comme le brave gars admirant son meurtre alors que des bulles virevoltent autour de lui, la télévision s’enfonçant dans la baignoire alors que la fiancée de Frankenstein (encore une malchanceuse en amour!) crie à l’image ou bien sûr ce Chucky iconisé à mort, deux flingues dans les mains, et rappelant le Chow Yun-Fat de John Woo!

 

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Finalement, quel reproche peut-on faire à La fiancée de Chucky ? Pas évident d’en trouver un, tout étant à sa place dans le film. Les acteurs sont bons (une pensée pour John Ritter, décédé depuis) et l’on reconnaît une jeune Katherine Heigl encore loin de son rôle dans l’imbuvable série Grey’s Anatomy. Inutile également de signaler que la voix de Brad Dourif est parfaite pour Chucky (à noter une VF de très bonne qualité de ce coté), cette petite légende du cinéma fantastique donnant vie à la poupée, secondé par des effets spéciaux qui rendent Chucky et Tiffany plus vivants que jamais. La bande-originale vaut aussi le coup d’oreille pour les amoureux des grosses guitares, avec du Rob Zombie, du Judas Priest ou du Slayer. Non, il n’y a décidément rien à jeter dans La fiancée de Chucky qui n’est peut-être pas le chef-d’œuvre absolu du genre mais peut sans problème concourir au prix du film d’horreur le plus divertissant jamais réalisé. Et mine de rien, c’est déjà énorme! Dommage que Ronny Yu ne fut pas aussi doué lorsqu’il fit Freddy vs Jason. Il manquait peut-être une poupée rousse pour élever le spectacle?

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Ronny Yu
  • Scénarisation: Don Mancini
  • Titre original: Bride of Chucky (USA)
  • Production: Don Mancini, Grace Gilroy, David Kirschner
  • Pays: USA
  • Acteurs: Brad Dourif, Jennifer Tilly, Katherine Heigl, Nick Stabile, John Ritter
  • Année: 1998

One comment to La Fiancée de Chucky

  • Jiszero Jiszero  says:

    Whaaaaatttt le mec !!!! C’est ton défouloir Rigs ?

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