Cannibal Hookers

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Elles monnaient leur cul avant de vous bouffer le vôtre, ont la gorge profonde mais le ventre vide, font le trottoir pour ce vieux mac de la Série B qu’est Donald Farmer (Demon Queen, Scream Dream, Shark Exorcist) et ne peuvent pas vraiment dire à leurs clients « ne t’en fais pas chéri, je ne mords pas. » Yep, les Cannibal Hookers (1987) sont de sortie, putes affamées de salaison humaine, à la tête d’une secte certes démoniaque mais aussi chaudes comme la braise – cela va souvent de pair – et starlettes d’un shot-on-video rapidement devenu culte dans les temples de la grasse cassette.

 

 

Sa place dans l’industrie de l’horreur suintante, bien qu’elle soit peu enviable – le Donald étant désormais raillé de toutes parts pour son Shark Exorcist (2015), il est vrai assez particulier -, Farmer se la sera dans tous les cas offerte à la force de sa seule persévérance. Né en 1954, le bonhomme se lance dans les courts-métrages homemade dès 1973, et propose ses services de gratte-papier pour le légendaire canard Fangoria une fois les eighties entamées. Manière de gravir les échelons et de se créer un petit réseau. Pari gagné : Farmer se retrouve sur le set du Jour des Morts-Vivants de Saint Romero pour y jouer un figurant zombifié. Un parmi les autres, perdu dans la masse grouillante de revenants avançant à du deux à l’heure en claquant le peu de dents qu’il leur reste, mais c’est toujours ça de pris. Et ça lui permet surtout de rencontrer Rick Gonzales, maquilleur présent sur place pour enlaidir le bon peuple et le transformer en un charnier ambulant. Une amitié de longue durée, et une collaboration correctement étirée, Gonzales, également passé sur les plateaux d’Invasion U.S.A. avec l’invincible Chuck et du simiesque (et plutôt sympa) Shakma, ramenant son latex et ses pinceaux sur une bonne poignée de pelloches fomentées par Farmer. Pas sur le Cannibal Hookers qui nous occupe en ce jour, me privant d’une judicieuse transition, mais il est permis d’estimer que le petit succès de Demon Queen (1987) sur le marché de la vidéo tient en bonne partie à son inclination à vider des pots de ketchup sur les boobs de comédiennes payées au lance-pierre. Et ces effets gore, on les devait bien sûr à un Gonzales pas étranger à la recette Donald Farmer. Comprendre des demoiselles en nuisette, qu’elles abandonneront vite pour se badigeonner du sang de leurs victimes. Le réalisateur ne s’en cache pas : ce qui le pousse à se lever le matin, c’est l’idée de pouvoir imprimer sur pellicule des muses sanguinaires, l’addition sexe + sang étant en outre ce qu’il cherche en priorité en tant que spectateur.

 

 

Une foi inébranlable dans ces soirées bolognaise, où les gorges crachent du jus de tomate servant de bloody shower à des nénettes meurtrières, et de quoi placer sur la carte du genre le présent Cannibal Hookers. Un SOV donc, mais un peu plus pro que la moyenne, surtout lorsque l’on s’amuse à le comparer aux très amateurs Blood Lake, Black Devil Doll from Hell ou Heavy Metal Massacre. Soit de fiers représentants d’un cinéma de voisinage, où les amis d’enfance jouent avec des couteaux en plastique parce que Tonton René a bien voulu prêter sa caméra, et tout cela pendant que Tata Bertha s’affaire en cuisine à enchaîner les sandwichs au salami pour toute l’équipe. On exagère un peu, mais pas tant que ça… Cannibal Hookers, s’il ne saurait être confondu avec une production respectable à la The Thing, jouit d’une production somme toute plus professionnelle que celles de ses confrères vidéastes, au point de ressembler aux torpilles sea, sex and gore du David DeCoteau de la même époque. En un peu plus fauché, et avec une tenue formelle plus croûteuse, mais au moins Farmer échappe-t-il aux cagibis, chambres à coucher et salons mal meublés dans lesquels le shot-on-video se trouve trop souvent coincé. Cannibal Hookers varie les décors, saute du trottoir à un château à l’ancienne (fun fact, le castel appartenait à Ted V. Mikels, papa des B-Movies The Astro-Zombies et The Corpse Grinders!) après avoir offert à ses cocottes une journée shopping dans une boutique spécialisée dans les frusques pour punkettes cloutées de la tête aux pieds. Niveau production value c’est plutôt pas mal, et un réel effort semble avoir été consenti question réalisation, avec des éclairages plutôt travaillés pour du semi-pro.

 

 

L’ennui, c’est que ça ne pisse jamais plus loin que ça non plus. Oui, les traînées mangeuses d’hommes (dans tous les sens du terme) tombent les soutifs en cuir et n’hésitent jamais à croquer une ou deux phalanges, dans des parties de jambes en l’air pourtant très sobres, question cul comme question gore. On sent que Gonzales n’est pas de la partie, le côté sanglant de l’entreprise se résumant à un doigt coupé, un coeur arraché en hors-champ et le liquide rougeaud ruisselant craintivement sur les tétons de nos voraces filles de joie. Malgré son sujet, Cannibal Hookers se fait peu gourmand et se concentre surtout sur les mésaventures de ses deux héroïnes, étudiantes désireuses d’entrer dans une sororité soi-disant select, sans quoi elles finiront, selon elles, violées par une bande de nazis (véridique). Pour faire partie des bêta zêta gamma (ou un truc dans le genre), elles doivent évidemment prouver qu’elles le mérite et passer l’épreuve de l’initiation, soit arpenter la rue en se faisant passer pour des travailleuses du sexe. Malignes, elles demandent à leurs copains de jouer les faux clients pour éviter de tomber sur de véritables vicelards. Mais malchanceuses, elles se retrouvent invitées dans la demeure de succubes pressées de se tailler un morceau de boudin noir dans la jeunesse américaine, qu’elle transforme éventuellement en des goules leur servant d’esclaves. On pourrait éventuellement creuser dans le synopsis pour en ressortir une petite morale sociale voulant que les hommes sont victimes de leurs plus bas instincts, et que ces dames, en position de force dès qu’elles les tiennent par la queue, ont bien raison d’en profiter. Mais ce serait faire trop d’honneur, et accorder trop d’importance, à Cannibal Hookers, produit finalement assez générique, pas déplaisant et heureusement bref (une qualité non-négligeable lorsque l’on cause shot-on-video) mais à mille lieues de l’orgie sanguinaire espérée.

 

 

D’ailleurs, c’est quand il se réfère au cinéma de sa jeunesse plutôt que lorsqu’il colle aux canons modernes (modernes pour 87, entendons-nous bien) que Farmer marque des points. S’il n’apporte pas grand-chose à notre affaire, ce Lobo, résidu d’une influence Ed Woodienne et subordonné sauvage des démones, auxquelles il obéit dans le vain espoir de pouvoir se les taper un jour, fait plaisir à voir tant il renvoie à une épouvante presque vétuste. On applaudira aussi ces quelques séquences dans la cachette des succubes, le château Mikels étant l’occasion de shooter quelques plans des vilaines en plein sommeil, entourées de bougies, la poitrine au vent et un crâne en plastique posé entre les seins. Presque du Jess Franco, que Farmer appréciait au point de s’envoler pour Paris en vue d’y filmer une longue interview (trois heures tout de même) de l’Espagnol, avec pour résultat le docu/entretien The Bizarre World of Jess Franco (1988). Pas mal dans tous les cas cette petite inspiration européenne, et de quoi faire oublier un temps que Cannibal Hookers n’est pas la mornifle annoncée, mais juste une zéderie sortable lors des soirées à tenue correcte exigée. Comprendre une vieille casquette poussiéreuse vissée sur un crâne dégarni, un marcel anciennement blanc rendu orangé par les attaques répétées d’une armée de pizza hawaïennes et des baskets aux lacets défaits. Par contre, si vous êtes du genre costard-cravate, alors Farmer ne risque pas de devenir votre tailleur de référence, en vérité je vous le dis.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation: Donald Farmer
  • Scénarisation: Donald Farmer
  • Production: Donald Farmer, Gary J. Levinson
  • Pays: USA
  • Acteurs: Sheila Best, Amy Waddell, Diana de la Cruz, Gary J. Levinson
  • Année: 1987

2 comments to Cannibal Hookers

  • Don  says:

    Par la malepeste que ça a l’air Z ! Assez dingue cette relation avec Franco, je n’ai jamais vu le documentaire entretien, c’est bien ?
    Et sinon, pourquoi des nazis putaing ?

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