The Green Inferno

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Petit sujet de discorde que le The Green Inferno (2013) d’Eli Roth. Honni par les uns, qui n’y voient qu’une maladroite critique d’un activisme 2.0, et dans lequel des étudiants à la tête à moitié pleine seulement s’en vont vers le trou du cul du monde pour y finir surpris d’être dans la merde jusqu’au cou. Et célébré par les autres, heureux comme des Jean-Pierre Coffe devant une bonne blanquette de veau de voir que le gaillard derrière Hostel n’a pas rangé ses fourchettes. En réalité, cet enfer vert tient plus de l’hommage raté et maladroit aux cannibal flicks d’antan que d’autre-chose…

 

 

Le problème avec Eli Roth, c’est que tout a été trop bien trop vite pour sa pomme, comme si l’alors jeune homme avait, dès Cabin Fever (2002), cristallisé tous les espoirs des horror junkies de voir le cinéma d’horreur mainstream et trop propre sur lui se faire sabrer d’un coup d’un seul. Chose faite avec ce premier opus et son virus rongeur de chair humaine, vite suivi par deux Hostel n’y allant, eux non plus, jamais avec le dos de la scie circulaire, ni du chalumeau. De belles promesses plus que de vrais grands films, qui eurent surtout la bonne idée de sortie pile au bon moment, alors que les vieux de la vieilles se pinçaient le nez en songeant à la chasteté du neo slasher, et que les jeunes biberonnés aux Scream et compagnie étaient prêts à passer la seconde. Mais après ? Ben pas grand-chose justement, Roth s’embourbant dans des projets insignifiants (Knock Knock), des remakes perdants par avance (Death Wish) ou dans ce The Green Inferno à la venue au monde tourmentée. Ce faux retour aux pelloches de mangeurs d’hommes – faux car le genre avait repris la production de la soupe aux doigts de pied quelques années auparavant, à la faveur de Welcome to the Jungle (2007) et des douces zéderies de Bruno Mattei que sont Cannibal World et Land of Death – souffrit en effet de son lot de polémiques (l’image qui y est donnée des tribus reculées n’amuse pas vraiment certaines associations prenant la défense des tribus reculées) et d’une sortie incertaine. On se souvient que le public français avait hurlé comme s’il avait marché sur un LEGO Ninjago lorsque la sortie physique du film fut compromise, son distributeur pensant un temps se contenter d’une VOD alors pas tout à fait rentrée dans les mœurs. A la vue du résultat, on peut comprendre les hésitations de Wild Side, The Green Inferno ne méritant peut-être pas l’honneur d’être gravé sur galette…

 

 

Aseptisé, le festin d’utopistes que s’offrent les canniboules ne l’est certainement pas. Un pauvre gars – l’un des rares personnages véritablement sympathique de l’affaire – se fait démembrer, couper la langue et arracher les yeux alors que ses cris inhumains font trembler la jungle. Une petite blondinette, toute menue et qui serait, partout ailleurs que chez Roth, la final girl à laquelle on n’oserait toucher ne serait-ce qu’un cheveu, se ramasse une chiasse carabinée et se trouve forcée de se vider les entrailles devant ses compagnons. Lorsqu’une mygale s’apprête à sauter sur un malheureux, c’est lorsque celui-ci s’octroie une pause pipi, avec le zob de Monsieur bien visible à l’écran. Et dans un retour à l’état animal, l’un des captifs des anthropophages ne peut résister à l’irrépressible envie de se battre les couilles en neige, là encore avec ses camarades de prison de bambou, écœurés, comme spectateurs. Une audience inquiète quant à la possibilité d’Eli Roth de se détourner de ce qui fut la clé de son succès – à savoir le trash bourré de vieux pus sous sa croûte – peut lâcher un soupir de soulagement long de dix minutes : le réalisateur ne s’est pas assagi, il a au contraire empiré, sa volonté de choquer le quidam étant encore plus enfantine qu’auparavant puisque reposant désormais plus sur le pipi, le caca et les prouts, que sur la barbaque humaine malmenée. Oui, la scène précédemment citée de l’aventurier du dimanche saigné comme un cochon fait son petit effet, d’autant qu’elle survient après une première partie un peu longuette et frappe salement un brave bonhomme, naïf et muni des meilleures intentions, éparpillé façon puzzle par des cannibales pas pressés d’abréger ses souffrances. Mais si ce n’est ce coup de poing dans le bide, rien ou pas grand-chose à se mettre sous la molaire cariée : le supplice des fourmis noirs n’a pas la même puissance que dans Le Dernier Monde Cannibale, les lance parties transpercer nuques et fronts sont accompagnés d’effets digitaux dignes de Turok 2 sur Nintendo 64, et l’ont nous fait mariner une scène d’excision que l’on redoute dès l’entame… et qui ne survient jamais.

 

 

Non pas que l’on tenait particulièrement à voir un clitoris limé au vieux caillou dégueulasse, mais il y a de quoi s’étonner de voir Roth, popularisé par sa propension à filmer en gros plan la tronche à moitié fondue d’une Asiatique, se la jouer plat préparé de chez Carrefour plutôt que gros barbec’ de chez Ginette. On a bien une moitié de steak dans l’assiette, mais il y a trop de salade, de maïs et de carottes rappées dans The Green Inferno pour qu’il mérite son titre de meilleure salaison de ces vingt dernières années. Et ne surtout pas compter sur les discours pour remonter le niveau. Empêtrée dans des dialogues ineptes et écrits en cinq minutes montre en main, La Forêt Infernale telle qu’elle est nommée au Quebec ne parvient même pas à faire ressortir tout le sel de cette confrontation entre des chevaliers blancs, venus défendre des indigènes dont ils n’ont que faire – le but étant avant tout de se donner un beau rôle et de se présenter en sauveur d’un monde perdu – et ces derniers, qui ne voient en ces activistes que des morceaux de salami, parfaits pour le banquet du soir. La faute à un mauvaise calibrage niveau humour, Roth tentant de jouer sur trop de tableaux à la fois, désireux de taper dans le gruesome pur et dur, mais aussi tenté de faire golri les plus jeunes. A la fois trop et pas assez, puisque l’ensemble se trouve trop décontracté pour faire naître l’appréhension d’un spectacle difficile à supporter, mais trop simpliste dans ses aspects « comiques », de toute façons déjà vus dans un épisode de South Park (Tropicale Schtropicale, pour les curieux) diffusé en 1999 et à la conclusion similaire. Comprendre que les bons petits yankees, après avoir vu à quel point leur paradis fleuris tient de l’enfer où les caboches se retrouvent plantées sur des piquets de bois, ne souhaitent qu’une chose : que tout ce bordel soit rasé au bulldozer, et fissa.

 

 

Dans de meilleures mains – car il ne faut pas se leurrer, Roth est infoutu de scénariser un film et sa réalisation tient, au mieux, de l’inodore – The Green Inferno aurait sans doute pu valoir le détour, et son nihilisme ainsi que le cynisme de ses personnages avaient le potentiel pour ériger un monument de noirceur, que les coups de dents des cannibales affamés seraient venus rendre plus extrême encore. Pas de bol, ce revival promis du film de manheater, mort-né pour le coup, n’est effectif à aucun niveau. Pire, l’hommage à Cannibal Holocaust se mue progressivement en une parodie involontaire, et l’on n’ose imaginer la honte ressentie par Ruggero Deodato à la vue du ridicule « Per Ruggero » plaqué en fin de générique. Un générique servant d’occasion à Roth pour se présenter comme un petit dictionnaire du genre, le bonhomme listant quelques films clés du genre, prenant la posture du passeur traçant la voie à un jeune public vers les coups de crocs disséminés en Italie dans les années 70 et 80. Pas sûr qu’une audience pas encore passée par la hutte des Lenzi et compagnie aura envie de sortir la machette et se frayer un chemin dans les cannibaleries après cette déconfiture, dont le seul réel point positif tient à son rythme, satisfaisant, et l’absence de sacrifice animalier. Un abandon bienvenu, mais il aurait été judicieux de ne par contre pas laisser sur le carreau la finesse que des bande-sons tout en tendresse, venues embellir l’innommable par leurs accords pop et apaisants, apportaient jadis au genre. Chez Roth, Riz Ortolani laisse sa place aux pets humides d’une Américaine bourrée de cachetons. Et là tout est dit.

Rigs Mordo

 

 

 

  • Réalisation: Eli Roth
  • Scénarisation: Eli Roth, Guillermo Amoedo
  • Production: Eli Roth, Molly Conners, Nicolas Lopez, Jason Blum…
  • Pays: USA
  • Acteurs: Lorenza Izzo, Ariel Levy, Nicolás Martínez, Daryl Sabara
  • Année: 2013

6 comments to The Green Inferno

  • freudstein  says:

    Hello Rigs!Je te trouve relativement dur avec le métrage de Roth,pleins d’imperfections certes mais plutôt sympathique au final….Bien sûr,comme tu dis,ça ne remplace en rien nos vieilles peloches ritale à la sauce ketchup et l’hommage qu’à voulu rendre Eli Roth est maladroit, mais je crois néanmoins sincère la vision du réalisateur.Pour moi,on pourra jamais faire mieux que le métrage culte de Deodato,à la fois excessif et poétique,oui j’ose le dire,grâce à la sublime partition de Riz Ortolani et source d’attirance et de répulsion depuis l’âge de mes 11 ans(j’en ai aujourd’hui 50…).Voilà,voilà…Merci pour ta chronique!

  • Cancereugène  says:

    Je trouve le scénario vraiment génial, parfaitement antimanichéen et même misanthrope… Avec un autre réalisateur, il aurait pu devenir une référence. Avec Roth, c’est juste un film sympa, avec de l’humour débile et des effets scatos grotesques. Dommage.

  • Don  says:

    Tellement pertinente ta critique Rigs, c’est exactement la même vision que j’ai. Elle pourrait être synthétisée par ce truc que tu évoques bien, tellement courant dans le cinéma hollywoodien, consistant à citer à profusion les classiques en faisant genre « hey les gars, vous avez vu je connais mes gammes hein » alors qu’en réalité c’est de l’incapacité à inventer de nouvelles choses. C’est faux cul, condescendant mais ça rapporte des millions. Bien joué oncle Sam.
    Et puis cette attitude post moderne et cynique, j’en peux plus ! C’est tellement mois percutant que les uppercuts gore sans pitié des 70’s ! Heureusement qu’il y a encore du premier degré dans le cinéma d’horreur des productions plus indé.
    Pour terminer, cette phrase je la note et je la ressortirai lors d’un prochain déjeuner entre amis, elle me plait trop « On a bien une moitié de steak dans l’assiette, mais il y a trop de salade, de maïs et de carottes rappées »

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