Hell Asylum

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Sans aller jusqu’à parler de dream team de la Série B, faut bien avouer que la fiche technique du Hell Asylum (2002) co-produit par les rois de la misère faite pellicule Full Moon et les petits spécialistes du Direct-To-Video sans le sou Tempe Entertainment a plutôt tendance à faire saliver. Outre Charles Band, indécrottable mais toujours un peu crotteux sous les semelles, on croisera donc à la production un J.R. Bookwalter connu de nos services pour avoir shooté le très chouette Robot Ninja en 89, à la réalisation ce bon vieux Danny Draven (Death Bed, Cryptz, Horrorvision), derrière le clavier le touche-à-tout Trent Haaga (scénariste sur Toxic Avenger 4 : Citizen Toxie ou le très bon Cheap Thrills, acteur pour les Killjoy, réalisateur sur Chop et 68 Kill, et parfois à la prod’ sur les films où il pose ses santiags) et à l’écran cette vieille baderne de Joe Estevez ainsi qu’une poignée de hurleuses déjà habituées aux chèques à deux zéros du père Charlie, comme Tanya Dempsey (Shriek, Death Bed) et Debra Mayer (Voodoo Academy, Blood Dolls). Ya même Brinke Stevens dans un caméo éclair ! Du beau monde, mais pas forcément pour une belle Série B…

 

 

Dans la crypte toxique, on se sent toujours un peu seuls lorsque le sujet Danny Draven vient sur la table. Fréquemment considéré comme un mauvais tout juste bon à jouer le larbin pour le demi-dieu de la filouterie qu’est et restera Charles Band (tapez donc « Corona Zombies » sur Google et vous verrez que certains osent tout), l’alors jeunot – il a tourné son premier film, Urban Evil (2000), à 22 ans – a toujours bénéficié de notre sympathie. Certes, on a pour habitude de moins louer la qualité de ses travaux que la bonne volonté dont il fait preuve, le cas Draven étant avant tout la victoire de l’entêtement face à des résultats rarement probants. Mais placé côte à côte avec la plupart des produits mis sur le marché par Full Moon à la même période, le plus souvent dénués d’efforts et d’âme, car tournés à la chaîne par des Dave DeCoteau et autres anciens combattants rincés d’avoir à enchaîner jusqu’à six pelloches à l’année, les essais du petit Eric gardent la tête haute. Justement parce que celui-ci semble se soucier un minimum de ce qu’il tourne, et n’hésite jamais à localiser ses atrocités dans des milieux artistiques ou propres à la subculture. On pardonnait donc au sous-Matrix qu’était Horrorvision (que l’on préfère au véritable Matrix, en passant) ses tentatives ridicules de rendre badass des héros portant moins bien le blouson noir que Laurence Fishburne, gommées par une atmosphère de fin du monde intimiste et cette descente dans l’univers des hackers. Et on excusait sans même y songer Cryptz de venir faire la manche sur notre trottoir tant celui-ci, avec ses faux airs de Menace II Society que l’on aurait coupé à la bave d’un épisode de Taz Mania, égayait les soirées avec son hip hop d’ascenseur et son défilé de goules strip-teaseuses. C’était con comme un boulon, ça ronronnait un peu trop par instants, mais il y avait du nibard à palper et ça avait le bon goût de ne pas péter plus haut que son baggy. Quant à Death Bed, même si nous avions déjà vu auparavant ce coup de l’artiste maudit auquel rendent visite de vilains ectoplasmes, il méritait mieux que les jets de tomates pourries que certains lui balancèrent au front à sa sortie. Ceux-ci auraient d’ailleurs mieux fait de garder leur réserve de fruits et légumes pour Hell Asylum.

 

 

Il était pourtant permis d’y croire, ne serait-ce que le temps d’un instant. Certainement pas à la faveur de ces artworks tous plus dégueulasses les uns que les autres que l’on colla sur les boîtiers de DVD et de VHS, mais plutôt parce que Draven perpétue dans son asile infernal sa coutume de s’intéresser à des sujets alors peu représentés par le cinéma mainstream. Après les nerds et un peu avant les apprentis rappeurs, le metteur en scène allume son poste de télévision et décide de se pencher sur le cas de la télé-réalité, alors à ses premiers balbutiements en ce début d’années 2000. L’enflure du jour sera donc Max (Tim Muskatel, Jurassic City et The Chair), producteur aux dents longues et pressé de se construire un succès dans la petite lucarne, le bonhomme ayant claqué tout son flouze en substances illicites et achats dispensables. C’est d’ailleurs à reculons que son patron, campé par Joe Estevez, lui donne le feu vert pour son nouveau projet, une TV Reality localisée dans un bâtiment abandonné, connu pour avoir abrité un riche salopard qui viola, tortura, séquestra et joua au Dr. Frankenstein avec ses multiples conquêtes. Quelques années après sa mort, le lieu se fit à nouveau théâtre de drames sanglants lorsqu’il fut changé en hôpital psychiatrique, les fous trouvables sur place décidant un beau jour d’y commettre un petit carnage des familles. Un pied-à-terre parfait pour y filmer des nénettes en train de flipper, que l’on aura attirées en leur faisant miroiter un million de dollars, offert aux courageuses capables de tenir une nuit complète sur place. Evidemment, pareille somme se mérite, et Max prévoit des épreuves liées aux peurs les plus intimes des participantes, avec à la clé douche de lombrics et enfermement dans un espace réduit. Ce que la production ignore, c’est que de véritables spectres hantent les lieux et ont une grosse soif d’entrailles de greluches à étancher. Hell Asylum, c’est un peu un épisode de Fear Factor tournant mal, et l’occasion de ricaner en douce de ces blondinettes persuadées qu’il suffit de se trimballer en bikini dans un loft mieux équipé en caméras de surveillance que la Maison Blanche elle-même pour devenir une starlette, et avoir une chance, un jour, de repasser les calbards de Brad Pitt sur les collines de Los Angeles. Les participantes sont donc présentées comme des connes finies – en cela, faut reconnaître à Haaga une certaine plausibilité, les programmes du type n’ayant jamais été peuplés par les prix Nobel -, prêtes à tout pour leur quart d’heure de gloire, mais reconnaissant aussi volontiers que les scary movies, ben c’est pas trop leur truc. Calmez-vous, les chéries, Hell Asylum fout autant les jetons que Babe, le cochon devenu berger.

 

 

C’était pourtant pas faute d’avoir des spectres sympas sur le papier (car à l’écran…), et le fait de les monter sur échasses et de les laisser cachés dans leurs longues bures noires (la seule à montrer sa face, histoire de faire un clin d’oeil aux connaisseurs, est une Brinke Stevens à peine reconnaissable) aurait dû leur apporter un look flippos, quelque-part entre les Nazguls de chez Tolkien et la sorcière de Superstition. L’ennui, c’est que Draven se rend compte assez vite qu’il n’a pas les moyens de faire un vrai film de trouille, une idée qu’il n’abandonne pourtant pas immédiatement et qu’il métisse avec un second degré bêta et simpliste, assez typique des B-Movies de l’époque. Et Hell Asylum de se retrouver coincé entre des visuels ténébreux n’invitant pas à la rigolade d’un côté, et des personnages stupides bitchant les uns sur les autres de l’autre… Autant dire que ça ne fonctionne jamais et qu’il n’y a même pas assez de fonds en caisse pour faire appel à de véritables effets gore : un peu de ficelle dans du gaspacho et vous avez vos éventrements. Pas crédible pour un sou. Et vu que nos comédiennes, que l’on n’oserait qualifier de scream queens vu leur petites filmos – disons que ce sont des howling princess – ne sont pas payées suffisamment pour tomber les soutifs, autant dire que l’on se demande bien vite ce que l’on fout devant ce bazar dont on cherche encore les points forts. On ressent que Draven a essayé quelque-chose, et la tentative est honorable, mais rien à faire : la sauce ne prend jamais. Dans un registre similaire, lorgnez donc plutôt vers le plus généreux Screaming Dead de Brett Piper.

Rigs Mordo

 

  • Réalisation: Danny Draven
  • Scénarisation: Trent Haaga
  • Production: J.R. Bookwalter, Charles Band, Michael Todd, Trent Haaga
  • Pays: USA
  • Acteurs: Debra Mayer, Tanya Dempsey, Sunny Lombardo, Stacey Scowley
  • Année: 2002

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