Slash

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Véritable sous-genre dans le sous-genre, le slasher des champs de maïs est bien souvent l’occasion de transformer en pinatas humaines les citadins venus renifler le bon air de la campagne, et donc bientôt mis en pièces par un épouvantail passé maître dans la moisson de teenagers. Un district dans lequel Slash (2002) n’est, malheureusement pour nous, pas le plus lumineux des exemples…

 

 

Qu’on se le dise, la plupart des Séries B ne bénéficient que d’un créneau très limité pour exister sur le marché et récolter quelques milliers de gros billets. Et une petite bande oubliée et à peine remarquée à l’époque même de sa sortie comme Slash ne saurait faire mentir cette indéfectible loi. Impossible pour ce modeste Direct-to-Video de naître ailleurs qu’entre 1997 et 2003, soit après le déferlement de neo-slasher initié par Scream et maintenu par Souviens-Toi… l’été dernier et Urban Legend, mais avant que Saw ne donne le coup d’envoi de la vague de torture porn localisés dans des hangars au béton bruni par le sang. Manque de pot pour notre charcutage de jeunes cons du jour, il est peu probable qu’un public déjà connaisseur des tables de la Loi érigées par John Carpenter, Mario Bava ou Bob Clark soit impressionné par le boulot qu’y fait par Neal Sundstorm (le Space Mutiny avec Reb Brown en 88). Pareil pour le jeunot venu au cinoche distributeur de coups de bêches dans les gueules innocentes par le biais d’Eli Roth ou Alexandre Aja, qui se foutra de ce psychothriller trop poli comme de son premier sac à vomi. Trop poli, là est bien tout le problème de Slash, connaisseur des rites immortels du slasher, et au fait des techniques élaborées par des ancêtres reconnus pour avoir ruiné à jamais les réveillons de Noël et les soirées sucrées du 31 octobre pour une poignée d’étudiantes. Mais c’est sans brio ni sans feu que Sundstorm réplique à ses maîtres, ajoutant au rayon outillage une serpette à la lame si usée qu’elle n’en cisaillerait pas même la plus sèche des brindilles.

 

 

La recette est pourtant respectée à la lettre et à la ligne puisque dansent ensemble et chantent en chœurs un héros à la jeunesse traumatisante, la petite ferme aussi modeste qu’isolée, un épouvantail hantant les champs à la recherche de têtes à raccourcir, quelques rockeurs en route pour un contrat discographique et très occupés à se rouler dans la paille entre gens de bonne compagnie, les vieux et vieilles folles jurant par tous les Saint que les terres sont maudites parce que le vieux Jethro, figure locale décédée quinze ans plus tôt, y aurait assassiné moult imprudents pour répandre leur sang sur ses récoltes, alors miraculeuses. Oui ça baise, mais sans baisser le pantalon, en gardant sa doudoune et en se contentant d’échanger ses échantillons salivaires de la plus prude des manières. Oui, ça tranche dans le lard d’une jeunesse écervelée, mais Sundstorm a quasi systématiquement la délicatesse de détourner le regard alors que son mad scarecrow rabat hache et faucille sur les nuques rasées de près et les torses soigneusement épilés. Pour un genre en large partie bâti sur sa faculté à enchaîner les tueries salissantes comme les torrides ébats, ça la fout mal, et dans Slash l’assassin ne s’essouffle pas plus que ses victimes lorsque le démon de minuit s’emparent de leurs bassins, tristement figés. Sundstorm est un réalisateur capable, et son méfait ne manque d’ailleurs pas de style, la photographie étant indéniablement travaillée pour un produit de ce type. C’est-à-dire mineur, malgré une distribution offerte par Universal et probablement tourné pour le quart du budget d’un Scream. Mais c’est à un pugilat aux matraques en mousse et organisée dans un château gonflable que l’on assiste : personne ne se blesse, aucun coup ne fait mal et le vin rouge ne coule du goulot qu’à de trop rares occasions.

 

 

Comble du malheur, Slash ne peut guère se présenter comme un film à suspense. On aurait pardonné qu’il se montre trop peu généreux en barbaque tailladée pour qu’en gicle son jus rougeaud, s’il avait été efficace question tension, les rares efforts qu’il consent en la matière se trouvant sabrés par une bande-son faussement énergique mais véritablement ringarde, ainsi que par des comédiens dont la carrière prit probablement fin dès que la lame de l’épouvantail se posa sur leur couenne. On n’en voudra pas trop à Steve Railsback (Les Traqués de l’An 2000, Lifeforce), le pauvre fait avec ce qu’on lui donne, soit le rôle cliché d’un bouseux à l’humour malsain toujours flanqué d’un sourire que l’on devine faux sur la tronche. Mais difficile de ne pas renvoyer à leurs cours du soir ces jeunots que l’on nous présente comme les nouvelles stars du rock indépendant, équipés de leurs chemises multicolores façon Red Hot Chili Pepper quand ils n’ont pas les cheveux trempés dans le gel ou ne se la jouent pas bad boys. Des bad boys façon Puddle of Mud, Staind ou Alien Ant Farm, soit tout ce que le « metal » – terme que ne méritent pas ces poseurs du dimanche – de l’époque avait de pire à offrir… Reste de beaux décors, une ambiance champêtre agréable et cette belle idée de la grange cachant sous sa terre une morgue, où reposent des corps bleutés auquel on a emprunté tout leur sang pour en asperger les épis de maïs. Cela fait peu, et dans un élan de cruauté nous dirons qu’il en est de Slash comme de cette fameuse Marque X raillée à longueur de publicités par Dash, ridiculisée parce qu’elle se trouve incapable de laver plus blanc que blanc. Nous ajouterons qu’elle est aussi infoutue de faire la moindre tache et que c’est bien là le problème.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation: Neal Sundstrom
  • Scénarisation: Stephen Ronald Francis, Gus Silber
  • Production: Amy J. Moore, Paul Raleigh
  • Pays: USA
  • Acteurs: Steve Railsback, James O’Shea, Zuleikha Robinson, Nick Boraine
  • Année: 2002

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